Ces responces de la dicte Dame, qui ont esté plus expresses et plus considérées que nulles aultres qu'elle m'eût guyères jamays faictes, m'ont baillé argument de luy mettre bien devant les yeux la conséquence de ceste cause, et combien ceulx, qui s'efforçoient de la luy desduyre pour bonne et soubstenable, bandoient desjà, et dressoient de semblables rébellions contre elle; et qu'elle considérât si, de Vostre Majesté, qui aviez, premier que d'estre Roy, combatu, l'espace de sept ans, très courageusement, et azardé souvant, et mis en manifeste danger vostre propre personne, pour la religyon catholicque, ce n'estoit pas assés, maintenant que estiez monté à la couronne, et que la somme de toutes choses estoit parvenue en voz mains, d'accorder, à iceulx de la dicte religyon, l'abolition du passé, la jouyssance de leurs biens, la demeure paysible de leurs maysons, et la liberté de leur conscience; et que, de demander davantage, c'estoit par trop forcer la volonté qu'ilz sçavoient bien que vous aviez, qui estiez leur Roy, et leur prince;
Que néantmoins vous donniez ceste parolle à la dicte Dame qu'il n'y auroit aulcune honneste ny tollérable condicion, pourveu que n'offançât vostre honneur, que ne fût accordée à voz dictz subjectz, pour les fère revenir à leur debvoir; mais aussy que, quand vous auriez faict ainsy le vostre envers Dieu et les hommes, vous protestiez bien d'employer toutes les forces et moyens, que Dieu vous avoit donnez, et n'en laysser ung seul en arrière, de toutz ceulx que vous pourriés mouvoir en la Chrestienté, pour réprimer justement la présumption et témérité de ceulx qui, inicquement, persévèreroyent d'estre rebelles contre vous; et qu'en ce cas vous l'adjuriez, elle, de non seulement leur dénier la faveur et apuy de ce royaulme, mais de joindre ses forces aulx vostres pour extirper de la terre ung si pernicieux exemple que le leur.
A quoy elle m'a respondu qu'elle se souvenoit tant d'estre Royne, et de vous estre, pour cella, conjoincte d'estat, qu'elle ne manqueroit jamays à nul debvoir de bien bonne seur vers Vostre Majesté, et qu'après que milord de North seroit arryvé, et qu'il luy auroit faict le récit des choses de dellà, nous pourrions lors poursuivre plus amplement ce propos; et qu'elle s'esbahyssoit comment il ne vous avoit parlé du faict de la navigation, et de l'administration de la justice à voz mutuelz subjectz, car il en avoit eu charge, et qu'elle ne desiroit rien tant que d'y pourvoyr, par bonne intelligence, avecques vous, et députer, pour cest effect, deux de son conseil, ainsy que Vostre Majesté en avoit depputé deux du sien; et que, quand le gentilhomme, que dellibériez envoyer vers elle, seroit icy, elle nous feroit rendre, par son admiral et par les officiers de la marine, ung si bon compte de leurs depportementz passez, en tout ce qui avoit concerné les Françoys, qu'elle espéroit que vous en demeureriez contant.
Et, là dessus, m'estant licencyé de la dicte Dame, j'ay estimé bon de déduyre aulx seigneurs de son conseil ce que j'avoys dict à elle, affin de bailler à ceulx, à qui reste encores quelque affection vers Vostre Majesté, de quoy pouvoir fère incliner leurs dellibérations, le plus qu'il leur seroit possible, au bien de vostre service. Lesquelz ont monstré toutz d'estre bien fort ayses de l'assurance, que je leur ay donnée, de vostre bonne intention vers leur Mestresse, et vers eulx, et vers l'estat de ce royaulme. Et leurs responces m'ont assez contanté, sinon en ce que l'ung d'eux m'a dict fort rondement que, voyantz la profession, que Vostre Majesté avoit jusques icy faicte, de se monstrer adversayre de leur religyon, qu'ilz ne pouvoient interpréter l'effaict de voz armes, sinon qu'elles estoient dressées et s'exécutoient contre eulx, et que vous pouviez bien fère estat qu'ilz n'estoient pour se déjoindre aulcunement de la cause de leur dicte religion. Et ne m'estant pas, en toutes choses, si bien accordé avec eulx comme avec la dicte Dame, nous n'avons passé plus avant.
CCCCXXIe DÉPESCHE
—du VIIe jour de décembre 1574.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau.)
Négociation de l'ambassadeur avec Mr de Méru.—Nouvelles de Marie Stuart; crainte qu'elle ne soit commise à la garde de l'un de ses ennemis.—Sollicitations des réfugiés.—Retour de lord de North.—Mémoire. Détails de la négociation avec Mr de Méru.—Desir du roi qu'il serve d'intermédiaire pour procurer la paix.—Plainte de Mr de Méru contre la conduite tenue a l'égard des Montmorenci.—Leur justification.—Assurance de leur entier dévouement au roi.—Desir de Mr de Méru que Mr de Montmorenci, son frère, soit lui-même choisi par le roi comme négociateur.—Déclaration du capitaine La Porte.
A la Royne