—du IIe jour de juing 1575.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Guybon.)
Bruit répandu à Londres que la négociation de la paix est entièrement rompue en France.—Affaires d'Écosse.—Sollicitations de l'ambassadeur auprès d'Élisabeth en faveur de Marie Stuart.—Espoir qu'il pourra bientôt y avoir un rapprochement entre les deux reines.—Le comte de Killdare et sa famille conduits prisonniers à Londres.
Au Roy.
Sire, parce que, à ce soubdain délogement que la Royne d'Angleterre a faict, le lendemain de Panthecoste, de Grenvich, à cause de la peste, la pluspart des seigneurs de sa court et les principaulx de son conseil se sont escartez en divers lieux pour prendre l'ayr des champs, je ne puis, jusques à ce qu'ilz soyent rassemblez près d'elle, retirer la responce des choses que je luy proposay dernièrement; mais j'espère que, bientost, ilz y seront toutz de retour, et qu'incontinent après je la vous pourray mander, n'estant sans quelque apparence que les suppostz de la nouvelle religyon, lesquels, ces jours passez, ont esté en court, se soyent cepandant efforcez de m'y susciter de la difficulté. Et mesmes sur ce que l'ambassadeur d'Angleterre a escript, du XXIe du passé, que le traicté que Vostre Majesté avoit commancé entre les depputez de ceulx de la nouvelle religyon estoit entyèrement rompu, et eulx toutz retirez, sans aulcun espoyr d'accord; et que, depuis ung moys, Vostre Majesté s'estoit fort réfroidye de la paix contre ce qu'elle avoit auparavant monstré d'infinyement la desirer, je ne cesseray pourtant de solliciter la responce que j'attandz de la dicte Dame, et de m'oposer aulx pratiques d'iceulx suppostz aultant qu'il me sera possible, attandant la venue de mon successeur, duquel la longueur n'est plus excusable pour vostre service.
J'entendz que, de nouveau, l'on remect en terme le voïage de Me Quillegreu; et semble que ce soit pour deux occasions: l'une, pour fère souscripre le comte de Morthon et le conseil de dellà à la ligue de la nouvelle religyon, laquelle on tâche à renforcer plus que jamays; et l'aultre, pour accommoder certein grand différent, que les ministres et toute ceste sorte de clergé d'Escosse ont contre le dict de Morthon, sur ce qu'il veut applicquer le tiers des bénéfices du royaulme au revenu de la couronne. Je ne sçay si le dict Quillegreu se déportera avec plus de modération vers le nom et l'alliance de Vostre Majesté par dellà qu'il n'a faict, les aultres foys qu'il y est allé.
Il a esté besoing, pour la trop curieuse et aspre inquisition, qu'on faisoit icy contre la Royne d'Escosse, de fère une honneste et gracieuse mencion d'elle à la Royne, sa seur, et luy tesmoigner que sa droicte et bonne intention vers elle méritoit, en toutes sortes, qu'elle eût plus de respect à elle, et ne luy dényât le premier et meilleur lieu que justement elle desiroit avoyr en sa bonne grâce. En quoy m'a semblé qu'encor qu'elle m'ayt ramanteu aulcunes traverses et empeschementz, que le susdict comte de Morthon, avec ses adhérentz, s'efforçoit d'y mettre, néantmoins elle n'a tant couvert ny dissimulé son cueur qu'elle ne m'ayt donné à cognoistre qu'elle n'estoit mal disposée vers elle, et qu'encor que les ennemys puissent bien retarder aulcunes de ses bonnes démonstrations vers elle, qu'ilz ne pourront toutesfoys jamays tant rompre les liens, dont Dieu et nature les ont conjoinctes ensemble, qu'elle ne luy rende tousjours ung honneste et honnorable debvoir de bonne parante. De quoy j'ay mis peyne d'en resjouyr et consoler, par ung mot de lettre, la dicte Dame, et luy conseiller qu'elle ne vueille discontinuer vers elle ses honnestes escriptz et ses gracieulx présantz; et j'espère que ceste aigreur, aussy bien que les précédentes, se réduyra à modération. Et mesmes y en a qui pensent qu'elles se pourront voyr en ce progrès: sur quoy se faict de bonnes et maulvaises interprétations.
Le comte de Quildar a esté admené prisonnyer, d'Irlande, ensemble la comtesse sa femme et ses enfans, et sont desjà mis soubz diverses gardes en ceste ville, attandant qu'ilz soyent examinez. Je mettray peyne d'entendre davantage de leur faict, ensemble de l'estat du pays de dellà, pour vous en donner advis par mes premières. Et, sur ce, etc. Ce IIe jour de juing 1575.