Sur quoy, le dict de La Mothe Fénélon, pour ne laisser aller les choses ni à leur poursuitte, ni à celle que le dict don Bernardin avoit faicte; il envoya incontinent le Sr de Vassal à la cour, parce que luy mesmes n'avoit argument assez propre d'y aller: et luy bailla des lettres au comte de Lestre et à Mr de Walsingam, pour avoir moyen, en négotiant avec eux, de leur faire bien gouster les choses qui estoient pour le service du Roy, et les divertir de l'opinion des aultres, qui pouvoient estre au contraire, et approfondir s'il y en avoit quelqu'une mauvaise, qui eût desjà passé en délibération. Dont il receuillit de leurs propos assez de quoy prendre une grande conjecture de l'intention de leur Mestresse, et de la résolution de son conseil; ainsi qu'il plairra à Leurs Majestez l'entendre de luy mesmes.
Lesquelles, possible, fairont le mesme jugement que faict le dict de La Mothe Fénélon: c'est que, ne pouvant la Royne d'Angleterre s'asseurer assez de quelle vollonté sera le Roy vers elle, et se deffiant beaucoup de celle du Roy d'Espaigne, elle et son dict conseil demeurent en suspens; et tiennent, pour ceste occasion, suspendues leurs délibérations, donnant entendre aux Protestants qu'il n'est encore temps qu'elle se déclare, ni qu'elle attente rien contre les termes de la ligue qu'elle a avec le Roy, jusques à ce qu'elle voye comme il se déportera à son arrivée: et entretiennent ceux du party de Bourgoigne d'une espérance, d'envoyer bientost un gentilhomme devers le Roy Catholique, estant le jeune Coban desjà nommé pour cest effaict; et néantmoins que ces expresses démonstrations, qu'elle faict vers le dict Roy d'Espaigne et vers les dicts partisants, sont plus pour mettre le Roy en jalousie, que non qu'elle soit encores bien déterminée vers eux; vray est que d'autant, que les choses se pourroient bien disjoindre d'avecques le Roy, pour se réunir à l'un ou à l'aultre des aultres partis, ou aux deux ensemble, parce que tous deux sont fort appuyés et authorisés en ceste cour, il sera bon d'y pourvoir de bonne heure.
Et le moyen plus aisé, en cella, semble estre que le Roy, à cestuy sien advennement, veuille bien et favorablement recevoir la légation, qui luy sera faicte de la part de ceste princesse, et qu'il luy en dépesche bientost une aultre bien honnorable, s'ouvrans, de chasque costé, à parler franchement entre eux, sans plus de deffience, et sans essayer de se convaincre l'un l'aultre sur ce qui a desjà passé, ains s'en donner toute la mutuelle satisfaction qu'ils pourront; et que le Roy face déclarer à la dicte Dame qu'il veut succéder à la ligue du feu Roy, son frère, avec elle, et qu'il en requiert la confirmation; et qu'au reste il face toute démonstration de voulloir establir si bien, et à conditions si raisonnables, la paix en son royaulme, que les eslevés soient convaincus de manifeste rébellion s'ils ne l'acceptent.
CCCCIIe DÉPESCHE
—du XXVIIIe jour d'aoust 1574.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)
Voyage de la reine-mère pour aller recevoir le roi.—État des affaires en France.—Annonce d'une audience.—Nouvelles d'Écosse.
A la Royne, Régente
Madame, premier que de parachever ma dépesche, par le Sr de Vassal, lequel vous est allé trouver, le XXIIIIe de ce moys, Grougnet, mon secrétaire, estoit desjà arryvé, avec celle de Vostre Majesté, du VIIIe auparavant. Et je m'en vay, tout à ceste heure, trouver la Royne d'Angleterre, à cent mille d'icy, pour luy dire vostre partement pour Lyon, où espérés rencontrer le Roy, vostre filz; et que, pour fère meilleure dilligence, vous avez layssé la Royne, vostre belle fille, à Paris, ayant seulement admené Monseigneur, et le Roy et la Royne de Navarre, voz enfans, avecques vous. Et luy toucheray les aultres poinctz de voz troys ou quatre dernières dépesches, espéciallement l'espérance qu'avez de la paix, et comme il ne tiendra à Voz deux Majestés Très Chrestiennes qu'elle ne succède bonne et seure, et de longue durée, en vostre royaulme; pareillement de la venue des ambassadeurs des princes d'Allemaigue, et des depputez de ceulx de la nouvelle relligyon qui sont allez au devant du Roy; aussy des deux levées de reytres et suysses, pour pouvoir, avec plus d'authorité, conclure la dicte paix, ou bien réprimer, par force, l'élévation de voz subjectz; et puis du bon ordre qu'avez layssé à Paris, pour la police, et pour, entre aultres choses, administrer, bien et promptement, par le grand commandeur de Champaigne et le chancellier de Navarre, qui sont deux personnages fort notables du conseil privé du Roy, la justice aulx Angloix, sur les pleinctes que je vous ay dernièrement envoyées. Et mettray peyne que, de tout ce qui se pourra tirer de voz dictes dépesches, rien n'en soit obmis, qui puisse apporter de la satisfaction à la dicte Dame, et luy fère bien espérer de vostre intention, et luy disposer bien la sienne vers Voz Majestez Très Chrestiennes.