—du IIIe jour de juillet 1574.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Retour du capitaine Leython.—Prise de Saint-Lô par les catholiques.—Exécution de Montgommery.—Résolution arrêtée en Angleterre d'engager le prince de Condé à entrer en France avec une armée, et de lui fournir secrètement des secours.—Dispositions des réfugiés à passer en armes en France.—Reproche fait à Marie Stuart d'être en intelligence avec le roi d'Espagne.—Résolution des Anglais d'user de représailles sur mer; déclaration de sir Arthur Chambernon que, sur le refus de la reine régente de faire droit à ses réclamations, il a chargé son fils de se payer lui-même sur les navires français qu'il pourrait prendre.—Mandement donné à l'ambassadeur pour recevoir une communication des seigneurs du conseil.—Plaintes des Anglais au sujet des prises faites par les Français.—Demande d'audience.—Refus de la reine de recevoir l'ambassadeur en cette qualité.—Résolution de l'ambassadeur de ne plus paraître à la cour.—Vive instance pour qu'il lui soit envoyé un successeur.

A la Royne, Régente

Madame, le dernier jour du passé, le cappitaine Leython est arryvé devers la Royne d'Angleterre, à Grenvich, duquel lieu, dans bien peu d'heures après, elle est partie pour aller à Richemont, où elle séjournera six jours, et de là s'acheminera en son progrès vers Bristo. J'espère la voyr demain, sur l'occasion de voz dernières dépesches, du XXe et XXIIIIe du passé, et mettray peyne de bien notter comme elle aura esté satisfaicte du rapport que le dict cappitaine Leython luy a faict. Ceulx qui sont, icy, les principaulx entre les Protestantz, ont fort senty, et sentent grandement la prinse de St Lô, et l'exécution du comte de Montgommery. Et les ministres françoys, mesmement Villiers, joinct à luy l'agent du comte palatin, et celluy du Duc de Saxe, et celluy du prince d'Orange, ont esté, depuis cella, fort fréquents en ceste court; mesmes, mardy dernier, XXVIIIe du passé, ilz furent, cinq grosses heures, en estroicte conférance avec quatre de ce conseil; et, le lendemain, l'on m'assura qu'il y avoit esté déterminé que le Prince de Condé entreroit résolument en France avecques forces; et qu'il seroit assisté, d'icy, soubz main, sans que ceste princesse s'en meslât, et qu'on feroit en sorte qu'elle n'empêcheroit poinct qu'on ne trouvât du crédict en ceste ville pour la dicte entreprinse, pendant que la dicte Dame s'esloigneroit en son progrès; et depuis, a esté depesché ung Labrosse devers le dict Prince. J'entendz que, de ceste court, mais je ne sçay encores de quelle main, luy sera envoyée une espée et une dague, fort richement garnyes, pour l'encourager à la superintandance de ceste guerre pour la cause de la religyon, ainsy que son feu père l'avoit.

L'agent du prince d'Orange est souvant avec le vydame de Chartres, et luy faict ordinayrement tenir des lettres de son maistre, et semble que le dict sieur vydame s'employe en ce qu'il peut pour luy. Les cappitaines Barrache, Limons, La Roque, et quelques aultres françoys, jusques à six ou sept vingts, naguyères revenus de Ollande, sont, depuis quatre jours, allez vers l'Ouest en intention de s'embarquer où ilz pourront, pour passer à Carantan. Il est vray que, parmy eulx, se parloit de la difficulté et du danger qu'il y auroit à se jetter dedans, dont la pluspart inclinoient de s'en aller à la Rochelle, et je croy qu'ilz auront prins celle route. Néantmoins j'ay escript à Mr de Sigoignes qu'il advertît Mr de Matignon de leur dellibération.

Me Quillegreu a escript qu'il avoit descouvert, en Escosse, comme le Roy d'Espaigne avoit une fort secrette, et néantmoins fort grande intelligence avec la Royne d'Escosse: ce que je pense qu'il a faict, tout à poste, pour anymer la Royne d'Angleterre à parachever son armement, affin de l'employer contre le dict Roy d'Espaigne, car il est merveilleusement affectionné au dict prince d'Orange. Néantmoins icelluy armement a cessé, et ne paroistra nullement en mer contre l'armée d'Espaigne, bien que le Sr Boyssot, gouverneur de Fleximgues, lequel est passé, depuis huict jours, avec sa femme par deçà, comme pour s'y venir esbattre, ayt négocié plusieurs choses fort secrettement avec les seigneurs de ce conseil; mais ne se sçait encores ce qu'il a impétré. Goaras a trouvé moyen, soubz le nom de quelque aultre, de le fère mettre en prison, pour certeynes pleinctes et déprédations prétandues contre luy, mais il a esté incontinent mandé de ceste court qu'on l'eût à relaxer, sans ung seul denier de frayx; de quoy le dict Goaras se sent fort offancé. Néantmoins le dict advertissement de Quillegreu a esté cause qu'on a envoyé quérir ung Amelthon, précepteur des jeunes enfantz du comte de Cherosbery, pour l'examiner sur ceste intelligence de la Royne d'Escoce avec le Roy Catholicque, ny s'il sçayt qu'elle ayt receu, ny qu'elle reçoyve, de nulle part, aulcuns chiffres.

Il semble que ceulx cy se résolvent d'envoyer trois ou quatre navyres pour réprimer aulcuns vaysseaulx françoys, qui pillent, sur mer, les subjectz de ce royaulme; et sir Artus Chambernon m'a escript que, vue la froyde responce que Vostre Majesté avoit faicte sur son affère à l'ambassadeur d'Angleterre, après celle tant bonne que le feu Roy, vostre filz, luy en avoit mandée auparavant, qu'il a remis la debte du comte de Montgommery à son filz, lequel adviseroit maintenant de s'en payer le mieulx qu'il pourroit sur les Françoys. A quoi je m'opposeray, Madame, aujourdhuy vers les seigneurs de ce conseil, qui m'ont envoyé prier de me trouver, à troys heures après midy, en la maison de milord Quipper, où ilz seront toutz assemblés pour me fère entendre aulcunes choses que la Royne, leur Mestresse, leur a donné charge de me déclarer; de quoy je suis bien en peyne que ce peut estre; mais j'espère que Dieu me fera la grâce de leur respondre comme il conviendra pour le service du Roy et vostre. Et sur ce, etc.

Ce IIIIe jour de juillet 1574.

PAR POSTILLE.