Que jamays chose ne luy estoit mieulx advenue, sellon son desir, que l'effaict de la légation de milord de North, puisque, des lettres qu'elle vous a escriptes par luy, et des poinctz qu'il vous a explicqué de sa créance, il vous reste du contantement; et que toute l'ambassade et l'ambassadeur vous ont esté agréables, car la principalle intention qu'elle a eue, en le vous envoyant, a bien esté d'honnorer vostre grandeur, et donner ung évident tesmoignage au monde de l'affection qu'elle porte, très bonne et de très bonne seur, à Vostre Majesté, et à l'establissement de voz affères;
Qu'elle a ung singullier playsir de voyr, par ce commancement, que vous voulez tenir en quelque bon compte son amityé, et luy donner à elle une très grande espérance de la vostre; que ce qu'elle desire maintenant, le plus au monde, est que les choses puissent ainsy procéder entre vous que vous ayez mutuellement à prendre une très assurée confiance l'ung de l'aultre;
Que nulle meilleure ny plus honnorable nouvelle eust elle peu entendre de voz vertueuses dellibérations, que celle que je luy ay assurée que, de vostre propre naturel vous avez, de vouloir résoluement tenir voz promesses, et manquer plustost à la vye que à la parolle que vous aurez une foys donnée; que, sur le solide fondement de ceste vostre constante volonté, laquelle estoit vrayement royalle et digne de vous, qui estiez par extraction, et par élection, et par succession, le plus royal prince qui ayt esté, de longtemps, en la Chrestienté, elle se disposeroit en telle sorte vers vostre amityé que, s'il n'y deffailloit de correspondance, de vostre costé, vous pourriez fère estat d'avoyr en elle la plus entière et parfaicte bonne sœur, et bonne amye, qui fût au monde;
Qu'elle ne vouloit nyer qu'on ne luy eût voulu donner quelque male impression des promesses, à quoy on vous pouvoit avoyr obligé, passant par l'Italie, contre elle, et contre le repos de son royaulme, ou contre sa religyon; dont se resjouyssoit bien fort de ce que luy donniés parolle qu'il n'en estoit rien, et que vous vous trouviez libre de toutes ligues et obligations, sinon des anciennes de vostre couronne, et de celle que pouviez avoyr avec elle, à cause du sèrement du feu Roy, vostre frère, et avec le royaulme de Pouloigne, à cause du vostre;
Que, puisque vous estiez résolu de vivre en bonne intelligence avec les princes et estatz voz voisins, qui la voudroient avoyr bonne avecques vous, que vous la vous pouviez ardiment promectre très seure et perdurable, de son costé; car, tant qu'elle vivroit, vous en pourriés fère très certain estat;
Que nulle chose au monde vous pouvoit elle plus louer, ny plus recommander, que celle voye de paix, que proposiez de suyvre, pour mettre le repoz en vostre royaulme, et que celluy vous seroit bien traistre et infidelle, voyre très cruel ennemy, qui vous ozeroit conseiller, ou dire, qu'il ne fût honnorable et utille, et mesmes très nécessayre de la fère;
Que, pour le bien universel de la Chrestienté, elle se sentoit obligée, entendant le grand progrès des armées et victoires du Turc sur les Chrestiens, et des appareils qu'il faict pour entreprendre plus avant, de vous supplier que vueillez embrasser la paix publicque et unyon des dictz Chrestiens; mais encores plus, pour vostre bien et repos particullier, elle vous vouloit fort expressément exorter d'amortyr, en toutes sortes, ces guerres de vostre royaulme, et y employer si avant vostre clémence et doulceur, et l'authorité de vostre foy et parolle, que voz subjectz puissent seurement retourner à l'obéyssance et subjection qu'ilz vous doibvent;
Qu'elle n'approuvoit nullement les armes des eslevez, en quelle façon, ny soubz quel prétexte, qu'ilz les eussent prinses, et mesmement en ce qui se faysoit hors de la considération de la religyon, et qu'elle s'esbahyssoit assés de Mr le maréchal Dampville, et n'avoit, depuis la nouvelle qui estoit venue de sa déclaration, veu Mr de Méru, son frère, ny ne le verroit, s'il apparoissoit en luy ung seul signe de rébellion;
Néantmoins qu'elle entendoit que la craincte de mort et l'injustice faysoient renger un grand nombre de voz subjectz à la deffansive, et prendre voz villes et places pour lieu de refuge, et passer encores à l'offensive, et attirer troubles sur troubles, et susciter les estrangers dans vostre royaulme;
Sur quoy, pour la singullière affection qu'elle avoit à la conservation de vostre grandeur, et de vostre couronne, elle vous prioit de rompre, le plus tost que vous pourriez, le cours de ce malheur, et prendre, de bonne part, si elle vous disoit librement que les choses, mal passées contre ceulx de la nouvelle religyon, requerroient que vous ne refusissiez ny trouvissiez mal honnorable, ny contre vostre réputation, de les accomoder maintenant de quelque honneste seureté.