(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Audience.—Nécessité de faire surveiller les protestans qui passent d'Angleterre en France.—Démarches faites par l'ambassadeur auprès de Mr de Méru.—Plaintes de l'ambassadeur à raison de l'oubli dans lequel on laisse ses services.—Mémoire. Détails de l'audience.—Réponse d'Élisabeth à la déclaration du roi qu'il veut maintenir l'alliance avec elle.—Protestation d'amitié de la part de la reine d'Angleterre.—Ses instances pour que la paix soit rétablie en France.—Conférence de l'ambassadeur avec les seigneurs du conseil.

A la Royne

Madame, ce que j'ay recueilly des propos et responces de la Royne d'Angleterre en ma dernière audience, je le metz assez particullièrement en ung mémoire à part au Roy, vostre filz, et me reste seulement de vous dire que la dicte Dame supplie Vostre Majesté de se souvenir que, au premier an du règne du feu Roy, Françoys, vostre filz, vous luy promistes l'amityé de voz enfantz; dont elle vous prie tenir vostre parolle pour le Roy, qui est à présent, ainsy qu'avez faict pour les deux passez; et qu'elle ne doubte nullement que n'ayés encores l'affection très bonne au propos que luy aviez mis en avant pour le quatriesme; mais l'on s'est bien fort escarté de la voye de l'effaictuer, néantmoins qu'il ne sera jamays qu'elle ne luy vueille beaucoup de bien, et qu'elle ne l'honnore et n'ayt une très bonne opinyon de luy.

Je suys adverty, Madame, qu'il y a ung ministre, nommé Joys, homme de lettres, nourry longtemps en Angleterre, lequel, partant d'icy, disoit s'en aller en Constantinople, qui s'est arresté à Paris, et escript souvent par deçà, et mande plusieurs choses à l'advantage des eslevez, et qu'ilz obtiendront, ceste année, tout ce qu'ilz vouldront; dont, de tant qu'il parle plusieurs langues, et que, soubz ombre de hanter les collèges, pour l'occasion des lettres, il pourroit praticquer des intelligences dans la ville contre le service de Voz Majestez, il sera bon de le fère chasser ou aulmoins prendre garde à luy.

J'ay parlé à Mr de Méru, et n'ay rien obmis du postscripta de la lettre du Roy ni des poinctz qu'il vous pleut toucher au Sr de Vassal. Je l'ay trouvé en collère et malcontant; mais il a remis de me respondre, dans ung jour ou deux, dont, par mes premières, je vous feray entendre ce qu'il m'aura dict. Et persévérant plus que jamays, Madame, à vous supplyer très humblement pour mon congé, sellon que je sentz, de jour en jour, diminuer ma santé et me croystre plusieurs manquementz en la continuation de ceste charge, je pryeray le Créateur, etc.

Ce IIIe jour de décembre 1574.

Je ne sçay de quelz termes uzer pour me douloir, à Vostre Majesté, de m'avoyr, non oublyé, mais déjetté très honteusement de celle grande distribution de biens qui a esté faicte, à l'arryvée du Roy, vostre filz. Aulmoins me debvoit ce béneffice, qu'on m'a osté, qui estoit tout mon bien, estre rendu; et ne puis dire, Madame, sinon que je suis celluy, à qui il vous playst de fère porter la plus notable marque d'indignité et de défaveur, et de malcontantement, qu'à nul aultre gentilhomme, qui soit au service de Voz Majestez; et je laysse bien à Dieu, et elles, de juger si je l'ay mérité.

MÉMOIRE AU ROY.

Sire, il n'est besoing que je vous racompte les propos que j'ay tenus, ceste foys, à la Royne d'Angleterre, car je les ay prins de la lettre que Vostre Majesté m'a escripte, le Xe du passé, et il sera facille de comprendre quelz ilz ont esté par les responces que la dicte Dame m'a faictes, qui sont, en substance, comme s'ensuyt: