En quoy je sentz bien, Madame, qu'il me vient de grandes traverses, du costé des Protestantz, parce qu'ilz ont très suspect le passage que le Roy a faict par l'Italye, et craignent qu'il y ait esté conseillé, ou que, mesmes, on l'ayt expressément obligé, de promesse, avant qu'il en soit sorty, qu'il poursuyvra, à oultrance, ce qu'avant estre Roy, il avoit desjà commancé: d'exterminer ceulx de la nouvelle relligion. Et non moins me traversent les partisans de Bourgoigne, lesquels, jaloux du mesmes passage, allèguent à ceste princesse qu'il ne luy peult venir ny proufit, ny secours, de continuer la ligue avec le Roy, parce que, disent ilz, qu'il est si empesché qu'il ne se sçauroit ayder, ny secourir, soy mesmes; et que, s'il se veult tirer d'empeschement, il n'en a nul moyen sinon en cherchant de le fère d'une façon qui seroit plus suspecte à ce royaume que s'il demeuroit bien empesché: et pressent tousjours la dicte Dame d'envoyer une honneste ambassade vers le Roy d'Espaigne.
Néantmoins je viens d'estre adverty qu'elle a desir que je l'aille trouver, affin d'avoyr de quoy donner, aulx ungs et aulx aultres, des bonnes parolles, de celles qu'elle entendra de moy, et de celles qu'elle leur pourra adapter, pour les entretenir en quelque espérance, sans qu'ilz la pressent, à ceste heure, par trop; et aussy qu'à dire vray, elle se tient assez doubteuse de quelle intention le Roy sera vers elle, et ne se peult garder qu'elle n'ayt aulcunement suspectes les forces qu'il assemble; de tant mesmement que, oultre que, de la part des eslevez de France, et des partisans d'Espaigne, l'on use de toutz les artifices qu'on peult pour luy en donner peur.
Le comte de Morthon luy a, d'abondant, escript qu'il a descouvert, au quartier du North d'Escosse, où il est de présent, qu'il y a dellibération, en France, de fère bientost une descente par dellà; mais je m'esforceray de luy oster ces impressions, et de luy persuader qu'elle veuille, du premier jour, envoyer saluer le Roy, vostre filz, et visiter Vostre Majesté, par ung personnage d'authorité, et ne mouvoir rien cepandant jusques à son retour; comme, pour le présent, Madame, je ne descouvre aultre chose de nouveau par deçà, sinon que dix ou douze cappitaynes et soldatz, françoys, qui sont encores icy, s'apprestent pour passer à la Rochelle, estant bruict, parmy eulx, que le Roy, vostre filz, prétend d'addresser son premier exploict, de ceste année, contre ceste ville. Et sur ce, etc.
Ce XXVIIIe jour d'aoust 1574.
Depuis ce dessus, ung de mes amys m'a adverty que Me Quillegreu, qui est en Escosse, a escript à ceste princesse qu'il est en grande espérance d'avoyr bientost ce qu'il a tant pourchassé; et que le dict amy souspeçonne que c'est la personne du Prince d'Escosse; et qu'il a opinyon que milord Housdon n'est allé, ces jours passez, à Barvic, que pour ceste occasion. Il vous plerra, Madame, adviser, avec ceulx de voz affectionnés serviteurs, escoussoys, qui sont en France, le moyen d'y pourvoir, et envoyer promptement sur le lieu pour cest effect. Qui, de mon costé, feray bien, d'icy en hors, tout, ce que je pourray; mais je ne voy pas comme, ny à qui, m'en pouvoir bien addresser en Escosse pour y mettre empeschement; et mesmes qu'on me veult fère souspeçonner que cella ne se conduyra sinon avec l'intelligence d'Espaigne.
CCCCIIIe DÉPESCHE
—du Xe jour de septembre 1574—
(Envoyée jusques à Calais par Jehan Volet.)
Audience.—Félicitations d'Élisabeth sur le retour du roi.—Mémoire. Détails de l'audience.—État des choses en France.—Déclaration qu'une armée est réunie par le roi pour forcer les protestans à faire la paix.—Protestations d'amitié d'Élisabeth.—Sa déclaration qu'elle doit considérer le projet de mariage comme rompu.—Conseil qu'elle donne au roi d'éviter la guerre.—Arrivée à Londres de Mr de Méru.—Sa conférence avec l'ambassadeur.—Sollicitation de Mr de Méru en faveur de Mr de Montmorenci, son frère.
Au Roy.