Il est bien vray que touts mes advis se rapportent à ce que ceste princesse conviendra sans doubte avec les dictz princes de fère remonstrer au Roy, vostre filz, plusieurs choses, touchant le soulagement des Protestantz, et d'establir, pour le regard de l'estat de la religyon, une paix publicque en la Chrestienté; mais que, pour encores, elle ne résouldra rien, ny de guerre, ny de paix, ny de ligue, ny de contributions de deniers, là dessus, avec les dicts princes, qu'elle ne voye plus avant comme le Roy se déportera vers elle. Qui cognois bien, Madame, que quelle démonstration qu'elle face, elle ne peut encores prendre assés de confiance de luy, tant pour les choses qui ont passé au propos d'entre eulx deux, que pour se représanter encores en l'esprit ce qu'elle a d'autrefoys creu, que la Royne d'Escoce luy avoit cédé le droict et le tiltre qu'elle prétend en ce royaulme, se persuadant la dicte Dame que le mesme conseil, duquel il se conduysit lors, ez dicts deux affères, est en plus d'authorité qu'il ne fut jamays près de luy. Sur quoy je n'ay obmis une seule de toutes les démonstrations, dont j'ay peu user à elle et aulx siens, que je ne les leur aye franchement déduictes, pour les divertyr de ceste opinyon. Néantmoins ilz ne cessent, sur ce retour de Me Quillegreu, sellon qu'on m'en a adverty, de dellibérer chaudement comme ilz pourront avoyr le Prince d'Escosse par deçà, bien que la dicte Dame tient cella aulcunement suspect pour elle, et n'y entend qu'à regret. Mais il y a grand apparance que les persuasions des Protestantz, lesquelz veulent fère nourrir ce petit prince à leur mode, comme celluy qu'ilz réputent desjà aparant successeur de ce royaulme, et qui remonstrent que c'est la principalle seureté de ceste princesse, et de son estat, que d'avoyr la mère et le filz en ses mains, la facent enfin condescendre à leur intention, mesmement s'ilz trouvent que les choses ne soient trop difficiles, du costé d'Escosse. Et y en y a aulcuns qui estiment qu'on essayera de tretter cella avec la Royne d'Escoce mesme, avec promesse de luy amplyer sa liberté, si elle le veult consentir; et que, pour le mieulx conduyre, l'on a trouvé moyen de fère persuader, par la duchesse de Suffolc, laquelle n'ayme poinct la Royne d'Escoce, au comte et comtesse de Cherosbery, en faysant le mariage de leurs enfans, qu'ilz feront bien de remuer la Royne d'Escoce au chasteau de Pontfroid, qui est l'une des maysons de la Royne d'Angleterre; ce que je ne sçay encores bien au vray si tout cella succèdera.

Tant y a qu'ayant desjà faict dire, en passant, au comte de Lestre que j'en avois eu le vent, mesmement du faict du petit Prince, et que c'estoit chose qui ne se pourroit conduyre sans offancer le Roy, lequel estoit le principal alié de la couronne et des Princes d'Escosse, il m'a seulement mandé que je réputois sa Mestresse et ceulx de son conseil plus sages et plus pourvoyans qu'ilz n'estoient, et que, pleût a Dieu, qu'ilz peussent avoyr le dict Prince, sans m'y respondre rien davantage. Et me vient on de dire qu'on est après à fère une dépesche pour renvoyer le dict Me Quillegreu, de rechef, par dellà. Il sera bon, Madame, que, sur l'occasion de ce que Mr de Glasgo remonstrera au Roy, en sa première audience, Voz dictes Majestez parlent ung peu de bonne sorte à l'ambassadeur d'Angleterre des affères d'Escoce, et de l'estat de la Royne et du Prince du dict pays, affin d'arrester les instantes poursuites de ceulx cy: vous ayant à dire au surplus, Madame, qu'on avoit trouvé moyen de fère constituer prisonniers aulcuns de ceulx qui forgent par deçà celle faulce monnoye, dont, par mes précédentes, je vous ay faict mencion, mais ilz ont esté assez tost eslargis par secret mandement d'aulcuns de ce conseil; ce qui me faict avoir davantage suspecte l'inique et meschante provision de deniers qu'ilz font, laquelle j'entendz, quand à ce qui s'en bat du coing de France, que c'est de celluy du feu Roy, dernier décédé, dont je mettray peyne d'en recouvrer quelque pièce si je puis, pour vous en envoyer la monstre. Et sur ce, etc.

Ce XXIVe jour de septembre 1574.

Depuis ce dessus, j'ay eu advis de ceste court de deux choses: l'une est que la dépesche qui y est arryvée de Mr le docteur Dayl, du Ve du présent, y a suscité beaucoup d'escrupulles de la dellibération, qu'il mande que le roy aporte d'Italye contre les Protestantz; et l'aultre, que, en Irlande, le comte d'Esmond ayant esté attiré à parlementer, il a esté, soubz parolle de paix, détenu prisonnyer, et le conduict on maintenant soubz bonne garde par deçà. Je mettray peyne de vériffier l'une et l'autre nouvelle pour vous en mander plus de certitude par mes premières.

CCCCVIIe DÉPESCHE

—du XXIXe jour de septembre 1574.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Nouvelles d'Écosse.—Disposition des Écossais à maintenir l'alliance avec la France.—Assurance donnée à l'ambassadeur que Mr de Méru ne sollicite de la reine rien autre chose que son intercession en faveur de Mrs de Montmorenci et de Cossé.—Nouvelle de l'arrivée du roi à Lyon.—Désignation de lord de North pour passer en France.

A la Royne, Régente

Madame, celluy que j'avoys, il y a desjà assez longtemps, dépesché en Escoce, quand Me Quillegreu y alla, est revenu depuis deux jours, lequel m'a rapporté de plusieurs seigneurs, à qui il dict avoyr parlé, et leur avoyr bayllé mes lettres, par dellà, leurs responces de bouche, parce qu'ilz n'ont ozé m'escripre, ne m'ayant apporté que celle seule du comte d'Arguil, et du laer de Quelseit, par escript.