L'on m'a adverty que le Sr de La Noue a escript plusieurs lettres par deçà, et que, par icelles, il monstre de desirer infinyement la paix, et de vouloir rendre toute obéyssance au Roy; mais crainct que le Roy ne vueille donner la dicte paix bien seure à ses subjectz, ny avec les condicions qu'ilz demandent pour leur religyon et conscience, et qu'en ce cas luy et touts ceulx qui ont prins les armes par dellà sont résolus de souffrir, avec toutes les aultres extrémitez, la mort mesmes, premier que de rien quicter de leur dicte religyon; et que pourtant ilz supplyent la Royne d'Angleterre, et les seigneurs d'auprès d'elle, de ne concevoyr aulcune sinistre opinyon qu'ilz vueillent estre rebelles, encor qu'il soit rapporté qu'ilz n'ayent si tost posé les armes. Et cependant, Madame, je suis adverty que ceulx de la Rochelle se pourvoyent, en Hembourg, et à Hendem, et en Ollande, et encores en ce royaulme, là où ilz peuvent, de grand nombre d'armes, et de pouldres, et d'autres monitions de guerre, creignant que le Roy les vueille assiéger. Et le ministre Textor est passé devers le prince d'Orange, affin d'impétrer de luy un nombre de navyres armez, pour les tenir en Brouage, et sur la coste de la Rochelle, chose qu'on asseure desjà icy que le dict prince luy a accordée, tant pour se relever des frays d'ung si grand nombre de vaysseaulx, qu'il a ordinayrement à entretenir, veu que l'armée d'Espaigne ne faict plus semblant de venir, que pour maintenir tousjours vifve la guerre par mer en France, affin que le Roy n'ayt moyen, par la mesmes mer, de favorizer les affères du Roy Catholicque, et que rien ne puisse venir d'Espaigne, qui ne tombe en leurs mains. J'entendray plus avant du voyage du dict Textor, quand il repassera par icy.

Les cappitaynes Barache, Limons et dix ou douze aultres soldatz françoys se sont embarquez, depuis troys jours, pour aller à la Rochelle. Mr de Méru n'est poinct encores allé trouver la Royne d'Angleterre, et se tient retiré en son logis. Je luy feray part des nouvelles de Mr de Dampville son frère, affin de le fère tousjours mieulx espérer de son propre faict. Ung agent du comte Palatin vient de passer, ce matin, par la poste, qui va trouver ceste princesse. J'ay envoyé incontinent après pour le fère observer.

L'on me continue les advis que je vous ay cy devant mandez, comme il se mène une bien chaude praticque de mettre le prince d'Escoce ez mains des Angloix, et qu'à cest effect le comte de Houtinthon a esté jusques à Barvic, dont j'ay dépesché exprès ung escoussoys vers les seigneurs du pays, affin d'y donner tout l'empeschement qu'il sera possible; et si j'entends que cella passe oultre, je m'y oposeray à ceste princesse, mesmes au nom du Roy, vostre filz, tout ouvertement. Et sur ce, etc.

Ce XVe jour de septembre 1574.

CCCCVe DÉPESCHE

—du XIXe jour de septembre 1574.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Nycolas.)

Départ du secrétaire de l'ambassadeur d'Angleterre.—Sollicitations des protestans de France et des princes d'Allemagne.—Fabrique de fausse monnaie établie en Angleterre pour soutenir la guerre en France.—Nouvelles d'Écosse.—Audience accordée par Élisabeth à Mr de Méru.

A la Royne, Régente

Madame, par la dépesche, que Vostre Majesté m'a faicte, de Lyon, le dernier du passé, j'ay eu assez de quoy bien convaincre ceulx qui disoient que le Roy, vostre filz, et Vostre Majesté avoient eu du destourbis et empeschement en leurs voïages, et aussy de quoy bien confirmer la bonne opinyon de ceulx qui avoient tousjours espéré, et qui espèrent encores très bien des affères de Voz Majestez. Je ne fauldray, à la première nouvelle, qui m'arrivera que le Roy soit entré en son royaulme, d'aller retrouver ceste princesse, au retour de son progrès, laquelle est encores assez loing, pour m'en conjouyr avec elle, et pour haster le partement du millord qu'elle vous doibt envoyer. Et cependant je vous diray, Madame, que le secrettère de l'ambassadeur de la dicte Dame est assurément repassé en France, et m'a mandé ses excuses, de Bouloigne, en hors, de ce qu'il n'estoit passé devers moy, confessant qu'il luy avoit esté commandé de le fère, mais que les aultres commissions, qu'on luy avoit baillées en ceste ville, luy avoyent faict oublyer ceste cy.