LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XIe jour de juing 1571.—

Satisfaction du roi au sujet de la conférence de l'ambassadeur avec Leicester et Burleigh.—Négociation relative à Marie Stuart.—Assurance que le mariage du duc d'Anjou sera profitable aux partisans de la reine d'Écosse.

Monsieur de La Mothe Fénélon, la dernière dépesche que je vous ay faicte, par la voye de la poste, qui est du IVe de ce moys, a esté principallement pour respondre à la vostre du XXVIIIe du passé, de laquelle dépend celle que j'ay receue despuis par le courrier Nicolas, dattée du IIe jour de ce dict moys[99], contenant la conférance que vous avés eue avec le comte de Lestre et milord Burgley sur les mesmes propos que vous aviés, le jour précédent, tenus à la Royne d'Angleterre, leur Maistresse, pour les affaires de ma sœur, la Royne d'Escosse; ayant veu que vous avés fort bien et sagement répliqué à la responce qu'ils vous firent à ce que leur proposastes; dont toutesfois vous n'avés eu enfin aulcune satisfaction sur les chefs que leur baillastes par escript lors, sinon qu'il falloit attandre le retour du mareschal de Barwich qui a esté envoyé en Escosse; la charge duquel j'ay bien esté aise d'entendre si particullièrement que me l'avés mandé par vos dictes lettres, lesquelles me font entrer en opinion que ma dicte sœur et cousine, la Royne d'Angleterre, veut tanter tous les moyens qu'elle pourra, pour exécuter du costé d'Escosse et y faire ses affaires, et cependant me paistre de parolles.

Voylà pourquoy il fault avoir l'œil ouvert en cessy, et que, suivant mes dernières lettres, vous monstriés tousjours clairement que c'est chose à quoy je m'opposeray. Et cependant, en quelque sorte que ce soit, faictes tousjours pour ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et ses bons subjects, tout ce qui vous sera possible, mesmement à ceste heure, et durant la détention de l'évesque de Ross, qu'elle n'a personne qui entende à ses affaires; car cella servira à deux effaicts: l'un, pour voir plus clair en ce que sçavés, touchant les dictes petites lettres, et advancer cella, si l'on marche de bon pied de delà, ainsi que nous voulions faire de deçà, si cognoissons qu'il y ait affection; et l'aultre, en tout évènement, aydera tousjours à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et ses bons subjects que je ne veux aulcunement abandonner; car tousjours, quand l'effaict des dictes petites lettres réheussira, ce sera leur bien; et si aussy nous cognoissons qu'il y ait, au faict d'icelles petites lettres, de l'artifice et fiction, nous serons sur nos pieds de faire en Escosse tout ce que nous pourrons, suivant la maxime que j'ay prise en cella dès le commencement. Cependant je vous asseure que j'ay bien agréable la façon que vous tenés de négotier le faict des dictes petites lettres; en quoy je vous prie continuer d'affection et vous me fairez servisse; priant Dieu, etc.

Escript à Lions le XIe jour de juing 1571.

CHARLES. PINART.

LXXXVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.