Que j'estoys venu luy signiffyer deux vrays tesmoignages de l'indubitable affection que Vostre Majesté avoit de vivre en très bon frère et très parfaict confédéré avec elle; l'ung estoit celle communicquation, que je luy avoys desjà faicte, de vostre convalescence et de la bonne disposition où, grâces à Dieu, vous vous trouviez à présent, après ce petit sentiment de fiebvre qu'aviez eu, au commancement de juing dernier, qui estoit une singullière privaulté que vous luy communicquiez, et qui desiriez l'avoyr mutuelle avec elle, affin qu'ordinayrement elle vous fît aussy sçavoyr comme elle se portoit; et l'autre estoit touchant le sire Jacques Fitz Maurice, l'ung de ses fuitifz d'Irlande, lequel estant passé en France, Vostre Majesté ne luy avoit poinct aiguysé le cueur contre elle, et ne l'avoit animé à luy continuer la guerre ny luy troubler son estat, et ne luy aviez offert vaysseaulx, ny hommes, ny monitions, ny deniers pour le fère, ains l'aviez exorté de retourner à son debvoir de bon subject vers elle, et recourir à sa clémence et bonté, et se remettre, luy et ses partisans, en son obéyssance et bonne grâce; de quoy ne l'ayant trouvé aliéné, vous aviez bien voulu intercéder pour luy par voz propres lettres, lesquelles, avec celles que m'aviez escriptes là dessus, je luy apportoys, affin qu'elle vît comme, par ce bon office, qui ne pouvoit estre ny meilleur ny plus cordial vers elle, ny vers le repos de ses affères, vous desiriez qu'elle peût tout de mesmes recueillyr ses subjectz, qui estoyent escartez, et leur oster l'espouvantement où ilz estoyent, comme vous le desiriez des vostres propres, ainsy que ce temps requéroit qu'on en uzât ainsy; et qu'elle sçavoit assez que mesmement ceulx de la noblesse ne cessoyent jamays, quand ilz estoient hors de leur pays, de praticquer tout ce qu'ilz pouvoient, et de remuer aultant de besoigne qu'il leur estoit possible, pour y estre remis; et quiconques le pensoit aultrement se trompoit bien fort, et que pourtant vous aviez grand plésir de luy fère regaigner ce gentilhomme avec ses partisans, aulx condicions qu'il demandoit, qui estoient beaucoup plus facilles que celles que vous offriez à voz propres subjectz.

La dicte Dame, avec une démonstration de grand ayse sur cest affère, duquel elle estoit assez en peyne, et n'en attandoit pas de si bonnes nouvelles comme celle cy, a tout incontinent prins sa lettre et la mienne et les a curieusement leues. Et puis m'a dict qu'elle vous avoit beaucoup d'obligations, pour l'honnorable déportement dont elle voyoit qu'aviez usé en ce faict, tout aultrement qu'on ne le luy avoit rapporté, et aultrement que le dict mesmes Fitz Maurice ne s'en estoit vanté, et qu'il l'avoit escript à ceulx de son party, en Irlande, par ses lettres de la fin de may dernier, où il les assuroit que Vostre Majesté luy avoit accordé huict vaysseaulx de guerre et deux mille harquebusiers, et luy avoit desjà donné troys mille escuz contantz; de quoy elle avoit maintenant très grand playsir qu'elle vous peût remercyer du contrayre, comme elle faysoit de bon cueur, et vouloit bien que, du discours qu'elle m'avoit faict du dict Fitz Maurice, lequel seroit trop long, je vous disse ceste particullarité: qu'il s'estoit mis sur mer en intention d'aller trouver le Roy d'Espaigne, mais que l'ayant le vent jetté à St Malo, le cappitayne La Roche, qui est, à ce qu'elle dict, ung terrible gallant contre elle, l'avoit avec beaucoup de grandes espérances admené vers vous, où, grâces à Dieu, il avoit trouvé que la matière n'estoit sellon sa disposition; et bien que, jusques icy, il ayt monstré de ne vouloyr poinct de pardon, toutesfoys qu'elle feroit voyr, par son conseil, sur vostre lettre, les condicions auxquelles maintenant il le demandoit, et qu'elle me prioit de communicquer aulx comtes de Lestre et de Sussex, qui estoyent là présantz, ce qu'il vous avoit pleu m'en escripre.

