CCCCXVIIe DÉPESCHE
—du XVIIe jour de novembre 1574.—
(Envoyée exprès jusques à Calays par Jehan Volet.)
Conférence de l'ambassadeur avec les seigneurs du conseil.—Retour en Angleterre du frère de lord de North.—Nouvelles de la Rochelle.—Mécontentement d'Élisabeth contre la comtesse de Lennox, au sujet du mariage de son fils avec la fille du comte de Schrewsbury.—Défense qui lui est faite de continuer son voyage en Écosse.—Nouvelles de ce pays.—Avis à la reine-mère. Conférence de l'ambassadeur avec Walsingham.
Au Roy.
Sire, les sept premiers et principaulx du conseil d'Angleterre, avec d'autres seigneurs de ceste court, sont venuz, le jour de St Martin, prendre leur dîner en mon logys, et Mr de Walsingam, qui estoit l'ung d'eux, m'a dict qu'il avoit charge de me fère les recommandations de la Royne, leur Mestresse, et m'assurer qu'encor qu'elle fût absente elle desiroit de communicquer, aussy bien que eulx, qui estoient présentz à ceste conjouyssance, que je cellébroys, de l'heureux retour de Vostre Majesté; et que, non seulement elle leur avoit volontiers donné licence d'y venir, ains avoit prins grand plésir de voyr que, allègrement et fort vollontiers, ilz y venoient. Pour laquelle honneste démonstration d'elle, j'ay pryé le Sr de Walsingam de luy dire que, mille et mille foys, je luy baysois très humblement les mains, et que je ne fauldroys de le signiffyer à Vostre Majesté. Et vous puis dire, Sire, quand à iceulx seigneurs du conseil, qu'il n'y en a eu pas ung qui n'ayt mis quelque honneste propos en avant pour honnorer vostre valeur et vertu, et pour cellébrer les rares et excellantes qualitez que Dieu a mis en vostre personne; monstrans ung singullier desir que l'amityé puisse continuer, bonne et droicte, entre Vostre Majesté et la Royne, leur Mestresse, avec une bonne et parfaicte intelligence entre voz deux royaulmes.
Sur quoy je leur ay remonstré que c'estoit de eulx mesmes que principallement avoit à dépendre le succez de ce grand bien, parce qu'ilz guidoient les intentions de leur Mestresse, et régloient les actions de ses subjectz; et que je les priois qu'à l'appétit et persuasion d'aulcuns, qui se faisoient, à crédit, et sans aulcune juste occasion, eulx mesmes malcontantz, ilz ne voulussent dellibérer chose aulcune, ny en dissimuler nulle aultre, par deçà, qui peût susciter de l'altération en ceste bonne amityé: car pouvoient penser que ce ne seroit par injures et déplaysir, ains par honnestes gratiffications, et mutuelles bénefficences, que la dicte amityé se rendroit perdurable.
Ilz m'ont répliqué que pleût à Dieu que toutz ceulx de vostre conseil fussent d'aussy bonne intention vers la dicte amityé, et aussy promptz de la vous persuader, comme ilz la desiroient de leur part, et estoient prestz de la conseiller toujours à leur Mestresse; et qu'encor que, quelquefoys même, ilz ne le vouloient pas nyer, ilz prêtassent l'oreille aulx malcontantz, sellon qu'il n'estoit pas expédient de la leur fermer du tout, si me prioient ilz de croyre qu'ilz sçavoient assez bien comme s'excuser, et se couvrir de leurs importunitez, et qu'en effect vous ne trouveriez que toute bonne correspondance en leur Mestresse, et en eulx, et en tout ce royaulme, pour veu qu'ilz peussent cognoistre de la disposition bonne en Vostre Majesté.
J'ay à eulx toutz, en général, et encores à quelques ungs, en particulier, aprofondy davantage ce propos, parce que, le jour précédant, estant la nouvelle, dont j'ay faict mencion en la fin de ma dernière dépesche, arrivée, j'eus advertissement que Me Quillegreu, lequel est assez dilligent de brouiller tousjours les affères, estoit aussy allé trouver Mr de Méru, et avoit assemblé les plus aspres ministres chez luy, et puis l'avoit mené à Amtoncourt. De quoy m'estant imprimé beaucoup de souspeçon, j'ay bien voulu tout clèrement la leur descouvrir, mais ilz m'ont pryé de n'estre en peyne, et n'en vouloir encores donner, de cest endroict, à Vostre Majesté; car vous estiez en très bons termes avec la Royne, leur Mestresse, pour establir une mutuelle et très ferme assurance entre vous, et que pourtant il se failloit bien garder de ne rien précipiter.
Et s'en estantz, le jour d'après, iceulx seigneurs tournez vers leur Mestresse, ilz ont trouvé que le frère de milord de North estoit arrivé, lequel, en passant, a tenu à ceulx de ses amys, qu'il a rencontrez en ceste ville, plusieurs propos de fort grande satisfaction, du lieu d'où il venoit. Et j'ay aussytost envoyé en court, pour observer, au vray, le rapport qu'il y feroit.