Ceulx de la Rochelle ont faict une fort ample dépesche aulx ministres et aultres de la nouvelle relligyon, qui sont icy, du XIIIIe du passé, par où j'entendz qu'ilz monstrent de desirer la paix, et qu'ilz ont, au retour de Roger, vostre valet de chambre, que leur aviez envoyé, dépesché incontinent le Sr de Bessons vers Vostre Majesté; et néantmoins, pour n'espérer telles condicions de seureté, ny tant d'exercisse de leur religyon comme ilz desireroient, ilz remonstrent qu'ils font cepandant grand dilligence de se munir, par terre et par mer, et de pourvoyr leur ville, pour soubstenir la guerre; et sollicitent ceulx de deçà de leur moyenner du secours pour le besoing, et de leur envoyer des armes et des pouldres, et aultres monitions. En quoy je mettray peyne de leur y estre le plus oposant qu'il me sera possible. Les dictz ministres font un grandissime cas de la conversion du Sr Dampville, et disent qu'il a de grandes forces aulx champs, qui marchent pour eulx, et beaucoup de bonnes et fortes places à sa dévotion. Et m'a l'on confirmé, qu'ilz continuent de mesler Mr de Savoye fort avant au discours de ces choses; et que bientost l'on me sçaura dire en quelz propres termes ilz en parlent, dont je ne fauldray d'en advertyr incontinent Vostre Majesté.
Il est advenu que la comtesse de Lenox, faysant son voïage vers le North, s'est rencontré avec la comtesse de Cherosbery, et a moyenné, pour le jeune comte de Lenox, son filz, le mariage de la fille de la dicte comtesse, bien qu'elle en fût en termes avec la duchesse de Suffolk, pour le filz de la dicte duchesse; et ont passé oultre à fère les nopces, sans attandre la volonté de la Royne d'Angleterre; laquelle s'en trouve si offancée qu'elle a contremandé la dicte comtesse de Lenox et son filz; et pense l'on qu'elle les fera mettre dans la Tour. Duquel évènement je suis, d'ung costé, bien ayse, parce que le voïage de la dicte comtesse demeure interrompu, et qu'elle n'yra poinct en Escosse; et, d'ailleurs, je crains qu'ayant faict amityé avec la comtesse de Cherosbery, elle la rende ennemye de la Royne d'Escosse.
J'ay sceu que, en Escosse, les choses se maintiennent encores assez paysibles, et que le comte d'Athol, qu'on disoit avoir esté tué, se porte bien, et n'a eu nul mal; et que le comte de Morthon a esté fort malade, mais qu'à présent il est guéry, et qu'encor qu'il continue de se fère haïr, il se faict néantmoins tousjours craindre et obéyr. Sur ce, etc. Ce XVIIe jour de novembre 1574.
Je viens de recepvoyr vostre pacquet, du dernier du passé, sellon lequel Me North a grande occasion de bien cellébrer la faveur et bon traictement, que milord de North, son frère, a receu de Vostre Majesté.
ADVIS A PART, A LA ROYNE.
Madame, je racompte sommayrement, en la lettre du Roy, ce qui s'est passé avec les seigneurs de ce conseil, quand je les ay festoyés, le jour de St Martin, en mon logis; et adjouxteray davantage que, le mesmes jour, j'ay tiré, à part, Mr de Walsingam pour luy dire que Voz Majestez Très Chrestiennes avoient plus de plésir de son advancement, et de le voyr monter en authorité, en ceste court, que de gentilhomme qui fût en Angleterre, pour la bonne opinyon qu'aviez conceue de sa vertu et de sa suffisance; et n'y avoit qu'une seule chose qui vous mît en suspens de luy, c'est que vous l'aviez ung peu cognu extrême au faict de sa religyon, dont creigniez qu'il se formalizât, et qu'il se rendît plus parcial, qu'il n'estoit besoing, près de la Royne, sa Mestresse, pour ceulx qui s'estoient eslevez en vostre royaulme.
En quoy j'estois bien ayse qu'il eût gousté, depuis qu'il estoit dans ce conseil, mieulx qu'il n'avoit faict auparavant, les poinctz qui appartiennent à la souverayne authorité d'ung prince, pour considérer qu'ayant le Roy, vostre filz, premier que de venir à la couronne, exposé mainte foys et azardé fort courageusement sa propre personne pour la religyon catholicque, c'estoit bien tout ce qu'avec sa réputation il pouvoit fère, pour ceulx de l'autre religyon contrayre, que de leur octroyer l'entière restitution de leurs biens, la seureté de leurs personnes, et la liberté de leurs consciences; et que, si, dorsenavant, sa Mestresse et ceulx de son conseil favorisoient leur opiniastreté, ny pareillement celle des malcontantz qui leur voudroient adhérer, qu'il failloit qu'elle et eulx confessassent de soustenir ung très maulvais exemple de rébellion, dans l'estat du Roy, qui seroit, possible, quelque jour, de très grand préjudice au leur.
A quoy il m'a respondu qu'il baysoit très humblement les mains de Voz Majestez, et qu'en mettant toute la peyne, qu'il pourroit, d'honnestement s'employer près de la Royne, sa Mestresse, pour vostre service, il s'efforceroit d'esgaller ses actions à la bonne opinyon qu'il vous playsoit avoyr de luy; et qu'il ne voyoit pas que la dicte Dame ny les siens eussent à se formalizer beaucoup pour les eslevez de vostre royaulme, si leur octroyés, ou ne leur octroyés poinct, tout ce qu'ilz demandent de leur religyon; et que, sellon son advis, s'ilz obtenoient de leur prince l'entière liberté de leur conscience, qu'ilz debvoient, attandant mieulx, louer Dieu, et se contanter; mais qu'il y avoit bien aultre chose qui mouvoit sa Mestresse, c'estoit de voyr que toutes les dellibérations du Roy, vostre filz, s'alloient formant par ung conseil qu'elle avoyt très suspect, et que, si ne luy faisiés cognoistre qu'elle peût establir très confidemment une bonne intelligence avec Voz Majestez mesmes, sans danger d'estre interrompue par ceulx qu'elle a opinyon que ne la voudroient pas, qu'il me vouloit librement dire que vous ne trouveriez jamays que meffiances et difficultez, et très grandes escrupulles, du costé d'elle.
Et bien que je me soys efforcé de luy rabatre ceste sienne impression, comme très mal fondée, il a monstré d'entendre si parfaictement tout ce qui dépandoit de ce poinct, et toutes les circonstances d'icelluy, que je n'en ay peu tirer aultre chose, sinon que, pour la fin, il m'a dict qu'il supplioyt très humblement Voz Majestez de croyre que, estant parfaictement angloix, nul seroit jamays meilleur françoys, en Angleterre, que luy; et que bientost il reviendroit en ceste ville, tout exprès, pour me visiter, et pour conférer privéement de toutes choses avecques moy.