Ce XIIIe jour de juillet 1575.

CCCCLXIe DÉPESCHE

—du XIXe jour de juillet 1575.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)

Heureux effet produit sur les résolutions d'Élisabeth par la conduite du roi à l'égard de sir Jacques Fitz Maurice.—Arrêt mis sur tous les navires marchands armés en guerre.—Retard apporté au départ de sir Henri Coban désigné pour passer en Espagne.—Nouvelles transmises par l'ambassadeur d'Angleterre.—Confiance que l'on peut avoir dans les intentions d'Élisabeth.—Ses favorables dispositions à l'égard de Marie Stuart.

Au Roy.

Sire, ceste princesse s'est trouvée si consolée des propos qu'il vous a pleu luy mander du Fitz Maurice, et d'autres que je luy ay tenus de vostre droicte intention vers le repoz de ses affères, que, depuis, elle a changé d'aulcunes dellibérations, à quoy sembloit qu'on l'eût desjà comme toute acheminée: de permettre à plusieurs gentilshommes angloix de sortyr en ceste mer estroicte, avec leurs vaysseaulx armez, pour maistriser la navigation, et se revencher des prinses que les Françoys leur ont faictes, et, oultre cella, d'arrester les navyres et biens des Françoys ez portz et endroictz où il s'en pourroit trouver par deçà, y ayant encores là dessoubs d'aultres choses cachées, aulxquelles quelques ungs de ceste court vouloient, peu à peu, embarquer leur Mestresse, sans qu'elle en sentît quasy rien, pour vous remuer de la besoigne en France et en Escosse, en faveur des eslevez, si, d'avanture, ilz eussent esté creus; et sembloit qu'à cause de cella ilz la fissent temporiser ez envyrons de ceste ville, sans advancer son progrès, affin de donner chaleur à l'entreprinse; mais elle a mandé que nul vaysseau ayt à sortyr, sans donner caution de douze mille cinq centz escuz qu'il n'atemptera rien contre les amyz et alliez de ceste couronne, et que, s'il y a quelques navyres desjà prests, qu'ilz les envoyent en marchandise affin de ne perdre leur affret; et que le marchand d'Ampthonne aille recepvoyr le payement que Vostre Majesté luy a ordonné sans procéder, icy, à nul arrest: qui sont deux choses qui ont esté incontinent exécutées.

Et la dicte Dame a continué son progrès, faisant encores temporiser Me Henry Cobham sur la dépesche d'Espagne, bien qu'il faict tousjours achemyner ses besoignes à Plemmue, pour s'y aller embarquer; car dellibère de fère son voïage par mer, et croy qu'on luy fera encores attandre la prochayne responce qui doibt venir de dellà, pendant laquelle le docteur fescal de Bruxelles s'est allé promener vers la contrée, parce que toute sa négociation demeure en suspens.

Et sont, à présent, toutes choses, icy, si paysibles qu'il n'y apparoit mouvement ny nouveaulté aulcune, que ce que les nouvelles de dellà la mer y apportent, qui semble que l'ambassadeur d'Angleterre y ayt escript que Mourevert a failly de tuer le Prince de Condé d'ung coup d'arquebouze et qu'il a esté prins; que Vostre Majesté dresse deux grandes armées par terre, et une troysiesme par mer; que, en ung rencontre en Daufiné Montbrun a eu du meilleur contre M. de Gorden; et que, le Ve du présent, il a cuydé avoyr ung gros tumulte à Paris contre les Italiens. Je ne sçay que pourra cella, ny les aultres particullaritez qu'il peut avoyr escriptes davantage, produyre de changement en ceste court; tant y a que j'espère qu'à l'arryvée de mon successeur, lequel j'attendz en très grande dévotion, nous retrouverons la dicte Dame, en quelle part qu'elle soit, tousjours bien persévérante vers Vostre Majesté, sans qu'elle se laysse attirer contre voz affères qu'aultant qu'elle ne le pourra dénier à sa religyon.

Elle est sur le poinct d'envoyer visiter, par ung de ses gentilshommes, la Royne d'Escosse, avec ung présent, de sa part, et luy fère parler de vouloyr elle mesmes fère la despence de sa table, et de ses serviteurs domesticques, du douayre qu'elle a de France. Je ne sçay comme elles s'en accorderont; néantmoins j'ay grand plésir de les voyr mieulx racoinctées qu'elles n'estoyent.