Ayant à vous dire, Sire, que, sur ce que j'avoys adverty voz partisans, en Escosse, de l'allée de Me Quillegreu par dellà, et qu'ilz l'observassent de bien près, car je sçavoys qu'on avoit envoyé dix mille escuz devant luy, à Barwyc, pour quelque entreprinse, il est advenu que le dict Quillegreu a temporisé, quelques jours, au dict Barwic; et ayant là receu les deniers, il a dépesché ung de ses gens en Escosse. Et incontinent le filz du comte de Béfort, avec d'aultres gentilshommes angloiz, est entré, comme par manière d'esbat, oultre les frontyères, dans le pays; et a l'on opinyon que c'estoit pour avoyr la personne du jeune Prince; mais j'entendz que quelques Escossoys luy ont couru sus, et à sa compagnye, et qu'ilz l'ont blessé, et mené prisonnyer. De quoy je ne sçay qui en adviendra, et mettray peyne de sçavoyr mieulx ce qui en est, affin de le vous mander; mais je vis ordinayrement en grand peyne des choses de dellà, parce qu'il n'y a nul, de vostre part, sur les lieux pour les conduyre, et je ne les puis bien remédyer d'icy en hors. Et sur ce, etc.

Ce XXIVe jour de juillet 1575.

A la Royne

Madame, en la lettre que j'escriptz présentement au Roy, vostre filz, Vostre Majesté trouvera tout ce qui me occourt de luy dire, pour ceste heure, des choses d'icy; et, après que j'auray veu ce qu'il vous a pleu à toutz deux me mander par vostre dépesche du Xe du présent, laquelle je viens de recevoyr, et que j'auray pourveu au plus hasté, je vous y feray plus ample responce. Et n'adjouxteray à la présente sinon ce mot de la continuation du progrès de ceste princesse: c'est qu'elle est arryvée le neufvième d'estui cy à Quilingourt, où elle a esté fort honnorablement receue. Et le comte de Lestre l'a logé, elle et ses dames, et quatorze comtes, et dix sept aultres principaulx milords, toutz dans son chasteau, et deffrayé toute la court à cent soixante platz d'assiette, l'espace de douze jours, et despendu, entre aultres choses, sèze pièces de vin et quarante pièces de bierre et dix beufs, chascung jour, avec une si grande abondance de toutes aultres sortes de bons vivres et de fruictz et confitures, qu'on s'en est esbahy; et quatre centz serviteurs habillez à neuf de livrées, oultre les gentilzhommes, vestus de velours pour servir; et les chasses et playsirs des champs, et puis les commédyes et les danses au logis, ordonnées si à propos qu'on n'a veu, de longtemps, rien de plus magnifique en ce royaulme.

Sur quoy l'on faict de diverses interprétations; mais je croy que c'est pour recognoistre ung octroy, que la dicte Dame luy a faict, ceste année, de quelques vaquanz, qu'on estime valoyr plus de deux centz mille escus. Je me fusse trouvé là, ainsi que le dict sieur comte m'en avoit fort pryé, mais je ne me suys estimé avoyr assez de santé pour l'ozer employer, sinon là où l'exprès service de Voz Majestez le requerra; qui vous supplye très humblement, Madame, à ceste heure que Mr de Mauvissière s'est accommodé de ses affères, et qu'il m'a faict estendre ma paciance oultre mon extrémité, qu'il vous playse ne luy comporter plus une seulle heure de dellay, à me venir soulager et relever. Et sur ce, etc. Ce XXIVe jour de juillet 1575.

CCCCLXIIIe DÉPESCHE

—du premier jour d'aoust 1575.—

(Envoyée exprès à Calais par la voye du Sr Acerbo.)

Détails de la querelle survenue sur les frontières d'Écosse.—État des armemens faits en Angleterre.—Réclamations réciproques au sujet des prises.—Instances des protestans de France auprès d'Élisabeth.—Sa déclaration qu'elle ne peut accorder à sir Jacques Fitz Maurice rien de plus que ce qu'elle avait fait pour lui avant sa fuite.—Espoir que la paix sera bientôt conclue.—Projet attribué au prince d'Orange de vouloir pénétrer en France.—Assurance donnée par Leicester qu'il sera désigné pour se rendre auprès du roi si l'on reprend la négociation du mariage.