La dépesche, qu'on faysoit, icy, pour Allemaigne, est différée pour quelques jours; néantmoins celluy, qui doibt aller, est commandé de ne s'esloigner, et de se tenir prest. Ceulx de ce conseil incistent que l'ordre que Vostre Majesté a prins par dellà, pour pourvoyr aulx plainctes des subjectz de ce royaulme, s'entende des plainctes du passé, aussy bien que de celles de l'avenir; et mesmement de celle de Me Warcop, gentilhomme, pensionnayre de ceste princesse, lequel estant aymé et favorizé en ceste court, et m'ayant la dicte Dame cy devant plus expressément recommandé sa cause que nulle aultre, dont elle m'ayt jamays parlé, il presse bien fort de luy estre faict rayson. Et m'a l'on adverty que, sur aulcunes aultres prinses qu'aulcuns navyres françoys ont faictes, tout de nouveau, sur des angloys, encor que ceste princesse n'ayt trouvé bon qu'on aye uzé d'aulcun arrest pour cella sur les biens des Françoys, qu'il a esté, néantmoins, donné une secrette permission de s'en revencher sur la mer; de quoy je me pleindray bien fort, si je puis advizer qu'il soit vray.

Je croy que Vostre Majesté a bien sceu comme le cappitaine Montdurant, à qui n'a esté permis d'aller aux isles de Gerzey et Grènesey, s'estant mis sur mer, avec ung navyre d'ung des fuytifs de Dieppe, a combatu le navyre du cappitayne St Martin, et a tué le dict cappitaine, et mené prisonnier le reste des hommes, qui estoient dedans, ensemble le dict navyre; dont entendant qu'il s'apprestoit, de rechef, pour aller s'essayer de descendre à Carantan, j'ay mandé à Mr de Sigoignes qu'il en advertît Mr de Matignon, affin de l'empescher, mais l'on me vient de dire qu'il laysse maintenant ceste entreprinse pour s'en aller à la Rochelle. Et sur ce, etc.

Ce XIIIe jour de juing 1574.

Par postille à la lettre précédente.

A peyne ay je eu signé la présente, qu'il m'est venu ung advis, de bon lieu, de ceste court, comme, hier au soyr, y estant arryvé le secrettayre du docteur Dayl, d'ung costé, et des nouvelles d'Espaigne, d'autre; par lesquelles l'on assure que l'armée d'Espaigne partira indubitablement, à la fin de ce moys, avec deux centz cinquante navyres armez, l'assurance que ceste princesse s'estoit cuidé donner de ses affères s'est soubdain convertye en nouvelles souspeçons. Et, nonobstant que le bagage fût desjà party pour aller à Avrin, elle l'a contremandé, et a différé ce voyage pour trois sepmaynes, assemblant incontinent son conseil; à l'yssue duquel l'on a commandé aulx officiers de la maryne d'aller en dilligence accomplir tout ce que, par la première ordonnance, leur avoit esté commandé; et dépesché le comte Dherby pour aller fère la levée d'hommes et maryniers, vers son quartier; et prins les marynniers de ceste rivyère, affin que, dans douze jours d'icy, au plus loing, les susdictz navyres, premiers prestz, puissent sortir; et à milord Sidney de passer promptement en Irlande, avec bonne provision d'argent et avec quelque nombre d'hommes.

CCCLXXXVIIe DÉPESCHE

—du XVIIIe jour de juing 1574.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Nouveau retard apporté à l'audience.—Hésitation des Anglais.—Craintes que l'on doit avoir en France de leurs armemens,—Détail des nouvelles données par l'ambassadeur d'Angleterre de ce qui s'est passé à la cour depuis la mort du roi.—Sollicitations du prince d'Orange auprès d'Élisabeth.—Projet du roi d'Espagne de se faire remettre le prince d'Écosse.—Avis d'une entreprise sur Calais et sur Boulogne.