J'ay mis toute la dilligence, qu'il m'a esté possible, et ne cesse encores par les meilleurs moyens, que je puis, de destourner celle dellibération, que je vous ay mandée qu'on mettoit en avant, touchant la dicte ville de la Rochelle et ce quartier de la Guyenne qui est entre la Loyre et la Garonne, et pense avoyr faict quelque commancement de la divertyr. Néantmoins, parce que ceulx de la nouvelle opinyon ne se peuvent encores bien rassurer de ces rescentes souspeçons, et que ceulx cy arment et équippent navyres et font quelque description de gens de guerre, pour envoyer, ainsy qu'ilz disent, en Irlande, je supplye très humblement Vostre Majesté de fère advertyr, secrettement, les gouverneurs, tout le long de vostre coste, qui regarde la mer de deçà, qu'ilz ayent à se tenir sur leurs gardes, bien qu'on ne m'a jamays annoncé icy plus de paix ny d'amityé qu'on faict maintenant. Et sur ce, etc.

Ce XIIe jour de janvier 1574.

CCCLXIe DÉPESCHE

—du XVIIIe jour de janvier 1574.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)

Mission du baron d'Aubigny, envoyé en Angleterre par le roi d'Espagne.—Négociation des Pays-Bas.—Affaires d'Irlande.—Nouvelles de la Rochelle.—Inquiétudes causées à Londres par les armemens préparés en France et les nouvelles prises faites par les Bretons.—État de la négociation du mariage.

Au Roy.

Sire, le baron d'Aubigny, de Bourgoigne, est ce gentilhomme que le grand commandeur de Castille a envoyé devers ceste princesse, lequel parle assez bien le langage de ce pays, car il a esté nourry page de la feue Royne Marie d'Angleterre, et est arrivé, le XIIIIe de ce moys, en ceste ville, et, le troysiesme jour après, il a passé oultre à Hamptoncourt. Les deux commissayres des Pays Bas, qui estoient avecques luy, sont encores, derrière, à Donquerque, parce qu'ils n'ont voulu passer deçà sans ung saufconduict de la dicte Dame, laquelle le leur dépescha hier; et ilz seront, de brief, icy, pour vacquer quelques moys à radresser l'entrecours, et accorder les différants des prinses, s'ils peuvent. Je ne sçay encores comme l'affère leur succèdera.

Les quatre cappitaynes, qui doibvent aller en Irlande, ont faict la monstre de leur huict centz hommes, et ont touché deniers. Ilz s'achemineront dans deux ou trois jours; et j'entends qu'on les haste ainsy de partir, parce qu'il est venu nouvelles que les Angloys ont esté, de rechef, bien battus de dellà, et l'ung des filz du milord Housdon tué, et que le comte d'Essex est asssiégé en ung destroit de pays, où, s'il n'est secouru dedans ung moys, il sera contrainct de se rendre; et a mandé que le comte d'Esmond a faict ligue avec trois aultres comtes du pays, qui dellibèrent de mettre chacun dix mille hommes en campaigne, à ce prochain printemps, oultre le secours qu'ilz attandent de Mac O'Nel l'escossoys. Dont ceulx cy se trouvent assés empeschés comme remédier à cest affère, et mesmement qu'on leur mande que les Irlandoys, lesquels on disoit que s'enfouyeroient à la première harquebouzade qu'ilz orroient, se monstrent aultant ou plus assurés harquebouziers que les Angloys, dont souspeçonnent qu'il y ayt des françoys et hespaignols parmy eulx, qui les dressent ainsy et qui les conduysent.