J'ay retiré, avec assez de difficulté, ung passeport, signé de huict de ce conseil, pour envoyer ung des miens porter les lettres de Vostre Majesté en Escosse; mais je suis tousjours en peyne de ce que j'ay mandé, par mes précédantes, que le comte de Morthon ne voudra, en façon du monde, recepvoir personne qui n'ayt addresse au Prince d'Escosse comme à Roy, et à luy comme à régent. Dont attandray encores le segond commandement de Vostre Majesté là dessus. Et vous diray cependant, Sire, que j'ay faict une négociation, depuis huict jours, en quelque endroict de ce royaulme, par laquelle j'espère qu'il sera mis assez d'empeschement à celle tant chaude praticque, qu'on menoit, d'avoyr le dict jeune Prince d'Escosse par deçà, et que les picques, qu'on nourrissoit entre ceste princesse et la Royne d'Escosse, demeureroient pour la pluspart esteinctes. Du Rua n'a point encores esté renvoyé par le vidame, et sont, toutz deux, avec le prince d'Orange. Ce qu'il a publié, que les affères alloient bien, de là où il venoit, semble avoyr esté plus dict à artiffice, pour le cuyder ainsy fère acroyre, que pour la vérité. Car l'on a, depuis, remarqué que les ministres ont esté fort troublés du peu d'espérance, qu'il leur a donnée, que les forces d'Allemaigne vueillent marcher pour eulx, s'il n'y a du contant, ou assurance de plus grand somme, qu'ilz n'ont moyen, pour encores, de fournir, ny de bailler respondant. Et vouloit le dict Rua destourner le vidame de n'aller poinct par dellà, l'assurant qu'il n'y advanceroit rien. Néantmoins les ministres, pour maintenir, par ung aultre endroict, leurs affères en réputation, publient que Mr le maréchal Dampville s'est ouvertement déclaré pour eulx, et qu'il s'est saysy de Beaucayre, Montpélier, Aygues Mortes et Narbonne; et que le cappitaine Montbrun a deffaict sept enseignes de gens de pied de Vostre Majesté, et qu'à Lusignan, ceulx de dedans ont faict une si brave sallye, qu'ilz ont mis en roupte tout le camp de Mr de Montpensier: et s'y mesle, je ne sçay quoy, de Mr de Savoye, ez dictz propos, que je n'ay encores bien comprins. Sur ce, etc.

Ce XIIIe jour de novembre 1574.

ADVIS, A PART, A LA ROYNE.

Madame, en ceste conférance, que j'ay eue avec le comte de Lestre, oultre les propos que je déduictz en la lettre du Roy, vostre filz, qu'il m'a tenuz, il m'a dict davantage que la Royne, sa Mestresse, ne se pouvoit donner, à ceste heure, tant de repos, du costé de France, comme elle avoit faict jusques icy, parce qu'on luy avoit révellé que Vostre Majesté ne l'aymoit nullement, et que toutes ces honnestes démonstrations, dont uziés vers elle, n'estoient que pour l'entretenir, pendant que le Roy, vostre filz, et Vous, estiés bien empeschés ailleurs; mais que, toutz deux, luy gardiés une dangereuse pensée, pour l'effectuer, quand le temps vous y pourroit servir;

Néantmoins qu'elle résistoit fort à ceste persuasion, et desiroit, plus que chose du monde, qu'elle peût cognoistre qu'il en alloit aultrement, car, si elle se pouvoit bien assurer de vostre droicte amityé, encor qu'elle se sentît bien avoyr des ennemys près du Roy, néantmoins elle n'auroit plus à estre ny en difficulté, ny en doubte, d'aulcune chose de dellà.

Sur quoy j'ay admené au dict sieur comte la pluspart des évènementz, qui ont apparu en la Chrestienté, depuis que Vostre Majesté manye les affères de France jusques à maintenant; et que l'ordre et succez d'iceulx avoit bien peu fère voyr à la Royne, sa Mestresse, que, oncques, il ne luy estoit advenu de rencontrer une si constante amye, ny sy persévérante, en toutes occasions, comme Vostre Majesté luy avoit toujours esté.

Et l'ay pryé qu'il voulût bien remarquer cella pour en rendre capable sa Mestresse, et pour la mettre hors de ceste faulce et fascheuse impression qu'on luy avoit voulu donner. Ce qu'il a monstré de beaucoup gouster, et m'a promis de fère en sorte que sa Mestresse le gousteroit, et s'en contanteroit.


Et me remettant, Madame, pour ceste foys, de toutes aultres choses au contenu de la lettre du Roy, vostre filz, je adjouxteray seulement, icy, une nouveaulté qui est arrivée, en ceste ville, le VIe de ce moys, qu'après la première marée du matin, ainsy que l'eau commançoit à baysser, une aultre marée est soubdain revenue, qui a remonté: et est venue si haulte qu'elle a inondé bien avant dans le pays, chose que ceulx cy ont prinse pour un grand présage et y donnent diverses interprétations.