—du VIIe jour de juing 1575.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)
Annonce d'une audience.—Négociation de Mr de Méru avec les seigneurs du conseil.—Affaires d'Irlande.—Nouvelles des Pays-Bas.
Au Roy.
Sire, sur l'occasion de vostre dépesche, du XXIIIe du passé, laquelle j'ay recue le deuxiesme d'estui cy, j'yray demain trouver la Royne d'Angleterre à Athfeild, à dix huict mille d'icy, pour luy fère bien particullièrement entendre tout ce qu'il vous plaist me commander de luy dyre; qui espère qu'elle en recevra du contantement beaucoup, et qu'elle cognoistra combien de plus en plus vous dellibérez de procéder sincèrement vers elle, pour mériter qu'elle uze aussy de toute sincérité vers vous. Et parce qu'il semble qu'on luy ayt donné diverses interprétations d'aulcunes choses de Vostre Majesté, et mesmement de celles ès quelles elle prétend d'avoyr quelque intérest, et aussy des aultres qu'avez à desmeller avec voz subjectz, je mettray peyne de luy toucher les principaulx poinctz des unes et des aultres, affin que, des réponses qu'elle m'y fera, je puisse tirer tout ce qu'il me sera possible de son intention pour vous en rendre, par mes premières, bien informé, et que ne soyez sans cognoistre à quoy il vous faudra préparer pour les dellibérations qu'elle y pourroit prendre.
Mr de Méru a esté luy bayser la main depuis troys jours, non sans avoyr eu de la communicquation longuement et privéement avec les seigneurs de son conseil sur les advertissementz qui sont venuz de l'ambassadeur d'Angleterre, et sur ceulx que les depputez luy ont envoyé à luy mesmes, avant qu'ilz soyent partis de Paris, touchant les difficultez de la paix; desquelles il semble qu'ilz les raportent toutes à celles de la seureté. Le cappitayne La Porte et le cappitayne Chat ont esté aussy bayser les mains de la dicte Dame; et, bien que le dict Sr de Méru face semblant de ne bouger de ceste ville, je sentz bien que l'ung des aultres deux ou toutz les deux prétandent de fère bientost ung voïage en Allemaigne. Cepandant quelques cappitaynes font, icy, semblant d'armer, et de lever des soldatz, et équipper des vaysseaulx de guerre, se continuant la voix que c'est pour aller aulx Pays Bas, les uns trouver le commandeur, les aultres le prince d'Orange. Je feray curieusement observer s'il y a rien contre la France.
Le comte de Quildar a esté ouy, et creignent, ses amys, qu'il sera mis dans la Tour. L'on dict que, pour aultant qu'après qu'il a esté party, le présidant d'Irlande a mis la main sur vingt ou trente aultres des principaulx, qui habitent dans la Pallissade, le comte d'Esmond s'est mis, quand et quand, aulx champs, creignant qu'on ne s'adressât aussy, à la fin, à luy; dont les choses tournent se rebrouyller aulcunement par dellà.
Me Quillegreu est commandé de suyvre le progrès, et se tenir prest pour aller en Escosse. Je ne puis encores proprement descouvrir l'occasion de son voïage, sinon ce que je vous en ay mandé par mes précédantes; et, si j'en apprends davantage, je l'adjouxteray à mes premières. Le docteur de Bruxelles continue toujours sa négociation, et mesmement sur le poinct d'envoyer ses ambassadeurs près de l'ung et l'autre prince, et m'a l'on dict qu'il a donné entendre que le Roy d'Espaigne a nommé dom Loys de Sylva pour venir icy; mais ceste princesse, encor qu'elle ait desjà nommé Me Henry Cobhan pour aller en Espaigne, elle ne se haste toutesfoys de le dépescher, et pense l'on que, d'icy à quelques jours, elle l'y pourra bien envoyer, mais non avec commission d'y résider, sinon après que le Roy d'Espaigne l'aura satisfaicte d'aulcuns poinctz qu'il aura charge, devant toutes aultres choses, de luy demander.
Je feray entendre à ceulx de voz subjectz, qui sont encores icy, la droicte et saincte intention que me mandez avoyr à la paix, et verray quel contentement leur auront donné les depputez touchant les bonnes responces que leur aviez faictes; et m'efforceray, au reste, en attandant l'arryvée de mon successeur, qui faict par trop le long, de pourvoir, le mieulx que je pourray, à ce qui surviendra, icy, pour vostre service. Sur ce, etc.
Ce VIIe jour de juing 1575.