Voicy, Sire, ung advis qu'on me vient de donner. Il a esté mis en dellibération, entre aulcuns passionnés de la nouvelle religion, que, de tant que ceulx de la Rochelle s'apperçoyvent maintenant qu'il y a de la division entre eulx, et qu'ilz sont en plus dangereux estat que quand ilz estoient assiégés, l'hautorité du mayre n'estant pour y tenir longuement les choses en modération, qu'ilz doibvent estre persuadés de recevoyr en leur ville quelque force et garnison des Angloys; et que, se trouvant les pays d'Aulnis, de Poictou, de Saintonge, d'Angoulmoys, et aultres endroicts de la Guyenne, intéressés en la même cause, qu'il sera facille de passer oultre en pays, et y mettre si bien le pied qu'il ne sera aysé de l'oster, accordant mesmement aulx habitans du pays de leur renouveller leurs anciennes immunités et franchises; et que cella commançoit de se mener bien à l'estroict, et bien fort secrettement, de peur qu'il n'en vînt quelque chose à ma notice. Qui ne sçay encores, Sire, s'il a esté ainsy proposé à ceste princesse, mais l'on m'a bien fort assuré qu'il a esté mis en avant à aulcuns de son conseil, lesquels l'ont grandement gousté; et pourtant semble expédient que Vostre Majesté envoye promptement rassurer les dicts de la Rochelle en quelque si bonne façon, qu'ilz n'ayent à desirer ny rechercher aulcune sorte de nouvelleté en leur ville.

Quand à l'Escoce, le comte de Morthon a naguyères faict exécuter ung hermestran qui a chargé le comte d'Honteley, Baffour, le feu comte d'Arguil et le mesme Morthon, d'estre copables de la mort du feu Roy d'Escosse; de quoy l'on soupçonne qu'il se pourra renouveller du trouble au pays. Au regard de l'Irlande, le vray comte d'Esmond a tant faict qu'il a mis des forces en campaigne, et a reprins presque tout son estat sur le bastard qui le luy usurpoit, et qui estoit maintenu par les Angloys, et a prins le mesme bastard et sa femme prisonniers. Et ayant Fitz Maurice aussy soublevé ung aultre quartier du pays, et prins quelques forts, il s'est joinct à luy avecques ses troupes; et attandent du secours d'Espaigne, où le dict Fitz Maurice a envoyé son filz pour ostage; et le comte d'Essex a esté bien mal traicté au quartier où il est descendu. L'on traicte, en ce conseil, d'y envoyer promptement quatre cappitaines avec les soldats qui sont naguyères revenus d'Ollande, et d'y faire passer le comte d'Ormont, bien que, pour estre naturel du pays, l'on l'a aulcunement suspect, et, avec luy, milord Rich et Me Parait. Et m'a quelqu'ung faict sentir que ceste princesse auroit grand playsir que vostre ambassadeur, qui est en Espaigne, veillât ung peu sur les actions de Estuqueley et du filz du dict Fitz Maurice, affin de l'esclarcyr en ce qui se brassera par dellà contre elle. Sur ce, etc. Ce Ve jour de janvier 1574.

CCCLXe DÉPESCHE

—du XIIe jour de janvier 1574.—

(Envoyée par le cappitaine Mazin d'Albène.)

Explications sur l'entreprise tentée contre la Rochelle.—Assurances données par le roi que l'édit de pacification sera maintenu.—Négociation du mariage.—Protestation de dévouement de l'agent de la Rochelle.—Efforts de l'ambassadcur pour empêcher les Anglais de former une entreprise contre la France.

Au Roy.

Sire, la dépesche de Vostre Majesté, du XXIXe du passé, laquelle le cappitaine Mazin m'a rendue le VIIIe d'estui cy, m'a esté ung argument tout à propos pour aller trouver ceste princesse, à laquelle j'ay faict entendre que les choses de la Rochelle avoient passé et estoient maintenant en l'estat que me l'avez mandé, et luy en ay faict voyr le mémoire que j'en ay trouvé dans vostre pacquet, ensemble ung extraict de celle partye de vostre lettre qui en parle en très bonne façon. Et ay estimé, Sire, qu'il estoit expédient d'en uzer ainsy, parce que je sçavoys bien que desjà l'on en avoit parlé, tout aultrement que de ce qui est, à la dicte Dame; et que ceulx, qui craignent le succès du propos de Monseigneur le Duc, luy avoient discouru que vostre lieutenant en Poictou n'eût jamays ozé attempter à la surprinse de ceste ville, ny à rompre vostre édict, ny n'eussent, deux ou trois des compagnyes de voz ordonnances, marché jusques bien près du lieu, sans commandement de Vostre Majesté; et avoient faict, de cella et de l'armement qu'ilz disent qui s'appreste en Normandie, et de la prinse de huict ou dix navyres angloys qui ont esté nouvellement combatus, à leur retour de Bourdeaulx, par des navyres françoys qui les ont ammenés, une grande déduction à la dicte Dame pour luy imprimer que, en nulle sorte, se pourra jamays bien establir amityé, aulmoins qui soit de durée, entre Vostre Majesté et les Protestants; dont, par les arguments que je luy ay admenés au contrayre, qui ont esté les plus vifs que j'ay peu, j'estime luy avoir beaucoup diminué ceste opynion.

