Sur quoy, après avoyr conféré avec elle, ilz m'ont mandé, par mon secrettère, qu'elle avoit eu très agréable ceste mienne dilligence, et s'en estoit plus grandement resjouye qu'ils ne le me sçauroient dire, et desiroit que j'eusse de quoy lui venir bientost compter des nouvelles du Roy, vostre filz, et que je les luy peusse tesmoigner aussy bonnes, comme elle les souhaytoit pour elles mesmes. Puis l'ung d'eux m'a mandé qu'elle n'avoit, en chose de ce monde, aujourdhuy, le cueur si tendu qu'à ouyr jusques aulx moindres particullaritez qui venoient de luy; et qu'il me pouvoit assurer que, de beaucoup de demandes qu'on luy avoit faictes depuis peu de temps en çà, elle s'estoit tenue ferme à n'en vouloir accorder aulcune, au préjudice de luy, que premièrement elle ne voye comme il se voudra déporter vers elle.

Néantmoins, Madame, je mettray, icy, ceste digression qu'on m'a adverty d'ailleurs qu'indubitablement les agentz des princes d'Allemaigne s'en sont retournés bien contantz des bonnes parolles et promesses qu'elle leur a données; et les dictz conseillers ont davantage dict à mon dict secrettayre qu'ilz avoient entendu que le Roy, vostre filz, desiroit bien fort la paix; néantmoins que les grosses forces, qu'il faysoit marcher, leur faysoient souspeçonner la guerre, et qu'on leur avoit dict qu'il se rendoit beaucoup plus assidu en ses affères que n'avoient faict ses prédécesseurs; et néantmoins se monstroit plus grave, et de difficile accès, que nul d'eux, et que leur Mestresse et eulx estoient à regarder, avec le reste de la Chrestienté, comme il formeroit ses affères, à ce commancement, affin de fère une conséquence comme ilz auroient à procéder tout le reste de son règne.

J'ay, à deux jours de là, renvoyé, encores une aultre foys, devers eulx, pour impétrer aulcunes honnestes et bien raysonnables demandes, que j'avoys à fère à leur dicte Mestresse et à eulx, pour la Royne d'Escosse, vostre belle fille, et pour leur fère voyr ung cahier de plainctes que Mr de La Melleraye m'a envoyé. Et sur ce, etc.

Ce Xe jour d'octobre 1574.

CCCCXe DÉPESCHE

—du XVe jour d'octobre 1574.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Certitude de l'arrivée du roi en France.—Nouvelle répandue en Angleterre que le roi, à son passage en Italie, a formé une ligue avec le pape.—Assurance donnée à l'ambassadeur qu'Élisabeth, pour la combattre, est entrée en ligue avec les princes protestans d'Allemagne.—Efforts des Anglais pour renouer l'alliance avec le roi d'Espagne.—Nouvelles d'Écosse.

Au Roy.