Je n'ay nulle nouvelle d'Escosse, depuis le partement de Me Quillegreu, mais j'attandz de brief, le retour d'ung homme qui me doibt apporter toutes nouvelles de dellà, et je ne fauldray tout incontinent de les vous mander. Et sur ce, etc. Ce XIXe jour de juillet 1575.

CCCCLXIIe DÉPESCHE

—du XXIIIIe jour de juillet 1575.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Demande présentée au nom d'Élisabeth d'une réparation à raison des prises faites par ceux de St-Malo.—Protestation de l'ambassadeur que la réparation sera accordée.—Prise faite par les Anglais d'un navire français.—Voyage de Me Quillegrey.—Entrée en Écosse de plusieurs seigneurs anglais.—Attaque faite contre eux par les Écossais.—Détails sur le séjour d'Élisabeth dans la maison de Leicester.

Au Roy.

Sire, le XXe de ce moys, le juge de l'admiraulté de ceste ville m'est venu communicquer une lettre, que la Royne, sa Mestresse, luy a escripte, par laquelle elle luy mande de me signiffier l'extrême plaincte que aulcuns de ses marchands luy ont faicte contre ceulx de St Malo, qui les ont assaillys en mer, et les ayant combattus, blessez et meurtris, les ont admenez, eulx, leurs vaysseaulx et marchandises, à St Malo, où ne leur a esté uzé d'aulcuns termes de rayson, ny de justice, ains procédé contre eulx comme contre ennemys, prins de bonne guerre. De quoy la dicte Dame se sent très griefvement offancée, ou bien de Vous, Sire, qui n'avez faict sçavoyr à voz subjectz la confédération qu'aviez avec elle, ou bien d'eulx qui, la sachant, ne la veulent observer; et que j'aye à remonstrer à Vostre Majesté que cella, après plusieurs aultres injures, ne peut demeurer sans réparation, et qu'il est expédient ou que Vostre Majesté la luy face fère par ceulx de St Malo, ou que ne trouve maulvais qu'elle la preigne, le mieulx qu'elle pourra, sur eulx.

J'ay respondu au dict juge que j'estoys marry, et sçavoys que Vostre Majesté le seroit bien fort de quoy cest accidant estoit advenu, et qu'il ne failloit que sa Mestresse se mît en peyne de la réparation, car vous la luy feriez fère sans doubte, si ceulx de St Malo se trouvoyent en coulpe, car leur aviez bien permis d'armer contre ceulx de la Rochelle, affin d'assurer la navigation, et mesmes de se revancher d'aulcunes prinses et violences qu'ilz leur avoyent faictes, sellon que, de longtemps, j'avoys communicqué une lettre de Mr de Bouyllé là dessus à la dicte Dame, mais non de passer plus avant; en quoy, s'ilz avoyent excédé la permission contre quiconques eût paix et amityé avecques vous, non que contre les Angloix, qui, oultre d'estre amys, estoyent voz confédérez, que vous les en chastîriez bien; et que desjà, ayant eu le vent de ceste plaincte, je vous en avoys escript, et vous en escriproys, de rechef, sur la remonstrance de la Royne, sa Mestresse, avec le plus d'efficasse que je pourroys, pour fère avoyr rayson et restitution aulx dictz Angloix.

Le dict juge, se contantant assez de ma responce, m'a incontinant introduyt iceulx marchandz, et les patrons des navyres qui, avec beaucoup d'exclamations, m'ont bayllé leurs plainctes par escript. Et, le jour d'après, j'ay receu la dépesche de Vostre Majesté du Xe du présent, contenant une aultre plaincte d'ung navyre françoys qui venoit de Naples, lequel les Angloix ont prins, et l'ont mené en Irlande; dont je n'en agraveray moins à la dicte Dame le cas pour voz subjectz qu'elle a faict à vous celluy des siens; et me comporteray vers elle en toutz les aultres poinctz de la dépesche, sellon que Vostre Majesté me le commande;