CCCCLIVe DÉPESCHE
—du XIIe jour de juing 1575.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer.)
Audience.—Acceptation par le roi de l'ordre de la Jarretière.—Instance de l'ambassadeur pour que Leicester soit envoyé en France à cette occasion.—Excuse donnée par la reine.—Mécontentement qu'elle témoigne à l'égard de la France.—Demande qu'elle fait de la communication des articles proposés pour la pacification.—Sollicitations dont elle est entourée afin de la forcer de se prononcer en faveur des protestans de France.—Sa déclaration qu'elle a toute confiance dans le roi et la reine-mère.
Au Roy.
Sire, j'ay esté, ceste foys, assez favorablement receu de ceste princesse, en la mayson de milord trésorier, où elle a séjourné huict ou dix jours, et m'a faict invyter à ung festin qui s'y est faict dimanche dernyer. Elle a esté fort contante de vostre acceptation de son ordre, et m'a pryé que je vous en fisse ung singullier mercyement de sa part, et que bientost elle vous dépeschera ung seigneur de bonne qualité pour le vous apporter; qui aura la mesmes bonne affection à l'entretènement de vostre mutuelle amityé que le comte de Lestre pourroit avoyr, lequel elle ne refuzeroit pas de le vous envoyer, si c'estoit pour occasion qui importât à vostre service; mais, parce que c'est luy qui a la principalle charge de son progrès, et qu'elle dellibère de l'aller fère bien loing vers le North, et mesmes passer, à l'aller et au retour, en la mayson du dict comte, à Quilingourt, elle vous supplye de l'excuser de ce voyage.
Je luy ay fort incisté qu'elle vous contantât de cella, et qu'il luy rapporteroit, à son retour, de quoy estre plus contante et plus joyeuse, et en plus de repos, toute sa vye; mais je ne l'ay peu impétrer. Je ne sçays encores si elle se ravisera; néantmoins, Sire, il est venu fort à propos que Vostre Majesté l'ayt ainsy demandé, car, sans cella, je me trouvoys fort confus sur quelques poinctz que la dicte Dame m'a touché, en passant, avec ung peu d'aygreur; desquels il est besoing que je cherche de descouvrir, au vray, quel en est le fondz, affin de le vous mander. Et je pense bien qu'une bonne partye a procédé de la dernière dépesche de son ambassadeur, et de la créance que me mandez que Jacomo, qui la luy a apportée, a eu à luy explicquer; dont bientost j'en auray quelque esclarcissement, et vous manderay, par mesmes moyen, Sire, ce qu'elle m'a discouru sur le faict de la paix, avecques voz subjectz. Qui ay bien cognu qu'elle n'avoit encores eu la relation de la vraye vérité de voz responces, dont m'a fort pryé de luy vouloir bayller, par escript, le sommayre de ce que vous accordés à voz subjectz pour l'exercice de leur religyon; ce que je ne luy ay ozé promettre, et ne le luy ay pas refuzé, aussy, à cause du postscript de vostre lettre.
Néantmoins je supplye très humblement Vostre Majesté de donner tant de foy à ce que j'ay très soigneusement nothé, et bien curieusement recueilly, des propos et démonstrations de la dicte Dame, qu'elle desire, sans fiction ny ypochrisye quelconque, que puissiez mettre la paix en vostre royaulme; et se trouve assez en peyne comme se desmeller des violentes persuasions à quoy, de toutes partz, l'on la sollicite contre vous, en cest endroict. Qui veulx bien confesser, Sire, qu'elle ne m'a pas dissimulé que, pour aulcunes occasions, et mesmes pour quelque griefve matière d'offance, elle ne soit aulcunement provoquée à vous nuyre.
Mais, enfin, après luy avoyr admené des considérations qui sont venues tout à temps, (et ne failloit pas qu'elles tardassent davantage), elle m'a dict qu'elle ne deffaudra nullement à l'amityé qu'elle vous a promise, si vous ne luy manquez de la vostre; et qu'elle vous prye de ne donner légèrement foy aulx rapportz qu'on vous fera d'elle, comme aussy elle n'en donra poinct à ceulx qu'on luy fera de vous; mais que vous reportiez toutz deux aulx mutuelles actions l'ung de l'aultre, sellon qu'elle ne refuze poinct que vous examiniez bien les siennes; car elle examinera bien fort curieusement les vostres.
Et, pour ceste foys, Sire, je ne veulx mettre Vostre Majesté en allarme d'aulcune chose apparante de ce costé, mais l'on m'a bien dict qu'il s'y prépare quelques contributions de deniers d'aulcuns particulliers protestantz pour envoyer en Allemaigne. Sur ce, etc.