Néantmoins, de ces accidants et de ce que, possible, son ambassadeur luy a escript, elle a encores ceste foys différé de me faire sa responce, bien que je l'en aye extrêmement pressée, et que mes instances n'ont esté petites, et que je sçay bien que, dès devant hier, ses conseillers luy avoient, là dessus, donné leur advis conforme, ainsy que j'entends, à ce qu'ilz avoient tousjours conseillé: qu'elle se debvoit marier et qu'elle debvoit entendre à cest honnorable party de Monseigneur, pourveu qu'elle s'en peult complayre. Mais elle m'a remis à Hamptoncourt, s'excusant que, à cause que le souspeçon de peste la contreignoit de partir trop soubdain d'icy, et qu'aulcuns de ses conseillers estoient absants, elle ne me pouvoit résoudre, jusques à ce qu'elle fût au dict lieu, mais que, sans aulcun doubte, elle me résoudroit, dans ceste procheyne sepmayne, sans plus de remises. Et je vous supplye très humblement, Sire, de croyre que je ne perds heure, ny momant, de la sollicitation qui se peut mectre en cest affère; et, encor que la lettre de crédict ne soit poinct arrivée, je n'ay layssé de faire valoir, le mieulx que j'ay peu, l'assurance, que m'avez mandée, que me l'envoyeriés. Et ay dict à milord trésorier et au comte de Lestre que vous ne vouliés prescripre à l'ung ny à l'aultre ce qu'entendiés de fère pour eulx, car dellibériés de commettre aultant que montoit la mesmes personne et la grandeur et la fortune de Monseigneur, vostre frère, le tout en leurs meins, et que leur loyer surmonteroit indubitablement et vos promesses et leur espérance; mais qu'en l'endroict des personnes, ès quelles ilz estimeroient estre bon d'uzer quelque présente libéralité, qu'ilz la promissent ardiment pour vous, car vous y satisfferiés entièrement, et me feriés venir jusques à cinquante et soixante, et cent mille escus pour y fournir à leur discrétion, ce qui n'a esté prins que de très bonne part. Et à quelques aultres propos, bien esloignés de cella, j'ay sondé le Sr Acerbo s'il auroit moyen de fournir, icy, de l'argent; qui m'a dict qu'il fournira tousjours, en ceste ville, jusques à cent mille escus, sur la lettre du Sr Orace Russelin et sur celle du sieur Jehan Baptiste Gondy, et qu'il ne fault sinon qu'on accorde de quelque assignation par dellà avec l'ung d'eux pour estre rembourcé, au cas que leur crédict soit employé icy, et que, s'il ne l'est poinct, l'on leur rendra leur lettre. De quoy j'ay desjà prins parolle du dict Sr Acerbo.

Et après, Sire, que j'ay eu communiqué à la Royne d'Angleterre et aulx seigneurs de son conseil ce que m'avés mandé de la Rochelle, je l'ay faict sçavoyr aulx gentilshommes et aultres vos subjects qui sont icy, desquelz y en y a eu qui n'ont peu contenir les larmes du grand ayse, qu'ilz ont receu, de la déclaration de Vostre Majesté, et de ce que leur voulés maintenir vostre édict; ny pas ung d'eulx n'a dict, ny monstré semblant aulcun, de vouloir devenir aultres que très humbles et très obéissantz subjectz de Vostre Majesté. Et l'agent de la Rochelle, sur toutz, s'est resjouy de la susdicte déclaration, et m'a instamment requis de vous supplyer très humblement, Sire, qu'il vous playse ne croyre que, de la part de ceulx de sa ville, ny en général, ny en particullier, il soit venu aulcun advertissement, ny plaincte, ny remonstrance de ce faict en ceste court; et que seulement ung homme qui estoit présent, quand les choses furent descouvertes, estant, d'avanture, arrivé icy pendant le premier bruict qui en couroit, il a esté appellé devant le comte de Lestre pour dire ce qu'il en sçavoit; et qu'il me promettoit, devant Dieu, qu'il ne s'estoit traicté ny se traicteroit rien, icy, par ceulx de sa ville, qu'il ne m'en fît participant, affin que je fusse tesmoing que leurs déportements n'estoient que de loyaulx et fidelles subjects de Vostre Majesté. Par quoy je luy ay permis de fère sçavoir à ceulx de sa ville la façon dont Vostre Majesté avoit escript, par deçà, de ce faict.