Et a la dicte Dame concédé au Sr de Sueneguen et à Goaras de pouvoir aller attandre, à Porsemmue, le passage de l'armée pour pourvoir à ce qu'ilz jugeroient, ou qui leur seroit mandé d'y préparer pour la rafreschir, sans toutesfoys ottroyer aulcune descente, aulmoins qui puisse excéder le nombre de cinquante personnes à la foys. De laquelle nouvelle dellibération vous proviendra aulmoins ce soulagement, Madame, que toute la frontière, de ce costé, sera moins travaillée, et en plus de seureté, attandant le retour du Roy, vostre filz; et se fût peu traicter d'aultres choses avec ceste princesse aussy utilles en ce temps, si, de la mesme façon que m'aviés tousjours commandé de la temporiser doulcement, et de luy interrompre de loin, sans l'offancer, ce qu'elle pouvoit avoir de malle impression et de maulvaise praticque contre le présent estat de voz affères, il vous eût pleu la manyer de mesmes doulcement, et ne monstrer de l'avoyr si suspecte, et ses ambassadeurs, et ne les fère si soigneusement observer, comme le jeune Quillegreu s'en est plainct par deçà; ne layssant toutesfoys de luy rompre ses menées en celle bonne façon et ouverte qu'envoyastes uzer à ses dictz ambassadeurs par Mr Pinart, qui fut fort honnorable. Et peut bien estre, Madame, que le dict Quillegreu s'est plainct icy à tort.
Néantmoins, après son retour, le Sr de Walsingam m'a fait sçavoyr, par le Sr de Vassal, lequel j'avoys envoyé vers luy, que sa Mestresse, voyant que Vostre Majesté avoit prins ceste grande deffiance d'elle, et que touts les siens estoient ouvertement remarqués pour très suspects en vostre court, et n'y estoient nullement bien veus, qu'elle avoit changé d'opinyon de vous envoyer le gentilhomme, qu'elle avoit desjà faict apprester pour vous aller fère sa condoléance de la mort du feu Roy, vostre filz, et qu'elle n'attandoit sinon l'arryvée du cappitaine Leython pour, incontinent après, escripre à son ambassadeur qu'il s'acquitât, le mieulx qu'il pourroit, de cest office.
Et le comte de Lestre, auquel j'avoys aussy, par le mesme Sr de Vassal, envoyé communicquer l'honneste mencion, que Vostre Majesté faysoit de luy, en la lettre que le dict Quillegreu m'avoit apportée, après avoyr uzé d'ung très humble mercyement, monstrant d'avoyr le cueur très élevé et plein de despit, m'a mandé qu'oncques n'avoit esté faict ung plus grand tort, ny une plus grande injure à gentilhomme qu'à luy, de l'avoyr eu suspect: car juroit à Dieu, le Créateur, qu'il n'avoit jamays faict, ny pensé de fère, ny consenty à chose quelconque, qui, près ny loing, peût mériter cella, ny pareillement les siens; lesquels, et luy, à leur exemple, s'estoient toujours monstrés parciaulx, jusques à exposer leurs vyes pour la couronne de France; et qu'il sçavoit combien de grands ennemys, dans ce royaulme, et quels plus grands, dehors, il s'estoit acquis, pour avoyr incliné et faict incliner les choses de deçà à la dévotion de Voz Majestez Très Chrestiennes; dont il en recevoit, à présent, ung très maulvais loyer: et qu'il vous supplioit aulmoins de croyre, si estimiés qu'il y eût d'honneur en luy, que pour chose du monde il n'eût envoyé Quillegreu en France, s'il eût pensé qu'il y eût deu fère quelque praticque, ny ung seul semblant d'y praticquer rien contre l'intention et le playsir de Vostre Majesté; et qu'il chercheroit l'opportunité de parler à moy, pour me déduyre davantage l'extrême marrisson, qu'il sentoit dans son cueur, de la mauvèse opinyon que vous aviés prinse de luy.
Sur quoy, Madame, si avez desir de conserver au Roy, vostre filz, l'intelligence et confédération de ce royaulme, je vous supplye très humblement de couvrir et modérer, aultant qu'il vous sera possible, bien que non de déposer du tout, la grande meffiance qu'avez monstré d'avoyr de ceste princesse, de peur que, la mettant en désespoir de vostre amityé et de celle du Roy, elle n'entre ouvertement en ligue avec les Protestantz et eslevez, et qu'elle ne se réunisse avec le Roy Catholicque, comme elle en est infinyement recherchée; et pour le regard du comte de Lestre, qu'il vous playse le gratiffier, ainsy que je le vous ay naguyères escript, affin de conserver, icy, par son moyen, et pareillement en Escoce, les choses qui appartiennent au service de Voz Majestez, et espargner, possible, par ung petit présent, l'occasion d'une très grande despence, qui vous pourroit survenir, si ce royaulme se changeoit contre vous; à quoy il peut, plus que nul aultre, obvier: et que, par quelques bonnes lettres, de vostre main, à la dicte Dame, et au dict comte, et pareillement au grand trézorier, il vous playse radoulcyr leurs espritz.
J'ay commancé et continueray de débatre fort vifvement la permission, qu'ilz veulent octroyer, icy, à leurs subjectz, de se revancher, sur mer, des violences et déprédations que les Françoys leur ont faictes; mais le grand manquement, non de provisions de justice, mais d'exécution d'icelles, qu'ilz disent que leurs dictz subjectz trouvent en France, me mect souvant à ne sçavoyr que leur réplicquer; et je voy bien qu'ilz vuellent, par là, entrer en occasion de noyse avecques nous.
J'entendz que quinze ourques, chargées de vivres et de monitions, se sont desrobbées de l'armée d'Espaigne pour se retirer par deçà, lesquelles l'on n'a trouvé bon que restassent icy, et sont passées en Ollande.
Me Quillegreu a escript, d'Escoce, que les choses s'y maintiennent assez paysibles soubz le prétandu régent, lequel a affermy beaucoup son authorité par le moyen d'aulcuns principaulx de la noblesse, qui se sont racoinctés à luy, et mesmement du comte d'Hontelay, à qui il mande qu'il est en termes de luy remettre les sceaulx et l'estat de chancellier du royaulme. J'ay, par deux foys, adverty Vostre Majesté, et ceste cy sera la troysième, comme il se praticque de mettre le jeune Prince d'Escoce entre les mains du Roy d'Espaigne; et maintenant l'on vient de me confirmer, de rechef, qu'il n'y a rien qui se mène plus chaudement que cella. Et sur ce, etc.
Ce Ier jour de juillet 1574.