Ce XIIe jour de juing 1575.

A la Royne

Madame, parce que, dès l'entrée des propos, où la Royne d'Angleterre et moy, après ceulx des honnestes complimentz, sommes ceste foys venus à ceulx de la négociation de deçà, j'ay bien cognu qu'elle estoit esmeue, et avoit le cueur pressé et son esprit en perplexité d'aulcunes choses de France, je l'ay temporisée longtemps sans luy rien contredyre. Et, après, je luy ay faict aulcunes remonstrances, en partye grâcieuses, et en partye avec quelque expression, pour la conduyre peu à peu à parler de Vostre Majesté. Et enfin luy ay dict qu'elle se pouvoit bien souvenir que vous aviez tousjours mis bon ordre que nulz de ses ennemys fussent ouys ny jamays bien venus en France, et qu'à présent ilz en estoient plus reboutez que jamays; dont le Roy et Vostre Majesté la vouliez bien prier que ceulx, qui vous estoyent malveillantz, ne fussent aussy ny bien receus d'elle, ny escoutez de ceulx de son conseil, et qu'elle ne leur voulût donner ny foy ny crédict contre vous.

A quoy elle, après plusieurs argumentz et réplicques, m'a enfin confessé qu'elle ne pouvoit ny vouloit nyer qu'elle ne vous eût plus d'obligations qu'à princesse de la Chrestienté, mais que vous cognoissyez aussy qu'elle n'en estoit ny ingrate ny mescognoissante, et que ses bons déportementz n'avoient esté moindres, ny de moins de prouffit à Voz Très Chrestiennes Majestez que les vostres vers elle; et qu'elle me prioit de vous saluer très cordiallement de toutes ses meilleures recommandations, et de vous prier que voulussiez, à ceste heure, plus que jamays, avoyr ung honneste respect à elle et à son amityé, ainsy qu'elle en avoit tousjours eu, et vouloit de bon cueur avoyr, à vous et à la vostre, et au Roy, vostre filz, et à la sienne, et qu'elle ne m'en diroit pas, pour ce coup, davantage.

Je pense desjà avoyr comprins où cella va; dont par mes premières je le vous manderay, ensemble ce que j'auray plus avant apprins d'aultres choses. Et sur ce, etc.

Ce XIIe jour de juing 1575.

CCCCLVe DÉPESCHE

—du XVIIe jour de juing 1575.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau.)

Secours d'argent donné par les Anglais aux protestans d'Allemagne et de France.—Refroidissement entre Élisabeth et le prince d'Orange.—Incertitude sur quelque évènement nouveau survenu en Écosse.