Au surplus, Sire, je ne sentz qu'il se face encores, icy, aulcune propre dellibération de guerre pour rien entreprendre hors du royaulme, bien qu'on envoye beaucoup d'artillerye, de toutz qualibres, dans les grands navyres, comme pour en vouloir mettre quelque nombre dehors, à ce prochain primptemps. Mais je ne voy pas haster l'avitaillement, ni les aultres apprestz, pour vous debvoir mettre encores en peyne; et difficilement pourra t on dresser ung armement, aulmoins qui soit de quelque importance, que je n'aye quelque loysir de vous en donner advis. Ces gens de guerre, dont vous a esté faict rapport, sont seulement, ces huict centz soldatz que je vous ay desjà mandé qu'on dépeschoit en Irlande, et cinq centz à Fleximgues. Bien a l'on ordonné de fère bientost les monstres accoustumées du pays, et, quand à ce qui a esté traicté, de jetter des forces de ce royaulme dans le quartier de la Guyenne, qui est entre Loyre et Gironde, et dans la Rochelle, cella a esté plus mis en avant par aulcuns angloys qui sont extrêmes en leurs impressions, que non que la dicte Dame, ny que ceulx de son conseil y ayent presté l'oreille, ny l'ayent trouvé bon, ny que pas ung françoys y soit intervenu. Et croy que j'ay assés suffizamment advéré, tant du costé des angloys que de voz subjectz, qui sont icy, que la dellibération en demeure bien froide; bien que ceulx cy m'ayent, de rechef, ramanteu leur escrupulle de certain apprest de navyres, qu'on leur faict accroyre qui se poursuit fort chaudement en Normandye et Bretaigne, et que Vostre Majesté est après à fère levée d'allemans et suysses, et fère venir des italiens, ce que je leur ay jetté bien loing.
Il y a ung chapellain protestant, qui servoit le comte de Cherosbery, lequel, estant venu defférer icy la Royne d'Escosse, et ayant si fort irrité la Royne d'Angleterre contre elle que sa vye en a esté en extrême danger, il a esté dilligemment observé par ung bon amy, de ceste court, qui l'a faict enfin convaincre d'imposture; dont a esté condempné au pillory, et la dicte Royne d'Escosse demeure, pour ce coup, dellivrée de ce grand danger, grâces à Nostre Seigneur, auquel je prie, etc.
Ce XXVIe jour de febvrier 1574.
CCCLXVIIIe DÉPESCHE
—du Ve jour de mars 1574.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Raymond.)
Conférence de l'ambassadeur avec les députés de Flandre.—Vives assurances de dévouement données par l'agent de la Rochelle.—Mesures prises à Londres contre les étrangers.—Nouvelles d'Irlande.
Au Roy.
Sire, n'ayant, pour ceste heure, à fère sçavoir à Vostre Majesté rien de nouveau, du propos de Monseigneur le Duc, ny d'aulcune aultre chose que j'aye traictée avec ceulx cy depuis ung moys en çà, sinon cella mesmes que je vous ay désjà escript par mes précédentes dépesches, je viendray maintenant à vous dire que les deux depputés de Flandres, après avoyr présenté leurs lettres et leur commission à la Royne d'Angleterre, et luy avoyr exposé le sommayre de leur charge, ilz me sont venus visiter, le jour ensuyvant, et je les ay conviés, pour le lendemain, à vouloir prendre leur dîner en mon logis, où ilz ont uzé assés privément avecques moy. Et, entre aultres choses, m'ont dict qu'ilz espéroient, sellon la bonne démonstration que la dicte Dame leur avoit faicte, et sellon le plaisir, qu'elle avoit eu, de recevoyr de si bénignes lettres, comme ilz luy avoient apportées, du Roy d'Espaigne, que, avant la fin de trois moys, qu'ilz avoient à estre icy, ilz auroient accomodé les affères d'entre les deux pays, chose qu'ilz réputoient estre de grande conséquence pour le Roy, leur Maistre, et pour ses subjectz, et non moins utille et nécessayre à ce royaulme; néantmoins qu'ilz me vouloient fort affectueusement prier que, si je découvrois qu'il se menât quelque praticque, par ceulx cy, en faveur du prince d'Orange, contre le Roy, leur Maistre, que je les en voulusse advertyr, et qu'ilz me feroient le semblable, s'ilz entendoient qu'on y fît rien contre Vostre Majesté; et que, de vostre costé, non plus que du leur, ne se falloit attandre que, pour tous ces bons propos de mariage, lesquels ne servoient que d'une forme d'entretènement, ny pour nulles confédérations et ligues, vielles ou rescentes, les Angloys se divertîssent des intelligences qu'ilz avoient avec les aultres protestants, ny qu'ilz ne broillassent tousjours, aultant qu'ilz pourroient, les affères dedans les estatz de leurs voysins, car c'estoit ce de quoy ilz faysoient leur prouffit, et de quoy ilz estimoient pouvoir mieulx entretenir leur repos. A quoy, Sire, je leur ay fort volontiers acquiescé.
Or, Sire, pour vériffier davantage si l'advis, d'envoyer des forces, d'icy, au quartier de la Guyenne, qui est à l'entour de la Rochelle, et dans la ville mesmes, auroit fondement, j'ay curieusement examiné là dessus, l'ung après l'aultre, toutz les principaulx de voz subjectz qui sont par deçà; lesquels m'ont fort évidemment faict cognoistre que c'estoit chose à quoy nul d'eux n'avoit jamays pensé, ains l'ont détestée avec exécration. Et, entre aultres, le sire Bobineau, agent de la Rochelle, s'est offert à moy de se mettre en lieu où l'on pourroit fère justice de sa personne, au cas que, depuis le dernier édict, il se soit traicté chose aulcune, ny en ayt esté proposé une seule, petite ny grande, à ceulx cy, par ceulx de sa ville, qui puisse estre au préjudice du dict édict, ny contre l'obéyssance et fidellité qu'ilz doibvent à Vostre Majesté; et qu'il me prioit d'approfondir bien cest advis, duquel je luy venois de parler, affin que, par la vérité de ce que j'en trouverois, je vous peusse oster toute la sinistre impression que pourriés avoyr conçue d'eux, car c'estoit ce qu'ilz craignoient le plus au monde, que de vous mettre en quelque souspeçon et deffiance, et que ceulx de sa ville se vouloient maintenant monstrer plus fermes et loyaulx subjectz de Vostre Majesté et de vostre couronne, qu'ilz n'avoient jamays faict; et qu'icelluy agent n'estoit retenu, icy, que pour quelque somme, à quoy ilz estoient obligés vers les Angloys, depuis le siège; et que, s'il vous plaisoit leur fère expédier la commission, que leur avés, longtemps y a, accordée, de pouvoir lever les deniers pour ce payement, que luy se retireroit incontinent d'icy, et l'on verroit que les habitans de la Rochelle n'auroient plus aulcune communicquation avec les Angloys; et qu'il ne me vouloit pas celler qu'il estoit après, maintenant, à achepter quelque quantité de poudre, sellon que, de tout temps, ceulx de la Rochelle estoient tenus d'en avoyr ordinayrement quarante milliers de provision dans leur ville; et, parce qu'après le siège il n'en y estoit point resté, l'on luy avoit mandé d'y en fère venir. Je luy ay respondu que je ferois entendre à Vostre Majesté tout ce qu'il m'avoit dict, et qu'il se pouvoit assurer que vous maintiendriés droictement à ceulx de la Rochelle vostre édict, s'ils se sçavoient contenir de ne l'enfreindre de leur part.