Et que la dicte Dame avoit dict, tout hault, que Vous, Madame, vous estiez trompée et circonvenue vous mesmes, d'avoyr prins tout aultrement l'intention d'elle qu'elle n'estoit; car prioit à Dieu de la punir très griefvement si elle avoit pensé, ny consenty jamays, à chose qui deût offancer le feu Roy, vostre filz, ny vous, ny troubler aulcunement voz affères; et que, s'il luy apparoyssoit que, quelz que ce soient en France, de ceulx que vous aviez suspectz, eussent vollu rien attempter contre la personne du feu Roy ny contre la vostre, ny contre l'estat, que ce seroit elle qui solliciteroit très instammant qu'on leur tranchât la teste;
Que, quand à respondre, sur la parolle de Vostre Majesté, de la confirmation de la ligue à la dicte Dame, qu'il s'y employeroit très volontiers, car c'estoit chose qu'il desiroit infinyement, et espéroit qu'elle l'accepteroit, et ne s'en monstreroit ny refuzante ny dédaigneuse, pourveu qu'elle en fût honnestement recherchée;
Et qu'au reste, il n'estoit besoing que, par nouvelles persuasions et promesses, je le sollicitasse au party du Roy, car il s'estoit desjà déclaré tant parcial françoys, en toutes les compétences d'entre les deux maysons de France et de Bourgoygne, qu'il sçavoit n'avoyr, aujourd'huy, ung plus capital ennemy au monde que le Roy d'Espaigne; et que les Protestantz n'avoient guyères meilleure opinyon de luy, en ce qui concernoit Voz Très Chrestiennes Majestez, car estoient bien advertys que, sur les diverses instances que j'avoys souvant faictes à la dicte Dame contre eulx, ce avoit esté luy qui l'avoit, en temps et lieu, tousjours faicte résouldre de ne les assister ny d'argent, ny d'hommes, ny de monitions, ny d'aultres moyens, pour soustenir la guerre; et que mesmes, aussytost que j'avoys eu dernièrement faict ma plaincte à elle du comte de Montgommery, qu'il l'avoit induyte de deffendre que, de quinze centz hommes, les mieulx choysis d'Angleterre, lesquelz estoient desjà secrettement enrollez pour aller trouver le dict comte en Normandye, il n'y en passât ung seul; dont luy reprochoient que la ruyne de ce pouvre gentilhomme, et de toutz ceulx de leur religyon au dict pays, s'en estoit ensuyvie; et, nonobstant que la France se monstrât très ingrate en son endroict, et que les meffiances et souspeçons, que Vostre Majesté avoit prinses de luy, fussent de très maulvayses récompanses de ses bons, voyre souveraynement bons, offices passez, qu'il ne layrroit pourtant de les continuer encores meilleurs et plus fervans que jamays; et qu'il me promettoit que bientost je m'en appercevroys.
CCCXCVe DÉPESCHE
ET PREMIÈRE AU ROY TRÈS CHRESTIEN HENRY IIIe
—du XXIIIe jour de juillet 1574.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)
Remerciemens de l'ambassadeur au roi.—Heureux effet produit à Londres par la nouvelle que le roi a quitté la Pologne.—Audience.—Desir d'Élisabeth de continuer le traité d'alliance.—Détails de l'audience.—Communication d'une lettre écrite par la reine-mère.—Satisfaction d'Élisabeth.—Protestation qu'elle ne conserve aucun ressentiment au sujet des plaintes qu'elle a faites.—Réclamation des seigneurs du conseil à l'égard des prises.
Au Roy.
Sire, j'ay, avec révérance et respect, très humblement baysé la lettre qu'il a pleu à Vostre Majesté m'escripre, de Cracovia, du XVe du passé, laquelle m'a esté d'une souverayne consolation; et m'a confirmé, quand au trespas du feu Roy, vostre frère, cella mesmes que j'en avoys indubitablement veu, que la dolleur avoit d'aultant plus faict d'impression dans vostre cueur que plus vous l'aviés magnanime, généreulx et royal, sellon qu'à tels est tousjours la douleur plus naturelle, et l'humanité plus familière, que n'est aulx aultres. Et semble qu'avez voulu davantage augmenter vostre regret par la recordation de l'amityé qu'il vous portoit, et des advantages que, de son vivant, il s'estoit efforcé de vous donner en son royaulme; en quoy vous avez bien fort honnoré la mémoyre de luy, et orné grandement vostre réputation, et apporté beaucoup de soulagement au grand mal que nous portions de sa mort. Qui vous promects bien, Sire, qu'il seroit encores plus grand et insupportable, sans l'assurance, que nous donnez, de vostre brief retour; dont je prie Dieu qu'il vous veuille ramener sain et sauf, bientost, aulx vostres, et rendre vostre règne très heureux, et très heureux le fère sentir à ceulx à qui venés naturellement commander.