Madame, il n'y a, à présent, icy, aultre chose digne de Voz Majestez, aulmoins qui soit encores venue à ma cognoissance, depuis mes précédentes dépesches, du XXVIe du passé, et premier d'estui cy, que ce qu'il vous plerra voyr en la lettre que j'escriptz, de ceste dathe, au Roy, vostre filz; en laquelle je luy touche ung faict duquel l'on m'est venu fère grande plaincte, et sur lequel j'estime, Madame, qu'il est expédient d'y fère bien regarder, affin que le cas n'en aylle à plus d'altération; et que, sur ce renouvellement de ligue, les subjectz de ces deux royaulmes, non seulement trouvent une mutuelle seureté, mais qu'ilz sentent beaucoup de faveur et de support les ungs des aultres en leurs communs traffics: aultrement le sèrement du Roy et celluy aussy que ceste princesse a faict seroyent violez, au grand mespris de Dieu, à qui ilz ont esté sollennellement jurés, et à l'offance des hommes, et mesmement des princes et gens de bien, qui en demeureroyent fort scandalisez. Ce que je m'assure que le Roy, ny Vous, Madame, ne voudriez pour aulcun pris que telle chose advînt. Et sur ce, etc.

Ce IVe jour de juillet 1575.

CCCCLIXe DÉPESCHE

—du VIIIe jour de juillet 1575.—

(Envoyée exprès jusques à Calays par Estienne Jumeau.)

Conférence de l'ambassadeur avec Burleigh.—Ses plaintes au sujet des secours accordés en Angleterre aux protestans de France.—Ferme assurance donnée par Burleigh qu'Élisabeth veut maintenir le traité.—Nouvelles d'Écosse.—Révolte à Édimbourg contre le comte de Morton.

Au Roy.

Sire, premier que de recepvoyr vostre lettre, du XXIe du passé, j'avoys visité milord trézorier pour retirer de luy aulcuns accomplissementz qui restoient du traicté de la ligue, affin que je les vous peusse envoyer, comme depuis je l'ay faict. Et, par mesme moyen, j'estois entré bien avant avecques luy sur le peu d'observance, qu'on faysoit icy, du dict traicté, luy déclarant ouvertement que Vostre Majesté, par divers rencontres, trouvoit que la Royne, sa Mestresse, en lieu de se trouver amye et bonne confédérée en voz affères, portoit entièrement le party de ceulx qui estoient eslevez en vostre royaulme, comme si elle avoit ligue et confédération avec eulx; et que non seulement elle les admettoit favorablement à parler, icy, à elle, et à ceulx de son conseil, et de s'accomoder de deniers, de monitions et de beaucoup de moyens en son royaulme, mais que, jusques en Languedoc, à la Rochelle et aultres lieux, où la guerre se faysoit, et jusques à Basle, où le Prince de Condé estoit, et en Allemaigne, où il pourchassoit des forces, elle leur faisoit sentir son support et assistance; et que mesmes j'entendoys que Mr de Méru emportoit de l'argent, ou du crédict, d'icy, pour fère marcher les reytres en France, aussytost qu'il seroit arryvé devers le Prince de Condé: ce qui arguoit grandement l'intégrité d'elle et des seigneurs de son conseil, et la rendoit et eulx inexcusables, devant Dieu et vers les princes et gens de bien de la Chrestienté, pour sa foy et sèrement violez; et mesmes qu'elle sçavoit bien que les responces qu'aviez faites à voz subjectz, pour l'exercice de leur religyon, et pour leurs seuretés, et pour tout aultre leur accomodement en vostre royaulme, estoient si bénignes et amples, que je ne pouvois penser à quel aultre tiltre, sinon de pure rébellion et infidellité, ilz vous pourroient plus continuer la guerre; et que si, d'avanture, elle n'estimoit beaucoup plus d'avoir une honneste et légitime confédération avec vous, que non une intelligence malhonneste et de pernicieulx exemple avec eulx, qu'elle le dict ardiment; car il vous seroit moins dommageable de l'avoyr ouverte que non pas secrette ennemye, ou que dissimulée amye.

Il m'a respondu que plusieurs choses du passé debvoient rendre bien advertye la Royne, sa Mestresse, comme se conduyre sur celles du présent, et comme pourvoyr à celles d'advenir, et que jamays princesse ne s'estoit plus franchement commise à l'amityé de nul prince qu'elle avoit faict à celle du feu Roy, vostre frère; duquel elle s'estoit proposée une très grande seureté et un grand repos, soubz la bonne opinyon qu'elle avoit de sa foy, et soubz la loyaulté qu'elle pensoit estre ez promesses qu'il avoit faictes à ceulx de la nouvelle religyon, avec lesquelz elle avoit sa propre tranquillité et celle de son estat comme conjoinctes; et Dieu estoit tesmoing de ce qui estoit depuis advenu, et en monstroit de grands jugementz, dont failloit qu'ilz fussent, à ceste heure, bien soigneulx de fère leurs descouvertes; et que, touchant les responces à voz subjectz, il ne les vouloit débatre, car estimoit que les leur aviez rendues toutes honnorables; bien luy sembloit, à cause des accidantz passez, qu'elles seroient encores plus honnorables et plus utilles, si elles estoient moindres en concession des choses particullières, et plus amples en octroy des seuretez; néantmoins, comment que ce fût, la Royne, sa Mestresse, vous garderoit invyolablement l'amityé et confédération qu'elle vous avoit promise, si vous ne la rompiez de vostre costé; auquel cas Dieu luy avoit donné et luy donroit les moyens et forces pour se garder d'estre offancée, et mesme pour fère offance à ceulx qui la voudroient offancer; mais que vous ne debviez légièrement croyre les advis et maulvais rapportz qu'on vous feroit d'elle: car, parce que voz subjectz, qui estoient en armes, sçavoient qu'elle estoit de leur religyon, ilz se proposoyent plusieurs grands advantages d'elle, et se vantoyent d'avoyr souvant impétré beaucoup de ce qu'ilz n'avoyent rien, affin de tenir leurs affères en réputation, et tirer, par ce moyen, les plus seures et meilleures condicions de paix, qu'ils pourroyent, de Vostre Majesté; et qu'il ne pouvoit, ny debvoit me réveller les secrettes dellibérations de sa Mestresse, mais qu'il me promettoit bien qu'elle ne feroit, ny estoit pour fère chose aulcune contre l'honneur et la grandeur, ny au préjudice de Vostre Majesté. Et s'est mis là dessus à discourir de plusieurs choses, et comme il sembloit que vous en eussiez aulcunes, lesquelles ne vous touchoient guyères en plus de considération que celle de vostre propre bien et prouffit, et que, par nécessité, il failloit ou que prinsiez bien le poinct de ce temps, qui se offroit maintenant, et la présente occasion pour establir ung ordre et ung règlement en voz affères, et pour recueillyr toutz voz subjectz et esteindre leurs partialitez et querelles, ou que fissiez estat de voyr vostre règne augmanter, de jour en jour, en plus de troubles et de dangers, et Vostre Majesté moins jouyssante, toute sa vye, de l'amplitude de son royaulme que nul de ses prédécesseurs.