—du XXe jour de septembre 1575.—

(Envoyée exprès jusques à Callais par Jehan Vollet.)

Réponse d'Élisabeth sur la négociation du mariage.—Son refus de permettre à l'ambassadeur de visiter Marie Stuart et d'aller en Écosse.—Autorisation donnée aux neveux de La Mothe Fénélon de se rendre auprès de Marie Stuart.—Déclaration d'Élisabeth qu'elle n'a fourni aucun secours d'argent au prince de Condé.—Audience de congé accordée à l'ambassadeur.—Félicitations d'Élisabeth sur toutes les négociations dont il a été chargé.—Vif desir qu'ont les Anglais de recouvrer Calais, et de profiter des troubles de France pour s'en saisir.—État de la négociation du mariage qui peut être reprise pu abandonnée sans qu'il y ait à craindre une rupture avec l'Angleterre.

Au Roy.

Sire, pendant que nous estions à négocyer, à Vuodstok, avec ceste princesse et avec les seigneurs de son conseil, du propos de Monseigneur, vostre frère, et de la visite que desiriés estre faicte, de vostre part, à la Royne d'Escoce et au Prince, son filz, il nous est arryvé deux dépesches de Vostre Majesté, l'une du XXe d'aoust, par l'ordinère, et l'aultre, du dernier du dict moys, par le Sr d'Assas, qui la nous a rendue le Xe d'estui cy. Et vous dirons, Sire, que nous trouvons avoyr procédé, en toutes choses, ainsy proprement que Vostre Majesté le desiroit; et avons enfin, au bout de dix sept jours, rapporté de ceste princesse des responces, lesquelles, encor que ne soient du tout telles que nous les demandions, elles ne layssent d'estre bien honnorables et bien conformes à l'amityé, que désirés continuer avec elle et ce royaulme; et si, vous mettent en chemin de pouvoir estreindre davantage ceste amityé par le propos de Monseigneur, si les choses sont bien prinses, et qu'on y aylle par les moyens qu'ung si excellent acte le requiert.

Celluy de nous, qui demeurera, vous escripra dans quatre ou cinq jours, bien au long, les termes où nous en sommes à présant; et l'autre vous les yra apporter, et mettra peyne de vous représanter ce que nous avons ensemblement veu et bien curieusement notté des parolles et démonstrations de ceste princesse et de tous les siens, pour y pouvoir, par Vostre Majesté, prendre une bien bonne et prompte résolution.

La visite de la Royne d'Escosse a esté entyèrement dényée d'estre faicte par vostre ambassadeur; mais il nous a esté octroyé que moy, La Mothe, puisse envoyer mes nepveus porter les lettres de Vostre Majesté, et satisfère en la meilleure et plus révérante façon qu'ilz pourront à cestuy vostre compliment vers elle; dont ilz y sont desjà allez, ensemble le Sr de Vassal, et ung des clercs de ce conseil qui leur a esté baillé pour adjoinct; mais, quand au voïage d'Escoce, après que nous l'avons eu aultant vifvement débattu qu'il nous a esté possible, la dicte Dame nous a faict respondre qu'elle supplioit le Roy de le vouloir fère différer pour ung peu de temps, à cause des différents qui estoyent naguyères survenus en la frontyère, ezquels elle estoit sur le poinct d'y mettre quelque accomodement, là où, par ce dict voyage, ilz pourroient estre rendus plus difficiles. Néantmoins, dans ung moys ou six sepmaynes, elle octroyeroit de bon cueur le passeport pour tel gentilhomme qu'il playroit à Vostre Majesté y envoyer.

Et touchant la remonstrance, que nous luy avons faicte, sur l'advis qu'on vous avoit donné que le Prince de Condé commançoit de marcher par les moyens qu'il avoit eus d'elle en deniers contantz, ou en crédict, ce que vous ne pouviez ny vouliez si mal croyre de la foy et promesse d'une telle princesse, elle nous a respondu qu'elle ne pouvoit empescher qu'on ne feît courir tels bruictz, et qu'on ne se vantât de beaucoup de choses d'elle, en parolles, et pour authoriser les entreprinses qu'on faisoit là dessoubz, qui pourtant n'en estoit rien en effect; et qu'elle promettoit à Dieu, et juroit, en sa conscience, qu'elle n'avoit bayllé argent ny moyens, ny conseil aulcun, contre Vostre Majesté, et n'avoit volonté, ny intention, de le fère, tant que seriés en bonne intelligence et confédération avec elle; mais qu'elle vous vouloit bien advertyr que d'aultres moyens plus grands et meilleurs que les siens ne deffailloient à ceulx de la nouvelle relligyon pour continuer la guerre; et, si les choses ne venoient à la paix, que vous fissiez ardiment estat d'avoyr le plus grand et le plus pesant affère, qui fût aujourdhuy au monde, sur les bras, et qui estoit si appuyé en vostre propre royaulme, et ez aultres partz de la Chrestienté, qu'il seroit pour affoiblir et miner le propre empire romain, s'il estoit encores en estat; et que pourtant elle ne pouvoit cesser de vous desirer la paix, et de vous prier qu'en la prenant bonne et utille pour vous, vous la voulussiés donner seure et stable à toute la Chrestienté, sellon qu'elle pensoit que vous le pouviez fère.

Sur quoy, ayantz respondu à ung mot que nous sçavions certeynement que Vostre Majesté n'avoit aulcun plus grand desir, en ce monde, qu'à la paix, ny n'estiés en rien plus résolu, si ne la pouviés avoyr bien honnorable, ny mieux préparé qu'à la guerre, nous avons couppé cella bien court.

Et nous ayant, la dicte Dame et tous les siens, uzé de nouveau à toutz deux beaucoup de courtoysie et bien honnestes faveurs pour la plus ample réception de l'ung et le congé de l'autre, nous nous sommes fort gracieusement licenciez d'elle. Et estans de retour en ce lieu, nous avons eu aulcunement suspect ung payement de vingt mille livres sterling, qui sont deux centz mille livres tournois, qu'on nous a advertys qui se doibvent fournyr par lettres d'eschange, sur le crédict de Me Grassen, facteur de ceste princesse, et d'aulcuns aultres principaulx marchands de Londres, le premier jour d'octobre prochain, en Anvers, ez mains d'ung Hervé, angloix; et creignons assés que cella aylle en Allemaigne pour le payement des levées du Prince de Condé, bien que aulcuns nous assurent que non, et que ces deniers vont à aultre effect, et qu'il ne y a rien contre Vostre Majesté, mais nous mettrons peyne de le mieux vériffier.