CCCLXXXe DÉPESCHE

—du Xe jour de may 1574.—

(Envoyée jusques à la court par l'homme de Mr Brullard.)

Audience.—Complot de Saint-Germain.—Arrestation de Coconas et de La Mole.—Dispositions prises par le roi pour rétablir la paix.—Justification du duc d'Alençon et du roi de Navarre.—Intercession d'Élisabeth en faveur de La Mole.—Déclaration concernant Montgommery.—Assurance donnée par l'ambassadeur à Élisabeth, que Mr de Montmorenci n'a pas trempé dans le complot.—Plaintes d'Élisabeth au sujet des prises faites sur les Anglais.—Nouvelle de l'arrestation de Mrs de Montmorenci et de Cossé.

Au Roy.

Sire, sur le retour de mon secrettère, je suis allé dire à la Royne d'Angleterre, qu'après avoyr longuement desiré sçavoyr de voz nouvelles et de celles de vostre santé, et de ce qui se faisoit près de Voz Majestez Très Chrestiennes, il vous avoit pleu m'en mander bien largement pour en fère bonne part à elle; et qu'en premier lieu, me commandiés de l'assurer de vostre convalescence et bon portement, et, après, de luy représanter fort expressément, le bien et consolation que, par aulcunes de mes lettres, et par des propos de son ambassadeur, vous aviez receu, ez présentz accidans de voz affères, d'avoyr comprins qu'elle en portoit peyne, comme si elle santoit du trouble aulx siens; et mesmement de ce qu'on luy avoit rapporté qu'il y avoit quelque chose meslé de Monseigneur, vostre frère, et pareillement des honnorables responces qu'elle m'avoit rendues, sur le faict du comte de Montgommery; qui estoient démonstrations que vous recognoissiés procéder d'une très bonne affection qu'elle vous portoit, et qui vous estoient si utilles et propres, en ce temps, qu'en nulle aultre sayson du monde, elle vous pourroit mieulx fère gouster le fruict, qui vous restoit, d'avoyr longuement entretenu une pure et ferme amityé avecques elle: dont l'en vouliés remercyer de tout vostre cueur, et la suppliés de croyre qu'elle n'employeroit jamays aulcune sorte d'honnesteté, ny de courtoysie, vers prince du monde, qui les receût avec plus de profonde recognoissance, que vous fesiés; qui vous assuriés qu'elle les accompagneroit toujours de semblables bons effectz, ainsy qu'elle ne debvoit fère aussy aulcun doubte de ne trouver une parfaicte correspondance en Vostre Majesté, sur toutz les affères et accidans qui luy pourroient jamays survenir; et que, pour ne luy celler rien de ce qui vous estoit advenu, vous me commandiés de luy en dire toutes les particullarités jusques à la plus moindre.

Dont luy ay récité, Sire, le contenu de vostre lettre du XVIIe du passé,[1] en ce qui concernoit l'entreprinse de St Germain en Laye, qui avoit esté descouverte, et comme, depuis, l'on l'avoit volue exécuter, ou bien une semblable, au boys de Vincennes; à quoy vous aviez très bien remédyé, et comme aviez faict constituer prisonnier le comte de Couconnas, La Mole, et aultres, qu'on souspeçonnoit y avoyr tenu la main; lesquels aviés renvoyés à vostre parlement de Paris pour en fère justice; la volontayre confession, qu'ilz avoient faicte, d'avoyr voulu suborner Monseigneur le Duc, et le Roy de Navarre, et d'avoyr faict atiltrer chevaulx, avec le rendés vous, pour les substrère de court, et les desjoindre d'avec Voz Majestez Très Chrestiennes; la déclaration que Mon dict Seigneur le Duc, et le Roy de Navarre, s'appercevans de la tromperie qu'on leur avoit uzée, vous estoient venus fère, où n'aviez trouvé qu'une très honneste signiffication de n'avoyr, l'ung ny l'aultre, jamays eu aultre volonté que de suyvre entièrement la vostre; le poinct de la déposition du dict Couconnas, touchant le comte de Montgommery, et l'instance que vous faysiés là dessus à la dicte Dame d'y pourvoir; la retraicte du Prince de Condé vers Sedan, sur ung faulx donner entendre; et comme vous aviez envoyé après luy pour le bien informer, et le rappeller en la charge de son gouvernement; les nouvelles que Monsieur de Montpensier et monsieur de La Vauguyon, du costé de Poictou, et monsieur de Matignon, du costé de Normandye, et monsieur de La Vallete, du costé de Gascogne, vous avoient mandées, touchant les bons exploitz qu'ilz avoient exécutés contre les eslevez, lesquels vous estimiés que bientost seroient réduictz à ne mespriser poinct la paix, ainsy que vous dellibériés, plus que jamays, de la leur donner, et de l'establir en vostre royaulme, sellon qu'aviés envoyé la traicter et la conclurre près de monsieur le mareschal Danville, avec ceulx de Languedoc, par Mr de St Suplice et de Villeroy, et avec ceulx de Poictou et de la Rochelle par Mrs Strossy et Pinard; et que, à deffault qu'ilz ne la voulussent accepter, que vous fesiés tenir quatre mille reytres en vuartguelt, et une levée de six mille suysses toute preste pour les y contraindre.

Et puis ay adjouxté, Sire, qu'encor que toutz ces affères vous pressassent beaucoup, et vous empêchassent de satisfère à ce qu'aviez mandé à la dicte Dame, de vouloir venir en Picardye, pour conduyre l'entrevue qu'elle vous avoit accordée, que néantmoins vous la suppliés, de bon cueur, qu'elle ne voulût en rien changer sa bonne dellibération, en cest endroict, tout ainsy que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, demeuriés très constantz et immobiles en l'affection d'estreindre, de plus en plus, par ce bon propos de mariage, et par tous les bons moyens qui se pourroient trouver au monde, une perdurable et inviolable amityé et alliance avec elle; et qu'aussytost que sentiriés ung peu de relasche en voz dicts affères, vous ne faudriés de vous acheminer à Bouloigne.

De toutz lesquelz propos, Sire, la dicte Dame a monstré, par des parolles bien expresses, et par des contenances, qui m'ont semblé non feinctes, ny pleines d'artiffice, qu'elle en recevoit beaucoup d'ayse et de contantement; et m'a dict que de vostre convalescence, elle en avoit eu desjà advis, et en avoit remercyé Dieu, ainsy dévotement, comme elle debvoit, pour la conservation d'ung prince, à qui elle se trouvoit, par plusieurs grandes et bien expresses obligations d'amityé, fort estroictement unie; et que, de tant plus avoit elle agréable la confirmation, que je luy en apportois maintenant, qu'on luy avoit voulu imprimer beaucoup de doubtes de la qualité de vostre malladye, dont elle vous supplioit, de toute son affection, que voulussiez avoyr soing de vostre santé; qu'elle santoit ung très grand playsir que vous jugiés ainsy bien de ses déportementz vers voz affères, comme ilz estoient très parfaictement bons et droictz, et qu'il luy seroit faict un très grand tort de les souspeçonner aultrement, car juroit à Dieu qu'elle desiroit la conservation de vostre estat, de vostre authorité et de vostre grandeur, comme la sienne propre, ainsy qu'elle vous l'avoit envoyé tesmoigner par le cappitaine Leython, duquel elle espéroit que prendriés de bonne part tous les poinctz de sa légation;