Il y a icy desjà de longtemps un gentilhomme polounoys, de la mayson d'Alasco, et y en est arryvé encores d'autres, depuis la venue du Roy, qui ne m'ont, ny les ungs ny les aultres, visité; ains ilz sont souvant visitez par les ministres françoys et flammans, qui sont icy; et si, ont esté quelquefoys en ceste court, et de la court l'on a envoyé vers eulx. Il vous plerra me mander si j'auray à fère aulcun office en leur endroict. Sur ce, etc.
Ce Ve jour d'octobre 1574.
CCCCIXe DÉPESCHE
—du Xe jour d'octobre 1574.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)
Conférence de l'ambassadeur avec lord de North.—Desir d'Élisabeth de connaître les intentions du roi.—Sa réponse aux envoyés des princes d'Allemagne.—Sollicitations pour Marie Stuart.
A la Royne, Régente
Madame, premier que milord de North soit party, il m'est venu visiter, et m'a discouru, en général, de la bonne intention que la Royne, sa Mestresse, a vers le Roy, vostre filz, et comme elle desire infyniement de se maintenir en bonne paix avecques luy, et garder inviolablement avec Vostre Majesté la vraye amityé que vous vous estes, longtemps y a, promise l'une à l'autre, et estreindre, s'il est possible, plus fort que jamays, celle en quoy il vous a pleu nourrir tousjours toutz Noz Seigneurs, voz enfantz, avecques elle; dont, s'il peut vous bien explicquer sa commission, tout de mesmes que la dicte Dame la luy a donnée là dessus, il ne faict aulcun doubte que n'en demeuriez très assurée; et que, de sa part, il s'en va très dellibéré de fère, en cest endroict, les meilleurs et plus exprès offices qu'il pourra.
De quoy je l'ay bien fort remercyé, et, après luy avoyr faict aulcunes remonstrances sur les escrupulles qu'on vous avoit suscités, de ce costé, je l'ay exorté de se déporter en façon que, en France et icy, l'on ayt à se louer de son élection à ceste charge. Et parce qu'ung mien amy m'a adverty que, le propre jour que sa dicte Majesté l'a licencié, elle a monstré d'estre aulcunement en peyne de ce que je ne luy allois annoncer l'arryvée du Roy à Lyon, ny luy fère entendre aulcune chose, de sa part; et qu'il y en y avoit, de ceulx qui aspirent à la retirer de l'intelligence de France, qui s'efforçoient de luy en fère une maulvayse interprétation; j'ay, soubz prétexte de visite, envoyé dire à ses plus expéciaux conseillers que je n'attandoys que l'heure qu'il m'arrivast une dépesche du Roy, vostre filz, pour aller trouver la dicte Dame; et que Vostre Majesté m'avoit escript, du VIIIe du passé, qu'il estoit desjà arryvé à Lyon, mais qu'il estoit si empressé, à ce commancement, qu'il n'avoit encores peu ouyr le gentilhomme que je luy avoys dépesché, néantmoins que, dans deux jours, ou troys, il les ouyroit à loysir, et puis me manderoit, par luy mesmes, ce qu'il voudroit que je fisse sçavoyr, de sa part, à la dicte Dame; et que cependant je ne fallisse de vous escripre à toutz deux du bon portement d'elle et de sa santé, dont les priois de m'en vouloir mander.