—du XXIIIIe jour d'aoust 1574.—

(Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal.)

Félicitation au roi sur son retour en France.—Demande par l'ambassadeur de son rappel.—Mémoire général. Détails de la négociation de don Bernardin de Mendoce.—Ses efforts pour renouer l'alliance de l'Angleterre et de l'Espagne.—Démarches de l'ambassadeur pour rompre ses projets.—Confidences de Leicester sur les offres qui lui avaient été faites par le roi d'Espagne lors de l'avènement d'Élisabeth.—Ses plaintes de l'abandon où le laisse la France.—Nécessité où il se trouve d'accepter les nouvelles offres des Espagnols.—Hésitation d'Élisabeth à se prononcer entre la France ou l'Espagne.—Vive recommandation de l'ambassadeur pour que la légation annoncée par Élisabeth soit bien reçue en France.

Au Roy.

Sire, sellon le debvoir et servitude que j'ay à Vostre Majesté, je la supplie très humblement avoyr agréable que je luy puisse, d'icy en hors, par le Sr de Vassal, avec la présente, très humblement bayser les mains, et me conjouyr, avec elle, ainsy de parolle et par escript, comme je le fay infinyement du profond de mon cueur, de son heureulx retour; sur lequel je fay ceste dévote prière à Dieu, que tout ainsy qu'il luy a pleu de le guider, et le rendre favorizé des plus souverains princes et potentatz de la terre et de toutz les peuples, où elle a passé, et le rendre encores non moins desiré de ses bons et naturels subjectz que leur propre vye, qu'ainsy sa divine providence vous vueille maintenant, Sire, introduyre en ung règne qui soit d'une continuelle félicité à Vostre Majesté, et d'ung bien assuré et perdurable repos à voz subjectz; et qu'il vous face aussy contant de la fidelle obéyssance qu'ilz vous doibvent, comme ilz vivront très heureulx soubz vostre légitime et souverayne authorité. Il ne fault pas qu'on juge autrement des extrêmes difficultez que Vostre Majesté, par une grande magnanimité de cueur, en s'en venant, et la Royne, vostre mère, par une singullière prudence, eu vous attandant, avez, l'ung et l'autre, vertueusement surmontées, sinon que, par là, Dieu a déterminé, sellon le grand soing qu'il a tousjours eu de la couronne de France, de la restablir bientost en quelque meilleur estat et en plus d'esplandeur qu'on ne l'a veue de longtemps. Et Dieu vueille que, pour ce regard, Vostre Majesté me répute, en quelque endroict, digne de son service; car je n'ay, pour nulle aultre occasion qui soit au monde, plus cher le restant de mes jours que pour les dédyer toutz à très humblement vous en fère.

Je desire bien que les choses d'icy vous soient entièrement cognues, affin de prendre advis comme vous conduyre vers celles qui, en l'endroict de ceste princesse et de son royaulme, peulvent concerner le présent estat des vostres. Et s'il vous plaist, Sire, vous souvenir des termes, où l'on en estoit, quand partistes pour vostre royaulme de Pouloigne, sellon que, jusques allors, je vous en avoys tousjours rendu bon compte; et entendre, à ceste heure, de la Royne, vostre mère, ce que, depuis, du vivant encores du feu Roy, vostre frère, et, après qu'elle a esté Régente, je luy en ay ordinairement mandé, joinct l'ample instruction que, par le Sr de Vassal, présent porteur, je vous en envoye, et ce que luy mesmes, par qui j'ay souvent négocyé avec des principaulx de ce conseil vous en dira, il ne vous sera malaysé d'eslire, entre plusieurs expédients là dessus, celluy qui plus conviendra au bien de voz affères. Une chose vous supplyè je très humblement, Sire, de considérer: qu'il y a ung grand nombre d'ans que nulle entrée de règne n'a esté si curieusement observée, en la Chrestienté, que sera la vostre, ny nuls actes de prince plus dilligemment remarqués que ceulx que vous y ferés; que tant plus, sur ce commancement, l'on les verra bien et sagement et sans précipitation conduictz au seul but du bien et utillité de vostre couronne, tant plus Vostre Majesté en demeurera redoubtée de ses voysins, et creincte et révérée de ses subjectz, et son authorité en prendra, avec sa grande réputation, ung très solide fondement pour tout le temps de son règne; bien qu'à dire vray rien n'est advenu, du passé, que ceulx icy ne monstrent desjà, comme je pense que feront ceulx des aultres courts, de le vouloir tirer en argument de l'advenir, sellon qu'ilz verront que les premiers déportements de Vostre Majesté procèderont.

J'ay commancé, par ma dépesche, du XXIIIe du passé, et continueray, par ceste cy, de suplier très humblement Vostre Majesté de m'octroyer tant de grâce qu'après une si longue résidance, de six ans continuels que j'ay esté en ceste charge, avec la ruyne de mes meilleurs ans, et de ma santé, et de mes affères; et avec la perte de ce peu de bien que j'avoys, qui tout m'a esté osté, et ung de mes frères meurtry, et troys aultres, pendant que j'ay esté icy, sont mortz; je puisse maintenant, pour mon souverain bien et pour ma meilleure consolation, aller voyr la face de Vostre Majesté; ayant la Royne, vostre mère, pour diverses occasions qui sont survenues en vostre service, tousjours différé, de temps en temps, de me retirer jusques à ceste heure, que j'espère que Dieu l'aura voulu ainsy, affin que j'aye tant plus d'heur d'estre rappellé et relevé de ma pouvreté, et récompensé de mon tant long et très fidelle service, par la libéralle main de Vostre Majesté, ainsy que, de rechef, pour une singullière estreyne à cestuy sien très heureulx retour, très humblement, et au nom de Dieu, je l'en requiers. Et je supplieray le Créateur, etc.

Ce XXIVe jour d'aoust 1574.

MÉMOIRE PRINCIPAL,
baillé au Sr de Vassal de ce qui est expédiant que Leurs Majestez entendent de l'estat des choses d'Angleterre:

Que, au mois de juing dernier, le cappitaine Leython et le jeune Quillegreu rendirent fort mal satisfaicte la Royne d'Angleterre des choses de France, et firent que le comte de Lestre, qui avoit tousjours entretenu la dicte Dame en l'intelligence du Roy, et luy mesmes, qui s'estoit toujours montré partial françois, demeura encores plus offencé qu'elle, de ce qu'ils luy rapportèrent qu'on se deffioit grandement de luy et qu'on l'avoit bien fort suspect par delà.