Convalescence du roi.—Mort du maréchal de Danville.—Départ de Mr de Méru pour l'Allemagne.—Efforts de l'ambassadeur afin d'empêcher Élisabeth de donner des secours sérieux aux protestans de France.—Assurance qu'elle a formé la résolution de s'en tenir avec eux à de simples promesses.
Au Roy.
Sire, l'on a parlé icy diversement de la qualité et de l'effect de vostre maladye, et je loue Dieu, de bon cueur, et le remercye, bien dévotement, qu'il vous en a bientost relevé, et qu'il n'a permis qu'elle ayt esté si violente ni sy dangereuse comme on le disoit. Je fay présentement ung mot de vostre parfaicte guérison à la Royne d'Angleterre, attandant que, sur l'occasion de quelque aultre vostre dépesche, je l'aille trouver pour m'en conjouyr davantage et plus expressément avec elle.
La mort de Mr de Dampville[4] estoit desjà publiée, icy, sur ung advertissement de l'ambassadeur d'Angleterre, premier que j'ay receu celluy de Vostre Majesté, et n'a esté petite l'émotion qu'on s'est donnée de cella, creignantz les ungs que le party duquel il estoit se doibve trouver, à présent, beaucoup affoybly et débilité par son manquement, et les aultres estiment que, de ce qu'il s'estoit joinct à la cause de la nouvelle relligyon, elle en estoit devenue plus foible, et en recepvoit quelque deffaveur vers aulcuns princes protestantz. Comment que ce soit, s'il estoit occasion que ne peussiez donner la paix à voz subjectz ny la recepvoyr d'eux, Dieu, de qui les jugementz sont toujours très justes et sainctz, la luy vueille octroyer bonne par dellà.
Mr de Méru est desjà embarqué pour passer en Hemden ou bien en Hanbourg, affin d'aller trouver le Prince de Condé à Basle. J'entendz que ceste princesse, quand il a prins congé d'elle, luy a faict présant d'envyron troys mille escus; et m'a l'on dict que Wilx va avecques luy, dépesché par aulcuns particulliers de ce royaulme, avec VII mille Vc # d'esterling, qui sont vingt cinq mille escus, avec quelque chayne d'assés grand pris pour fère présent par dellà: dont quelqu'ung a comprins, de certain propos que le dict Sr de Méru a eu à tenir, que ce seroit pour fère marcher bientost deux milles reytres et quatre mille lansequenetz en France. Néantmoins il a faict démonstration, en mon endroict, à son partement, qu'il avoit desir et espérance de la paix; et a dict que, si son frère de Dampville estoit mort, ce qu'il ne vouloit encores croyre, la plus grande perte en seroit à Vostre Majesté, d'autant qu'il luy avoit naguyères escript qu'il ne se trouvoit tant en peyne de combatre contre ceulx contre qui il s'estoit mis, que de vaincre ceulx, avec qui il estoit, pour les retenir en vostre dévotion.
Je rencontre, par toutz mes advis, qu'il n'a poinct obtenu aulcune aultre provision de deniers, ny promesse d'hommes, ny de vaysseaulx, de ceste princesse; et pour le moins ne me trouvè je si veufflé d'elle que, quand aulx hommes et vaysseaulx, je n'aye faict que ouvertement elle a refuzé aulx ministres et aultres poursuyvantz, qui sont icy, d'en bailler; et, quand aulx deniers, si, d'avanture, elle consent, soubz main, à quelque crédict de ses marchandz, ce ne peut estre de grand somme. Et si, luy ay je protesté, il y a plus de six moys, et le luy renouvelle toutz les jours, que vous vous plaindriez d'elle, si les Allemantz marchoient en France, parce qu'on sçayt assez que le Prince de Condé n'a de quoy les y fère marcher, si elle, de son argent ou crédict, ne leur faict des jambes et des pieds. Et je vous supplye, Sire, de ne donner trop de foy à ceulx qui vous cellèbrent la facilité de la dicte Dame à bailler son argent contre vous, ny à vous rompre le traicté; mais bien à ceulx qui la font libéralle de bonnes parolles et de promesses vers ung chascung. Sur ce, etc.
Ce Ier jour de juillet 1575.
CCCCLVIIIe DÉPESCHE
—du IIIIe jour de juillet 1575.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer.)