A quoy je luy ay satisfaict, sellon ce que j'ay estimé convenir à vostre réputation et grandeur, et la bonne intention qu'avez vers voz subjectz, le mieulx qu'il m'a esté possible. Et par ce, Sire, que, dans ung jour ou deux, j'espère aller trouver ceste princesse pour noter davantage comme elle persévère vers Vostre Majesté, et pour luy toucher, avec le plus de discrétion que je pourray, les poinctz de voz deux dépesches du XIIe et XXIIe du passé, et aussy pour continuer vers elle une gracieuse négociation que je luy ay commancée pour la Royne d'Escosse, qui sont desjà aulcunement racoinctées ensemble, je remettray à vous mander, lors, tout ce que j'auray recueilly de ses propos.
Et adjouxteray seulement icy, Sire, que le bruict continue de la mort du comte de Morthon, et que c'est milord de Lentzay, prévost de Lillebourg, qui, avec la commune de la ville, offancée de l'oppression des impostz, luy a couru sus. Et sur ce, etc. Ce VIIIe jour de juillet 1575.
Depuis ce dessus, l'on me vient d'advertyr bien seurement que la commune de Lislebourg s'est véritablement eslevée contre le comte de Morthon à cause de la monoye, mais qu'il s'est saulvé dans le chasteau; et que ceste princesse, dans ung jour ou deux, faict acheminer Me Quillegreu par dellà. Je desireroys, de bon cueur, qu'il y eût quelqu'ung par dellà, de la part de Vostre Majesté.
CCCCLXe DÉPESCHE
—du XIIIe jour de juillet 1575.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)
Audience.—Communication de la réception faite en France à sir Jacques Fitz Maurice.—Déclaration du roi qu'il ne veut pas soutenir les catholiques d'Irlande.—Conseil donné par le roi à sir Jacques de solliciter sa rentrée en grâce.—Satisfaction d'Élisabeth.—Remontrances de l'ambassadeur sur ce que l'on se conduit en Angleterre comme si la guerre était résolue contre le roi.—Déclaration qu'il a été fait droit en France à toutes les plaintes des Anglais.—Assurance donnée par la reine qu'elle arrête les secours, et qu'elle a formellement refusé de faire passer de l'argent en Allemagne.—Même assurance confirmée par les seigneurs du conseil.—Départ de Me Quillegrey pour l'Écosse.—Proposition secrètement faite de reprendre la négociation du mariage d'Élisabeth avec le duc d'Alençon.
Au Roy.
Sire, m'estant approché, mardy dernier, à troys mille de ceste court, la Royne d'Angleterre m'a incontinent mandé, par ung de ses pensionnayres, que je la vînse trouver à la prochayne forest, où elle estoit desjà, dès le grand matin, à la chasse, et qu'elle ne me vouloit différer aylleurs, ny plus longtemps, mon audience, affin de pouvoir tant plus tost ouyr des nouvelles de Vostre Majesté, lesquelles elle espéroit et desiroit estre bonnes; et que, de là, elle me mèneroit disner chez ung gentilhomme, là auprès, qui luy faisoit ung festin, où elle vouloit que je mangeasse ce jour avec elle. A quoy ayant obéy, et ayant, la dicte Dame, aussytost que je l'ay rencontrée au boys, délayssé ung peu sa chasse pour s'enquérir soigneusement de vostre santé, et l'en ayant amplement satisfaicte, sellon le contenu de vostre lettre du XIIe du passé, de quoy elle a monstré avoyr grand contantement, le surplus des propos ont esté remis jusques après la dicte chasse, et jusques après le dîner, qui a esté somptueux; durant lequel elle a tenu beaucoup de bien honnorables propos de Vostre Majesté et des troys Roynes Très Chrestiennes; et après qu'elle a esté hors de table, elle m'a retiré en ung coing de sale, où je luy ay dict: