Ce XXe jour de febvrier 1574.
CCCLXVIIe DÉPESCHE
—du XXVIe jour de febvrier 1574.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)
Négociation du mariage.—Conférence de l'ambassadeur avec Leicester.—Assurance donnée par l'ambassadeur qu'il ne sera pas fourni de secours aux protestans de France.—Dénonciation contre Marie Stuart, et punition du dénonciateur.
Au Roy.
Sire, tous ces jours de caresme prenant, la Royne d'Angleterre a esté convyée par les seigneurs et gentilshommes, voysins de Hamptoncourt, d'aller, de lieu en lieu, fort privément et à peu de compagnye, fère bonne chère en leurs maysons, et n'a esté bien à propos que je la sois allée trouver là; mais j'ay conféré en ceste ville, fort à loysir, avec milord trésorier, des poinctz contenus en la dernière dépesche de Vostre Majesté, et mesmement de celluy où est touché ce que dict l'ambassadeur d'Angleterre à la Royne, vostre mère, le IIIIe du présent, et, depuis, au Sr Géronyme Gondy. Sur quoy le dict grand trésorier m'a respondu que Voz Majestez très Chrestiennes debvoient prendre de très bonne part l'instance du dict ambassadeur, lequel ayant senty, après le retour de Me Randolphe, que le mariage procédoit très bien du costé de sa Mestresse, encor qu'il vît bien aussy que vous y alliés de très grande affection et fort sincèrement du vostre, et que me fissiés encores estre, icy, en mes sollicitations, plustost pressant et importun vers elle que de luy garder la médiocrité; si vouloit il, sellon qu'il voyoit la trempe bonne, vous éguilloner encores davantage, affin de ne la laysser nullement réfroidir; et que le dict grand trésorier me juroit, en sa conscience, qu'il avoit veu la dicte Dame très bien dellibérée de me fère une bonne et bien résolue responce, sans l'intervention d'ung, de qui il ne pouvoit nullement approuver le zèle, lequel, pour l'acquit de sa loyaulté vers elle, luy estoit venu remettre sus le premier escrupulle du visage; et que, contre icelluy, il n'avoit pas craint, la dernière foys qu'il l'avoit veue, de luy dire que j'avoys fermement remonstré qu'après le rapport de Me Randolphe, et après le pourtraict envoyé, et qu'on soubmettoit encores le jugement de ce poinct à l'œil d'elle, je ne pouvois dire sinon que c'estoit une pure imposture et trop grande impudence de révoquer plus maintenant cella en doubte; et que le comte de Lestre, ny luy, ne m'avoient sceu que respondre, ainsy qu'elle mesmes, après y avoyr bien pensé, avoit confessé que, voyrement, n'y avoit il poinct de réplicque; néantmoins qu'il me prioit de supporter ung peu sa Mestresse en cest endroit, veu qu'il n'estoit pas seulement question de conclurre une simple amityé ou une ligue, d'où l'on se peût, de chascun costé, puis après, départir, quand l'on ne s'en trouveroit pas bien, car c'estoit une obligation pour toute la vye, en laquelle n'y auroit jamays plus lieu de repantailles; et qu'il trouvoit la dicte Dame en une très bonne, voyre, en la meilleure disposition qu'il l'eût jamays vue vers le mariage, dont il n'en vouloit sinon tousjours bien espérer; et que, sellon que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, disposeriés Monseigneur le Duc à ceste entrevue privée, le propos pourroit parvenir à sa conclusion. Dont luy sembloit que, sans rien mouvoir, pour ceste heure, je debvois attandre qu'est ce que, par vostre procheyne dépesche, il m'en seroit escript.
