Et, quant aux pratiques avec Monseigneur le Duc, il n'est possible d'ouyr rien, plus esloigné de toute apparance de mal, que ce que ceste princesse monstre juger de ses délibérations; et parle en termes si exprès de la sincérité sienne, et d'avoir en exécration non seulement les actes, mais les pensées, s'il en avoit jamais eu pas une contre son frère, ny contre sa mère, ny tendant à troubler leurs affères, que non seulement elle le rend infiniment bien justiffié, mais monstre sentir bien fort qu'on l'ayt eu, ny qu'on l'ayt suspect; et ne dissimule sa collère et menasses là dessus, ains semble qu'elle y va un peu plus expressément que n'est accoustumé en affaires d'autruy;

Qu'à ceste heure, les plus protestants monstrent de chercher la réconciliation de ceste princesse avec le Roy d'Espagne, et se rengent avec ceux, qui sont, icy, de ce party là; ce qui donne le plus d'obstacle aujourdhuy à ces choses de France, en ce Royaulme. Dont, sans quelque nouveau moyen, sera impossible de les y pouvoir plus maintenir à la réputation de ces six ans passés. Et pourtant faut incister à quelque honneste présent, dès ceste heure, pour le comte de Lestre et milord de Burgley, et pour quelque pension, à l'advenir; car c'est par là qu'on destournera les mauvaises intentions et délibérations de deçà;

Que les advis continuent de venir, de divers bons lieux et asseurés, que le Roy d'Espaigne mène chaudement la praticque d'avoir le Prince d'Escosse entre ses mains; et que son armée a expressément charge de tenter si cela se pourra effectuer. A quoy il est nécessaire de voir de quelle façon il y faut pourvoir.

CCCXCe DÉPESCHE

—du premier jour de juillet 1574.—

(Envoyée exprès à Calais par la voye du Sr Acerbo.)

Délibération des seigneurs du conseil.—Proposition de renouer l'alliance avec l'Espagne.—Interruption des armemens.—Plaintes des agens anglais, qui sont à Paris, des soupçons dirigés contre eux.—Mécontentement de Leicester à raison de la méfiance qui lui est témoignée.—Nécessité de dissimuler les sujets de plaintes que l'on peut avoir en France contre l'Angleterre.—Efforts de l'ambassadeur pour empêcher les représailles des Anglais sur mer.—Affaires d'Écosse.

A la Royne, Régente

Madame, deux jours après que j'ay eu parlé à ceste princesse, elle a rassemblé ceulx de son conseil pour leur proposer ce que je luy avoys offert, de la part de Vostre Majesté, de la continuer en celle mesmes bonne amityé et confédération du Roy, à présent, vostre filz, que le feu Roy, son frère, luy avoit jurée; et, ayant ceulx du party d'Espaigne concouru à l'assemblée, ilz n'ont failly de représanter pareillement l'offre que le Roy Catholicque luy faysoit de renouveller aussy, avec elle, l'ancienne allience de Bourgoigne; et mesmes ont atiltré des lettres et adviz, qu'ilz disoient venir freschement d'Espaigne, pour monstrer qu'il ne y avoit, en tout l'appareil de dellà, rien de pourpensé ny de dellibéré contre l'Angleterre. Dont, après plusieurs allées et veneues devers leur Mestresse, et de leur Mestresse vers eulx, elle, enfin, par leur advis, a ordonné que son armement ne passeroit plus oultre, et que la dépance cesseroit; néantmoins que l'appareil demeureroit en l'estat qu'il est pour s'en servir en ung soubdain besoing, si, d'avanture, il survenoit, et qu'on ne mettroit, pour ceste heure, dehors que deux de ses grands navyres pour garder l'embouchure de la Tamyse, de façon que, le jour d'après, il a esté envoyé, de par elle, descharger les habitans de ceste ville du nombre des marinyers et des quatre centz soldats qu'ilz estoient cothisés de bailler, et mandé le semblable ez aultres lieux et villes de ce royaulme; et de mettre en suspens tout ce qu'on leur pourroit avoyr commandé d'extraordinayre, oultre les monstres généralles, lesquelles, de nouveau, elle leur a enjoinct de les continuer, et les parachever, en la plus grande dilligence que fère se pourra.