Au Roy.

Sire, parce que milord de North, estant à Douvre, a trouvé que la mer estoit bien haulte, il n'a ozé incontinent s'y commettre, ains a temporisé jusques au XIIIIe du présent qu'il s'est embarqué, et toutes ses gens, dans ung des navyres de la Royne, sa Mestresse, pour passer, le mesmes jour, à Bouloigne. Et j'estime que, de présent, il est à Paris, et que bientost il sera devers Vostre Majesté, là où il a charge, ainsy qu'on m'a adverty, de bon lieu, d'avoyr principallement le cueur à quatre choses: l'une est de nother fort curieusement, et par toutes les circonstances et conjectures qu'il pourra, si, en vostre desir, Sire, y a quelque inclination de retenir, à bon escient, ceste princesse et son royaulme en vostre amityé; la segonde est d'approfondir si avez nulle secrette intelligence avec le Roy d'Espaigne contre elle; la troysiesme, s'il vous reste beaucoup d'affection à la restitution de la Royne d'Escosse; et la quatriesme, qui sont ceulx à qui donnés plus de crédict et d'authorité près de vous: car, sellon qu'il rapportera le certain ou le vraysemblable de ces choses à la dicte Dame, elle a proposé de se ranger à une ou aultre disposition vers Vostre Majesté.

Et cepandant elle faict passer, sur le commancement de la prochaine sepmayne, son premier maistre des requestes, Me Wilson, en Flandres, pour y renouveller, le plus qu'il pourra, l'ancienne amityé d'entre le Roy d'Espaigne et elle, et arrester avec le grand commandeur une assemblée à Bruges d'aulcuns grands et notables personnages, de dellà et d'icy, à ce prochain mars, pour vuyder le différent des entrecours. Et m'a l'on dict qu'il y va avec commission, laquelle a esté secrettement recherché par les agentz d'Espaigne, d'ayder, en ce qu'il pourra, au nom de sa Mestresse, à la paciffication du pays, comme aussy le dict milord de North vous doibt exorter à celle de vostre royaulme.

Et, à ce propos, Sire, l'ung de ceulx que j'ay mis après pour descouvrir, parmy les ministres et les suppostz de la nouvelle religyon, qu'est ce qu'ilz espèrent de secours, d'icy, en leurs affères, m'a rapporté qu'ilz ne s'assurent encores de rien, parce qu'on les a remis de leur donner résolution, après le retour de ces deux ambassadeurs; dont craignent bien fort, si le dict de North est receu avecques faveur de Vostre Majesté, et que le renvoyés contant, et mandiés, par luy, quelque assurance de vostre amityé à la dicte Dame, que difficilement impètreront ilz rien de mieulx d'elle, pour leurs dicts affères en France que par le passé, ny, possible, tant qu'ilz ont faict jusques icy; sinon, par advanture, qu'à la persuasion des évesques, d'icy, ilz pourront abstreindre, par escrupulle de conscience, la dicte Dame à fère, soubz main, ou dissimuler aulcunes secrettes et légières assistances de ce royaulme, en faveur de sa religyon, par dellà, pour ne l'y laysser opprimer, ou n'estre veue de l'avoyr du tout habandonnée; et n'espèrent qu'elle face guyères mieulx pour la Ollande. Vray est qu'ilz sont après à dresser de bien vifves remonstrances pour l'induyre, comment que ce soit, à la ligue avec les princes d'Allemaigne et avec les eslevez, et de se debvoir joindre ouvertement à eulx, si Vostre Majesté délaysse la voye de paix pour venir à bout de cest affère par les armes, et ont des argumentz préparez pour luy imprimer de très grandes deffiances de Vostre Majesté, trop plus que du Roy d'Espaigne, comme redoubtans vostre fortune et voz effectz plus que les siens, parce que, en personne, vous vous trouvez aulx affères, et il s'en tient loing; avec ce, qu'ilz l'estiment assez engagé à la guerre du Turc; et si, prétendent de ressuciter les mesmes machinations qu'ilz avoient cy devant contre la Royne d'Escoce, pour la fère mourir, alléguans que c'est le seul moyen d'esteindre la querelle que pourriés dresser par deçà pour l'amour d'elle, et pour mettre fin à toutes les maulvaises querelles qui se pourroient eslever en ce royaulme à son occasion; et que mesmes ilz aspirent de fère entrer le petit Prince d'Escosse avec le comte de Morthon dans la dicte ligue, jusques avoyr escript naguyères au Prince de Condé de les envoyer visiter toutz deux, de sa part: duquel prince toutesfoys ilz monstrent de n'espérer plus tant qu'ilz faysoient au commancement, par ce, possible, que les princes d'Allemaigne n'ont trouvé ung tel subject en luy comme ilz le s'estoient promis, qui l'avoient jugé tout semblable ou peu dissemblable de feu Monseigneur le Prince, son père, et peut estre qu'ilz y voyent ung peu de manquement pour la surdité, et qu'il a de l'inclination à retourner vers Vostre Majesté; et creignent assez, ce dict le mesmes advis, que luy et le Sr de Laval s'y layssent persuader, dont ne seroit, par advanture, mal à propos que Vostre Majesté les fît fort instamment praticquer toutz deux.

Les choses d'Escosse demeurent tousjours en ce suspens que j'ay cy devant escript, soubz la violente et avare domination du comte de Morthon; et m'a lon dict que, depuis quinze jours, il a faict constituer prisonnyers deux honnestes personnages que Mr de Glasgo et Mr de Roz avoient envoyez par delà, et qu'il les a faictz conduyre en sa mayson de Datquier. Je ne sçay si ce qu'il tirera de leur déposition l'aygrira davantage, ou si les seigneurs du pays s'en voudront esmouvoir. Sur ce, etc.

Ce XXe jour d'octobre 1574.

CCCCXIIe DÉPESCHE

—du XXIIIIe jour d'octobre 1574.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Nycolas.)