Qu'elle vous remercyoit très grandement de la communicquation, qu'il vous playsoit luy fère, de voz affères, laquelle elle prenoit pour ung très certain gage de la bonne intelligence que vouliés continuer avec elle; et qu'elle joignoit en cella les mouvementz de son affection à ceulx de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, pour se douloir de ce qui vous donroit affliction, et se resjouyr des choses qui succèderoient à vostre advantage; qu'elle confessoit avoyr porté beaucoup de peyne du bruict qu'on avoit faict courir de Monseigneur le Duc, car desiroit qu'ung tel prince, de qui vous meniés ung propos d'alliance avecques elle, fût exempt de toute apparance de chose qui peût toucher à sa réputation; ce qu'elle, à dire vray, vouloit bien examiner, car, non seulement le vouloit cognoistre exempt de coulpe, mais encores de toute souspeçon d'en avoyr; et que si, d'avanture, la chose alloit ainsy, qu'on l'eût adverty que quelques ungs vouloient attempter à sa personne, et qu'à ceste occasion il eût pensé de se retirer, non pour se joindre aulx eslevez, ny pour entreprendre rien contre vostre intention, car cella seroit inexcusable, mais pour pourvoir à luy, qu'il ne luy en debvoit estre rien imputé, non plus qu'à La Molle, si sa dellibération n'avoit tendu qu'à saulver la vye de son maistre, ainsy qu'elle le vous avoit faict remonstrer par son ambassadeur; et qu'elle vous prioit, d'ung cueur de bonne seur, de ne vouloir, à la persuasion et praticque de ceulx qui, possible, n'ont bonne intention à vostre grandeur, laysser oprimer la réputation de Mon dict Seigneur le Duc, ny la vye de son serviteur, si elle y attouchoit en rien;

Et, quand à ce que le comte de Couconnas avoit dict du comte de Montgommery, elle me pouvoit dire, avec vérité, de n'avoyr entendu ung seul mot d'icelluy Montgommery, depuis sa folle entreprinse, et qu'il sentoit bien, où qu'il fût, qu'il l'avoit offancée, et qu'il n'avoit à demander ny espérer rien de ce royaulme; dont elle vous prioit, Sire, de vous en mettre en tout repos; qu'elle auroit grand playsir que donnissiés la paix, et ung honneste accommodement en la religion, à voz subjectz, affin de satisfère à vostre parolle, et divertyr les inconvénientz de ceste guerre, qui ne pourroient, sellon qu'elle les comprenoit, estre sinon bien grands et dangereux; et, en cas qu'ilz ne se voulusent contanter de la rayson, qu'elle louoit bien fort qu'eussiés faict une bonne provision de forces pour les y contreindre; en quoy elle vous offroit, de bon cueur, tout ce à quoy vous jugeriés bon et honneste de l'employer.

J'ay mis peyne, Sire, de luy agréer, par toutes les bonnes parolles que j'ay peu, sa bonne et vertueuse responce, et, après aulcunes particullarités, je me suis arresté ung peu à luy dire, touchant Monseigneur le Duc et le Roy de Navarre, que Voz Majestez Très Chrestiennes les avoient trouvés si esloignés de toutes malles pensées, et avoyr l'intention et l'inclination si vertueuses et si généreuses, à tout ce qui estoit de leur debvoir et de leur honneur, envers Dieu et Vostre Majesté, que Vous, et la Royne, vostre mère, me mandiés que, pour vostre singullier contantement, vous n'y sçauriés desirer rien de plus, ny de mieulx, et qu'il n'y avoit jamays eu ung plus naturel amour, ny une plus parfaicte intelligence, entre vous, que mayntenant;

Et, pour le regard de La Molle, que je luy voulois bien monstrer ce que la Royne m'en escripvoit, du XXVe du passé, dont luy ay leu la lettre.

Et elle m'a dict qu'elle craignoit seulement le danger du serviteur, pour la réputation de Monseigneur; et m'a demandé comme il alloit de Monsieur de Montmorency.

Je luy ay dict qu'il continuoit tousjours le debvoir d'ung grand et loyal, et très fidelle subject, vers Vostre Majesté, et que c'estoit luy qui, ayant examiné le faict, et cognu la grande tromperie qu'on avoit voulu uzer à Voz Majestez, et à ces jeunes princes, avoit jugé qu'il estoit besoing de chastiement; dont il tenoit son lieu près de Voz Majestez, avec plus de crédit et d'authorité que jamays.

Et, sur la fin, la dicte Dame m'a comentée la pleincte de ses subjectz, touchant les prinses et otrages, que les Françoys leur faysoient sur mer, et du peu de justice qu'ilz trouvoient en France; et qu'elle vous supplyoit très cordiallement, Sire, d'y pourvoir, affin de fermer la bouche à aulcuns des siens, qui prenoient occasion, par là, de mal opiner sur l'entretènement de vostre mutuelle amityé. Sur quoy, luy ayant déduict plusieurs choses pour rejecter la coulpe sur elle, et sur les siens, ainsy qu'elle en a advoué une grande partie, elle m'a fort gracieusement licencié. Et sur ce, etc. Ce Xe jour de may 1574.

Ce que dessus estoit bien advancé d'escripre, quand la dépesche de Vostre Majesté, du IIe du présent, est arrivée, laquelle satisfaict amplement, et par très bon ordre, à mes précédantes, et à plusieurs aultres choses qu'il estoit besoing que je sceusse; dont en iray entretenir, ung jour de ceste sepmayne, ceste princesse, et mettray peyne de la tenir tousjours la mieulx disposée, que je pourray, vers Vostre Majesté.

Tout à ceste heure, me vient d'arryver une aultre dépesche, du IIIIe du présent, avec la nouvelle de la détention de messieurs de Montmorency et de Cossé. Je traicteray de l'une et de l'aultre avec la dicte Dame, et puis vous manderay ce qu'elle m'en aura dict.

CCCLXXXIe DÉPESCHE