J'ay suivy à luy dire que, le propre lendemain que Mr de Walsingam m'estoit venu parler, de la part d'elle, du dict Fitz Maurice, j'avoys receu ceste présente dépesche, et avoys esté infinyement ayse de voir qu'avant que je vous en eusse escript, ny que l'ambassadeur d'elle vous en eût rien touché par dellà, vous aviez desjà procédé de vous mesme en cest endroict, comme prince d'honneur et de vertus, et comme vray amy et bon confédéré d'elle, et que je ne voulois doubter qu'elle n'eût la pareille intention vers vous, si toutz ceulx qui estoyent auprès d'elle l'avoyent de mesmes, la priant de prendre de bonne part si je luy disoys aulcunes choses qui l'argueroyent devant Dieu et les hommes d'une grande coulpe, en vostre endroict, si, d'avanture, elle les sçavoyt, ou bien d'une grande négligence vers vostre amityé, si, d'avanture, elle en vouloit estre ignorante: c'estoit que, par divers rencontres et par plusieurs advertissementz de diverses partz, Vostre Majesté trouvoit que, du costé d'icy, en lieu de procéder droictement vers voz affères sellon l'obligation de la ligue, c'estoyent les eslevez de vostre royaulme qui estoient favorablement admis à parler à elle et à ceulx de son conseil, et s'accomoder ordinayrement d'armes, de vaysseaulx, de monitions de guerre, et aultres leurs provisions; et que mesmes j'entendoys qu'il estoit freschement sorty quatre navyres de guerre, et s'en apprestoit aultres quatre pour sortyr, du premier jour, de divers portz de deçà, pour aller, en faveur des dictz eslevez; et que, jusques aulx propres lieux, où ilz faisoyent la guerre en France, et jusques en Allemaigne, où ilz procuroient d'avoyr des forces, ilz sentoyent l'apuy et assistance de l'Angleterre; et nommément, par aulcunes lettres, qui naguyères avoient esté surprinses, il vous apparoissoit que Mr de Méru, au partir d'icy, debvoit emporter des deniers contantz, ou bien du crédict, pour fère marcher les reytres en France, aussytost qu'il seroit arryvé devers le Prince de Condé; ce que, pour estre ces actes par trop ennemys en l'endroict mesmement d'un prince qui la cherchoit d'amityé, et par trop contrayres à la foy et promesse que vous aviez d'elle, et qu'il vous sembloit que ses conseillers n'oseroyent pas, de eulx mesmes, attempter telles choses contre l'honneur de sa parolle, et mesmement, à ceste heure, qu'ilz sçavoient combien vous aviez bénignement respondu à voz subjectz touchant l'exercice de leur religyon, et touchant leurs seuretez, et tout aultre accommodement en vostre royaulme, pour ne pouvoir à nul aultre tiltre désormays, que de pure rébellion et infidélité, vous continuer plus la guerre, vous ne vouliez si mal juger d'elle que cella, ains penser, selon qu'elle n'avoit le cueur bas, qu'elle vous déclareroit plustost la guerre tout ouvertement que de se porter ainsy couverte ennemye ou dissimulée amye vers vous, et que pourtant vous attandriez quelle preuve vous auriez de ses effaictz, premier que d'adjouxter foy aulx lettres et rapportz de ceulx qui vous vouloyent mettre en deffiance d'elle; et que cepandant vous n'aviez layssé de fère pourvoyr, de vostre propre espargne, au marchand d'Ampthonne, dont elle m'avoit dernièrement parlé, et aviez mandé à vostre parlement de Paris d'expédyer favorablement les librayres de Londres, et donné charge à Mr de Chiverny de fère voyr toutes les aultres plainctes de son ambassadeur en vostre conseil, affin d'y satisfère sellon l'obligation des trettés; lesquelz vous vouliez que fussent droictement observez de vostre costé, et desiriez aussy qu'elle les fît mieulx observer du vostre, que jusques icy elle ne l'avoit pas faict.

