Prises faites sur les Anglais par les navires de St Malo.—Vives plaintes des Anglais, qui veulent considérer cet acte comme une déclaration de guerre.—Assurance de l'ambassadeur qu'il leur sera donné satisfaction.—Menace de guerre de la part d'Élisabeth contre ceux de Flessingue à raison de prises qu'ils ont faites.—Nouvelles des Pays-Bas.—Incertitude sur les affaires d'Écosse.—Instance de l'ambassadeur pour qu'il soit donné satisfaction relativement aux prises faites par ceux de St Malo.

Au Roy.

Sire, aulcuns particulliers de ce royaulme, qui favorisoient les pyrateries, entendantz que ceulx de St Malo s'estoient mis sur mer pour garder que ceulx de la Rochelle n'en peussent plus fère et n'empeschassent la navigation, avoyent secrettement entreprins d'armer dix ou douze grandz navyres de guerre, en divers portz de ce royaulme, pour courre sus à ceulx de St Malo; de quoy, aussytost que j'en ay eu vent, j'ay faict cognoistre que j'avoys descouvert l'entreprinse. Dont la Royne d'Angleterre a incontinent mandé aulx justices du pays d'ung chascung endroict de fère incontinent cesser le dict apprest, et garder qu'aulcun navyre ne sorte que pour faict de marchandise; et si, d'avanture, il y en a quelqu'ung qui vueille sortyr armé, à cause des pirates, qu'il donne caution de ne rien attempter au préjudice des traités contre les amys et confédérez de ce royaulme. Mais il n'a guyères tardé, après cella, qu'ung advertissement est arryvé comme, depuis le XXe de may dernier, les dictz de St Malo ont prins troys navyres marchands angloix, venant, l'ung de la Rochelle, et les aultres deux d'Espaigne et du Portugal, lesquels, aussytost qu'ilz les ont eus amenez en leur port, les ont faict déclarer de bonne prinse et toute leur marchandise a esté dissipée: de quoy l'on m'a faict une extrême plaincte, et que l'on vouloit sçavoyr de moy si Vostre Majesté prétendoit par là d'ouvrir la guerre à ce royaulme, car n'avoyent entendu qu'il fût prohibé aulx Angloix de traffiquer avec ceulx de la Rochelle, ny aylleurs.

A quoy je leur ay respondu que c'estoit ung faict nouveau, sur lequel je ne leur pouvoys dire aultre chose, sinon que je les assuroys de vostre bonne et droicte intention vers la paix et amityé de ceste couronne, et que, d'ouverture de guerre, il n'en y avoit poinct; dont pourroyent fère leurs dilligences vers Vostre Majesté, et que je les accompaigneroys de mes lettres, et en escriproys aussy aulx gouverneurs de Bretaigne et de St Malo pour leur en fère avoyr rayson et justice; ce qui les a remis en quelque espérance de recouvrer leurs biens.

Néantmoins, parce qu'il y a une semblable querelle contre ceulx de Flexingues, lesquelz ont aussy naguyères prins des navyres angloix bien riches, et qu'à cause de cella ceste princesse les a envoyés sommer, par le docteur Roger de ceste ville, de fère entière restitution de tout ce que ses subjectz leur pourroyent duement vériffyer qu'ilz ont prins depuis troys ans en çà, aultrement qu'elle leur dénoncera la guerre; l'on est sur le poinct de dresser ung grand équippage de mer contre eulx. Il sera bon d'y avoyr l'œil et de fère, affin que cella ne s'addresse contre nous, que l'on sache au vrai, du premier jour, comme aura passé le faict de la prinse de St Malo et en donner quelque rayson par deçà.

Je croy bien que les nouvelles nopces du prince d'Orange, lesquelles leur sont fort suspectes, font qu'ilz prennent plus à cueur qu'ilz n'eussent pas faict les injures de ceulx de Flexingues. Et mesmes j'entendz qu'il y a mille Angloix, près de Bruges, qui se vont enroller au service du grand commandeur de Castille, et qu'il recouvrera dorsenavant beaucoup plus de marinyers de ce royaulme qu'ilz n'ont pas faict; et que Me Henry Cobhan partira bientost pour aller résider ambassadeur de ceste princesse en Hespaigne.

Me Quillegreu n'est encores party pour Escosse, mais on le faict suyvre pour le dépescher, d'heure en heure, et croy qu'on n'attand plus sinon les nouvelles de la paix de vostre royaulme, si elle succèdera ou non, pour le fère acheminer. Et sur ce, etc. Ce IVe jour de juillet 1575.

Il court bruict qu'il est survenu quelque nouveaulté au comte de Morthon en Escosse, et le faict on mort. J'en entendray davantage, affin de le vous mander par mes premières; mais il y doibt avoyr quelque chose, car l'on s'en esmeut assez.

A la Royne