Je viens, tout à ceste heure, d'estre adverty que, sur une dépesche, qui est arryvée du docteur Dayl, ceste princesse a prins une soubdayne résolution de vous envoyer, dans deux ou trois jours, ung gentilhomme. Je mettray peyne d'entendre, le plus avant que je pourray, de sa légation, affin de la vous mander; et ne le lerray partir, s'il m'est possible, sans l'accompaigner de l'ung des miens, tant pour l'observer que pour le fère bien recevoyr.
CCCLXXIXe DÉPESCHE
—du IIIe jour de may 1574.—
(Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran.)
Audience.—Déclaration d'Élisabeth qu'elle a résolu d'envoyer le capitaine Leython en France pour s'informer de la santé du roi, connaître le véritable état des choses, offrir sa médiation, et savoir les causes de la mise en arrêt du duc d'Alençon.—Efforts de l'ambassadeur pour retarder le départ du capitaine Leython.—Crainte que lui inspire cette mission.—Prière pour qu'un bon accueil soit fait à l'envoyé d'Élisabeth.
Au Roy.
Sire, suyvant ce que je vous ay mandé, par le postille de ma précédente, du dernier du passé, que ceste princesse avoit dellibéré d'envoyer ung gentilhomme devers Vostre Majesté, elle, premier que de le dépescher, a bien voulu m'en parler, et m'a envoyé prier que je la vînse trouver à Grenvich; auquel lieu, après aulcunes parolles de la diverse façon de ceste audience, en laquelle elle se trouvoit requérante, au lieu que j'avoys accoustumé tousjours de requérir, elle m'a dict:
Qu'ayant considéré la diversité des choses qu'on mandoit de France, elle avoit escript à son ambassadeur qu'il fît dilligence de sçavoyr, le plus près qu'il pourroit, le vray estat d'icelles, affin qu'elle peût uzer, là dessus, vers Vostre Majesté, du debvoir, en quoy vostre commune confédération, et vostre mutuelle amityé, l'obligeoit; et qu'il luy avoit freschement escript qu'il avoit eu deux audiences de Voz Majestez Très Chrestiennes, et qu'encor que ne fussiés bien guéry de la fiebvre quarte, que néantmoins vous n'aviez layssé de bien fort bénignement l'ouyr, et pareillement la Royne, vostre mère, l'avoit escouté, aultant qu'il avoit voulu, et luy avoit amplement respondu; et que, de là et d'aulcuns aultres advertissementz, qu'on luy avoit donné, d'ailleurs, il l'avoit maintenant esclarcye, le plus qu'il avoit peu, comme le tout alloit, dont estimoit toucher maintenant à elle de vous envoyer visiter sur trois occasions:
L'une, de vostre malladye, pour vous tesmoigner combien elle en avoit de déplaysir, et combien, de bon cueur, elle desiroit vostre santé; l'autre, sur les troubles de vostre royaulme, pour vous offrir ce qu'estimeriés qu'elle peût fère pour la conservation de vostre authorité, car elle seroit preste de vous y assister de toute sa puissance; et la troysiesme, pour se condouloir de ceste plus privée et domesticque calamité du souspeçon, qu'on vous avoit donné, de Monseigneur le Duc, vostre frère;
Et que, sur ceste dernière, elle me vouloit dire librement que, si, en nulle des deux entreprinses, de St Germain, ny du boys de Vincennes, ny en nulle aultre occasion du monde, Mon dict Seigneur se trouvoit, peu ny prou, coupable vers la personne ny l'estat de Vostre Majesté, qu'elle protestoit de ne le voyr jamays, car elle n'avoit d'amityé avecques luy, qu'aultant que Vous mesmes et la Royne, vostre mère, y en aviez voulu mettre; et n'y en pouvoit jamays avoyr d'aultre que celle que vous y establiriés, parce qu'elle faysoit principalement estat de la vostre. Néantmoins, si les choses alloient ainsy, comme aulcuns disoient, que Mon dict Seigneur eût esté adverty, par des siens, de prendre garde à luy, parce qu'on vouloit attempter à sa personne, et que, sur cella, il eût pensé de se retirer en quelque lieu pour, de là en hors, fère entendre son faict à Vostre Majesté, et à là Royne, vostre mère; et que, pour ceste occasion seulement, vous fussiés entré en quelque deffiance de luy, qu'elle estimoit que, pour chose si légière, Vostre Majesté luy debvoit avoyr espargné l'escorne et l'escandalle de mettre en doubte qu'il ne vous ayt tousjours esté très fidelle et très obéyssant frère et subject; et qu'elle vouloit encores passer oultre, de tant que Vous et la Royne, vostre mère, l'aviez tant honnorée que de la rechercher d'alliance pour luy, et que luy mesmes s'estoit offert à elle, bien qu'ilz ne fussent, ny, possible, seroient jamais l'ung à l'autre; néantmoins y ayant, elle, faict desjà quelque responce, si, d'avanture, aulcuns particulliers s'estoient cependant ingérés de mener une si pernicieuse trame que de vous avoir faict mettre la main sur luy, en deffaveur du dict propos, et pour l'interrompre, qu'elle estimoit toucher, par trop, à son honneur, de s'en ressentir contre eulx, en toutes les façons qu'elle pourroit, et qu'indubitablement elle se mettroit en son debvoir de le fère; et que ces trois occasions l'avoient faicte résoudre de vous envoyer promptement le cappitaine Leython, espérant qu'auriés agréable, et prendriés de bonne part sa bonne et saincte intention; laquelle ne tendoit qu'à vostre honneur, et à l'honneur des vostres, et à vostre repos.