La dicte Dame m'a respondu qu'elle vous remercyoit bien fort de ce que ne la vouliez légyèrement arguer de parjure, et qu'elle vous promettoit bien que l'intégrité de ses euvres vous rendroit assez manifeste le mensonge de ceulx qui ozoient calompnier la foy et promesse qu'elle vous avoit jurée, sans qu'elle se mît en peyne d'aultrement les convaincre, mais qu'elle ne sçavoit ce qui adviendroit, après le retour de Mr de Méru en Allemaigne, sinon qu'elle s'assuroit bien qu'il n'auroit à se vanter de rien d'elle contre vous, ny à vous fère douloir d'aulcune chose qu'elle eût uzée vers luy, non plus que vous vers elle, en l'endroict du Fitz Maurice; que vous sçaviez assez la résolution qui estoit prinse entre les Protestantz d'Allemaigne de ne manquer de secours à ceulx de leur religyon qui estoyent en armes en vostre royaulme, s'ilz ne pouvoyent avoyr la paix, et qu'elle sçavoyt bien que les forces estoyent prestes, et ne restoit, pour les fère marcher, que quelque argent, en quoy ne me vouloit nyer qu'ung gentilhomme ne fût passé, depuis peu de temps, en ce royaulme pour avoyr l'accomodement de la somme en deniers contantz, ou bien par crédict; mais que, pour le respect de la ligue qui estoit entre vous, quoy qu'on luy représentât l'obligation de la religyon, et que ce n'estoit que pour contre cautionner aulcuns seigneurs françoys bien riches, qui estoyent les premiers et les principaulx obligez, elle ne l'avoit seulement volu ouyr; et, à dire vray, ny la faulte de moyens, ny la faulte d'occasions, ny la faulte de cueur, ne la retardoyent d'entreprendre contre vous, mais c'estoit sa foy et son sèrement et l'amityé qu'elle vous portoit, qui luy faisoyent sentyr qu'elle ne sçauroit, en honneur et conscience, employer son pouvoir, ny mesmes se laysser venir la volonté de vous nuyre, et qu'elle n'yroit jamays que de plein jour et ouvertement en voz affères, ainsy qu'elle desiroit la mesmes clarté de vous vers les siens; qu'elle estimoit que Mr de Méru se rendroit plus ministre de paix que de querelle, quand il seroit avec le Prince de Condé, et qu'elle voyoit bien que toute la difficulté resteroit aulx seuretez, lesquelles elle ne pouvoit cesser de vous supplyer que ne vous sentissiez grevé de les leur accorder bonnes; car ce vous seroit, puis après, ung soulagement incomparable, et qui ne pourroit estre assez prisé, en l'estat de vostre personne et en celluy de voz affères; qu'elle avoit grand plésir qu'eussiez commandé de pourvoyr aulx plainctes de ses subjectz, car c'estoit de là d'où l'on prenoit ordinayrement les plus fortz argumentz pour luy rendre suspecte vostre amityé, et pour bander tout ce royaulme contre voz affères; dont vous supplioyt de n'en laysser la chose sans effect, ainsy que, de ce costé, elle donroit ordre que voz subjectz demeurassent bien satisfaictz et sans plaincte.

Au partyr de la dicte Dame, j'ay communicqué avec les comtes de Lestre et de Sussex, lesquelz monstrans d'avoyr grand contantement que les choses passassent bien, de vostre costé, vers leur Mestresse, m'ont juré toutz deux que, du costé d'elle, elles estoyent pures et nettes vers vous, et que les advis et rapportz qu'on vous avoit faict du contrayre estoyent faulx, et que, de ces huict navyres dont je leur avoys parlé, ilz me promettoyent, sur leur honneur, qu'il n'y avoit rien contre vous.

Me Quillegreu est party pour Escosse, à cause de ce tumulte de Lislebourg contre le comte de Morthon, ainsy que je le vous ay cy devant escript. Sur ce, etc.

Ce XIIIe jour de juillet 1575.

Le cappitayne Morguen, qui est des plus estimez de deçà se offre à vostre service, et dict qu'il fera, s'il vous plaist, que quelques entreprinses, où l'on le veut employer, soubz main, contre vous, seront converties si à propos à vostre prouffit que vous le réputerez à grand service, soit sur mer ou dans la Rochelle: dont vous plerra me mander comme j'auray à luy en respondre.

A la Royne

Madame, j'ay bien cognu que ceste princesse s'attendoit que je lui deusse maintenant apporter quelque response du propos[5] que je vous ay dernyèrement mandé par le Sr de Vassal; mais je luy ay touché, en passant, que le gentilhomme, que j'avoys dépesché à cest effect vers Voz Majestez, s'estoit, pour quelque accidant, retardé en chemin, et j'espéroys qu'il seroit bientost de retour, icy, avec mon successeur; dont je l'yrois retrouver à Quilingourt, au plus tost et aulx meilleures journées que ma santé le pourroit permettre, affin de luy fère entendre le tout. Et croy, Madame, que sur cella, quand je luy ay demandé si elle avoit encores nommé le seigneur qu'elle dellibéroit d'envoyer en France, et quand il partiroit, qu'elle m'a respondu que, au dict Quilingourt, elle le nommeroit, et que, dans troys sepmaynes, elle le feroit partyr. Dont depuis, le comte de Lestre m'a dict que, si la response venoit bonne, il ne despéroit pas d'estre celluy qui feroit le voïage en France. Et sur ce, etc.