Depuis, j'ay envoyé, devers le comte de Lestre, le prier de me mander de la santé de la Royne, sa Mestresse, et de son portement, sellon que j'avoys commandement de Voz Majestez, et de Monseigneur le Duc, de vous en fère sçavoyr, le plus souvent que je pourrois. Et luy ay faict toucher les mesmes poinctz que j'avoys déduictz à milord trésorier, et qu'il voulût prendre occasion de fère voyr à la dicte Dame la lettre que Monseigneur m'avoit escripte de sa main, affin qu'elle cogneût sa persévérance vers elle. Lequel comte, après avoyr fort promptement et très vollontiers satisffaict à cella, il m'a envoyé remercyer infinyement de la négociation que je luy avoys commise à fère, laquelle il me pouvoit assurer que la Royne, sa Mestresse, l'avoit eue très agréable, et s'estoit resjouye, trop plus que ne le me sçauroit exprimer, de la lettre de Monseigneur le Duc, et mesmes d'avoyr veu qu'en termes exprès il y parloit du mariage d'entre eulx d'eux, ce qu'elle avoit bien observé, qu'en nulle de ses aultres lettres il n'en avoit uzé ainsy, et qu'elle ne s'estoit pas contanté de la lyre une et deux foys, car l'avoit relue la troysiesme foys, et l'avoit interprété au dict comte en très bonne signiffication; et qu'il me pouvoit assurer de n'avoyr jamays veu la volonté de la dicte Dame mieulx inclinée vers le mariage, et vers Monseigneur le Duc, que maintenant; et qu'il cognoissoit bien qu'elle avoit grand desir de le voyr, mais qu'elle ne diroit jamays ouvertement qu'il vînt; et que le dict comte, de sa part, ne se présumoit pas tel qu'il ozât, de son costé, le luy mander, car repputoit cella de trop d'importance vers luy, en l'endroict d'ung si grand prince comme est Mon dict Seigneur le Duc; néantmoins, comme son très dévot serviteur et partial de la France, il desiroit et ne se pouvoit tenir de dire qu'il feroit très bien de venir ainsy, privément, comme la dicte Dame l'avoit desjà consenty; et que, demeurant le rapport, qu'on avoit faict de luy, convaincu par sa présence, il ne faysoit doubte qu'il n'obtînt son desir.
Lesquels propos des dicts comte et milord trézorier j'ay bien voulu, Sire, les vous représanter en propres termes, affin que puissiés mieulx juger à quoy pourra réuscyr le voyage de Mon dict Seigneur le Duc par deçà, si, d'avanture, il l'entreprend, sur la responce, que je vous ay desjà mandée; sur laquelle néantmoins, telle qu'elle est, la dicte Dame et les siens se persuadent que, s'il a bonne affection au mariage, qu'il ne diffèrera de venir. Dont ceulx, qui le desirent, ne cessent de me presser que je vous conseille de le haster, et ont opinyon que, par ce moyen, elle et luy se trouveront plus tost maryés que on ne l'aura pensé; et qu'il ne se pourra fère qu'il n'advienne une de deux choses: ou que Mon dict Seigneur l'espousera, ou qu'il emportera aulmoins parolle d'elle qu'elle n'en espousera jamays d'aultre. Et de ma part, Sire, ne sachant à quel grand regret Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, pourriés avoyr ceste venue de Mon dict Seigneur par deçà, et luy encores plus grand, s'il n'y obtenoit son desir, je ne puis, en façon du monde, me contanter que ceulx cy luy en veuillent ainsy laysser l'évènement trop incertain, et se monstrer, en cest endroict, par trop inconstans et muables; dont je ne sçay qu'en dire. Et ay opinion que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Mon dict Seigneur le Duc, pourrés plus prudemment, et avec plus de généreuses et hautes considérations, prendre l'expédient honnorable qui conviendra à cestuy vostre péculier et vrayment royal affère, que nuls aultres ne le vous sçauroient conseiller. Au regard de ce que le susdict ambassadeur a touché, comme de luy mesmes, au Sr Gondy, qu'il seroit bon que envoyssiés, de rechef, quelqu'ung par deçà, ceulx ci n'en sont nullement d'advis; ains disent que, si Monseigneur ne vient, que toutz aultres voyages et dilligences, pour ce regard, seront entièrement innutilles. Disent davantage, quand au commerce, qu'il n'a tenu à la Royne, leur Maystresse, ny à ma sollicitation, qu'il ne soit desjà bien estably, car, à mon instance, plusieurs assemblées ont esté desjà sur ce faictes en ceste ville, mais les marchandz y ont tousjours résisté, et y résisteront jusques à ce qu'ilz voyent une paix plus assurée et ung ordre mieulx estably en France.