Cepandant j'ay travaillé de sçavoyr comme la dicte Dame demeuroit bien satisfaicte de Vostre Majesté, depuis ma dernière audience; et il m'a esté rapporté qu'elle avoit esté plusieurs foys en conseil avec les deux milords trézorier et de Lestre, et avec Mr de Walsingam, sur ce que je luy avoys dict et porté par escript; et qu'elle avoit fort curieusement faict examiner le secrettère de son ambassadeur, duquel ne se rapportant sa responce au contenu de vostre lettre, ilz jugeoient que Vostre Majesté avoit plus procédé par conjecture, à l'escripre, que par certeyne science. Et néantmoins le comte de Lestre m'a depuis mandé que la dicte Dame ne vouloit, en façon du monde, que vous demeurissiés sans satisfaction; dont vous escriproit, de sa main, et vous renvoyeroit le secrettère, affin que, s'il ne se pouvoit bien justiffier, vous le fissiez ainsy bien chastier comme sa témérité le méritoit; et qu'elle le feroit passer devers moy, affin que je l'interrogeasse davantage, et m'envoyeroit sa lettre pour Vostre Majesté, ou bien la coppie d'icelle; et que le dict comte me prioit, surtout, que je misse peyne d'oster et d'effacer de vostre opinion que jamays il ayt esté rapporté à la dicte Dame que le Roy, vostre filz, ait mesdit d'elle, car ne l'avoit jamays entendu, ny oncques n'avoit eu peur ny souspeçon qu'il le deût fère.
Je me resjouys infinyement de ce qu'il plaist à Dieu favorizer et facilliter le retour du Roy, vostre filz. C'est ung bien qui se sent grand et universel en toute la Chrestienté, et qui est incomparable à nous, ses subjectz; et m'aperçoy bien que ses affères et ceulx de son royaulme se vont de tant plus relevans que la nouvelle continue qu'il approche. Je vous envoye, de l'extrêt des pleinctes de ceulx cy, celles qu'ilz desirent estre principallement satisfaictes; dont vous plerra y fère pourvoir. Et sur ce, etc.
Ce XXVIIIe jour de juillet 1574.
CCCXCVIIe DÉPESCHE
—du IIIe jour d'aoust 1574.—
(Envoyée exprès jusques à la court par Grognet, mon secrettère.)
Arrêt fait à Rouen sur les navires et marchandises des Anglais.—Nouvelles plaintes à ce sujet.—Nécessité de révoquer promptement cette mesure.——Nouvelles d'Écosse et de Marie Stuart.
A la Royne, Régente
Madame, jusques à ceste heure, j'ay tenu Vostre Majesté, la plus soigneusement que j'ay peu, bien advertye de l'estat des choses de deçà, et comme l'on a esté, deux et troys, et plusieurs foys, en dellibération de mettre une armée de mer dehors; et comme ceste princesse a esté fort sollicitée de se déclarer pour les eslevez de France, et infinyement pressée, par ceulx qui voudroient bien qu'elle eût desjà rompu avecques vous, qu'elle permît à ses subjectz de prendre leur revenche sur mer des déprédations que les Françoys leur ont faictes; et comme j'ay mis peyne de divertyr ces choses, et de fère que la dicte Dame les ayt mises en suspens, sur l'assurance que je luy ay donnée que Vostre Majesté la continuera en la mesme ligue et confédération avec le Roy, vostre filz, qu'elle l'a eu avec le feu Roy, son frère; de sorte que, nonobstant qu'elle ayt eu quelque peu d'indignation, dans son cueur, de ce qu'il luy a semblé que vous l'aviez tenue trop suspecte, et que, là dessus, l'on luy ayt faict recevoyr, avec trop grande et par trop extraordinayre faveur, ceste dernière légation du Roy d'Espaigne, néantmoins j'avoys desjà tiré d'elle qu'elle persévèreroit très constamment en l'amityé de Voz Majestez Très Chrestiennes, si vous ne vouliés poinct départir de la sienne.