A quoy aussy, en ryant, je luy ay dict que, en cuydant taxer d'erreur Voz Très Chrestiennes Majestez, elle ne prenoit pas garde qu'elle manifestoit proprement le sien de vous reprocher les honnestes offices que faisiez pour vostre belle seur et parante, et pour vostre principalle allyée; lesquels offices je sçavoys qu'elle mesmes jugeoit assez que, sans grand reproche, vous ne les pouviez obmettre, et qu'il failloit bien qu'elle pensât de ne vous avoyr jamays pour amy, si elle ne vous vouloit aymer avec toutes les circonstances de vostre honneur et dignité; et que, pour mon regard, je n'avoys jamays attainct de fère, à beaucoup près, pour la dicte Dame, tout ce que Vostre Majesté m'en avoit commandé, dont je ne creignoys d'estre blasmé de l'excez; et que, de tant que je sçavoys qu'à présent elle n'avoit aulcune matière d'offance ny de courroux contre elle, que je ne layrroys pourtant cella de luy communicquer une sienne lettre que j'avoys naguyères receue, laquelle luy feroit venir à regret que, pour son regard, elle ne vous eût plus agréablement satisfaict.

Et, la luy ayant baillée, elle l'a fort volontiers serrée dans sa pochette, et m'a pryé de la luy laysser pour la lyre à son loysir. Qui ay bien cognu depuis, Sire, qu'elle y avoit trouvé des particullaritez qui l'avoient contantée, dont elle a contanté aussy de quelques aultres la dicte Dame; et a permis que Me Jehan de Compiègne, son tailleur, avec plusieurs besoignes qu'il a apportées de Paris, la soit allé trouver.

Ceste difficulté n'a esté sitost vuydée qu'il s'en est présenté incontinent une aultre, plus grande, de troys gentilshommes, l'ung françoys, l'autre allemand et l'autre flammand, lesquelz, ayant esté naguyères dépeschés par l'assemblée qui a esté tenue à Basle, sont venus incister à ceste princesse et au clergé de ce royaulme en des demandes bien grandes pour ceulx qui ont prins les armes en faveur et deffence de ceulx de la nouvelle religyon; lesquelles demandes je n'ay peu encores bien approfondyr, à la vérité, quelles elles sont; tant y a qu'il semble que les évesques d'icy y vont assez inclinant. Néantmoins il a esté si bien pourveu au reste, que je ne descouvre nullement que ceste princesse ny ceulx de son conseil ayent, pour encores, aulcune dellibération de leur rien accorder.

Et, au contrayre, il est advenu, contre ce qu'ilz espéroyent, et au regret de plusieurs aultres poursuyvantz en ceste court, que le jour de St Georges, et tenant le chapitre de l'ordre de la Jarretyère, à Grenvich, la dicte Dame a faict que Vostre Majesté y a esté esleu chevalyer du dict ordre; dont le comte de Lestre s'en est incontinent envoyé conjouyr avecques moy, avant qu'il en ayt esté rien divulgué. Et, le jour ensuyvant, elle a envoyé troys honnestes gentilshommes de sa court, du nombre de ses pensionnayres, dont l'ung est son parant, devers moy, pour me notiffyer la dicte élection, et comme elle n'avoit voulu permettre que ce chapitre se passât sans qu'elle se fît; et qu'aussytost qu'elle entendroit que Vostre Majesté l'auroit agréable, elle ne faudroit de vous dépescher ung personnage d'honneur et ung seigneur de qualité pour vous aller apporter le dict ordre. Je l'ay infinyement remercyée de ceste marque, et de l'évident tesmoignage qu'elle vous rend, en cella, de son indubitable amityé, et que je ne tarderoys de le vous fère bientost sçavoyr; luy osant desjà bien advancer cella, en vostre nom, qu'elle n'eût peu fère eschoyr ceste élection en l'endroict de nul autre prince de la Chrestienté qui mît plus de peyne d'honnorer son ordre, et de l'accepter en très bon gré, que Vostre Majesté feroit: dont vous supplye très humblement, Sire, m'y fère promptement, et par voz premières, ung mot de responce. Sur ce, etc. Ce XXXe jour d'apvril 1575.

CCCCXLVIIIe DÉPESCHE

—du VIe jour de may 1575.—

(Envoyée à Callais expressément par le Sr Biscop.)

Vives instances des députés de Bâle à l'effet d'obtenir des secours pour les protestans de la Rochelle.—Réclamations des Anglais pour que justice leur soit rendue en France.—Nouvelles d'Écosse.—Plaintes de l'ambassadeur à raison du dénuement où il se trouve.

Au Roy.

Sire, comme ceste princesse estoit après à dellibérer, avec ceulx de son conseil, si elle debvoit, ou si elle ne debvoit pas, fère promptement mettre les douze navyres, dont je vous ay cy devant escript, (sçavoyr est: six des siens, et les six aultres des particulliers), en mer, il y en a qui sont expressément allez la persuader que, pour occasion du monde, elle ne voulût laysser de les fère sortir, attandu que, de Normandye et de Bretaigne, il y en avoit desjà ung bon nombre sur mer dehors. Et s'en est bien peu failly, à l'instance des depputez de Basle, et d'aulcuns venus de la Rochelle, lesquelz se sont tout à poinct présentez là dessus en ceste court, lorsque Mr de Méru y estoit, que la résolution n'en ayt esté prinse, et mesmes que aulcuns de ce conseil, qui inclinoyent à cella, opinoient que ce seroit chose fort à propos pour favoriser l'entreprinse d'Irlande. Mais, quand j'ay eu, soubz main, remonstré qu'il ne pourroit estre que Vostre Majesté n'en prînt de la jalousye, attandu que vous aviez faict donner advis à la dicte Dame de tout ce que vous aviez sur mer, et de ce qu'entendiez y mettre davantage, ensemble de son armement; et que vous sçaviez assez que, pour l'Irlande, il ne luy faisoit besoing d'aultres vaysseaulx que de passagers pour y trajetter des hommes; et que je croy aussy que, en mesmes temps, le conseiller fiscal de Bruxelles, (lequel est après à renouveller les accords d'entre les pays du Roy d'Espaigne avec ce royaulme, d'autant que leur trefve, qui n'avoit esté prinse que pour deux ans, est expirée, à ce premier jour de may), a aussy remonstré que son Mestre auroit cella pour suspect; il a esté résolu que, pour ceste heure, cest armement ne passeroit plus oultre, et qu'il seroit remis jusques à ce que la dicte Dame vît si, pour quelque occasion qui luy peût cy après survenir, qui luy fût plus grande qu'elle n'en avoit à présent, elle seroit meue de le parachever.