du XVIIIe jour de juing 1571.—

Mission donnée à Mr de Larchant de passer en Angleterre.—Crainte des projets qu'Élisabeth peut avoir sur l'Écosse.—Ferme résolution du roi de défendre ce pays contre elle par tous les moyens qui sont en son pouvoir.—Nouvelle mission confiée à Mr de Vérac pour l'Écosse.—Instruction remise a Mr de Larchant sur la négociation du mariage.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay veu par vostre dépesche, du IXe de ce moys[100], la façon dont la Royne d'Angleterre a usé à la clôture de son parlement, et les termes en quoy elle demeure, affin que, quand elle voudra, elle le puisse continuer et rassembler, s'il advenoit qu'il y heust affaires pour elle, ou pour son royaume, qui le requissent. Cella me faict penser que c'est à quelque bonne intention et espérance que, si la négotiation du mariage d'entre elle et mon frère réheussit à bonne fin, comme j'espère et désire qu'elle fasse, son dict parlement ne sera point encore tant séparé qu'il ne se puisse bien remettre. Voylà pourquoy, affin de voir clair en la dicte négotiation, nous sommes résollus d'envoyer le Sr de Larchant, cappitaine de la garde de mon dict frère, le Duc d'Anjou, pour porter à la dicte Royne la responce des lettres qu'elle nous a escriptes, ces jours icy, de sa main, et à vous les mémoires de ce que nous desirons d'estre esclercis en ce faict, avant que d'envoyer gens de plus grande qualité de delà; ayant avisé de vous dépescher Sabran, présent porteur, devant luy, affin que vous en soyés adverti, et vous faire, par mesme moyen, responce au reste de vostre dicte dépesche du IXe de ce moys. A laquelle je vous diray que la résollution, qui a esté prinse par icelle Royne, de renvoyer, comme me mandés qu'elle a promptement faict, le cappitaine Briquonel, avec deux cents harquebusiers, trouver le comte de Lenox à Esterlin; et puis considéré qu'elle entretient à ses dépens, oultre cella, les cinq cents soldats escossois; et davantage qu'elle faict menasser ceux du parti de la Royne d'Escosse de leur courre sus: tout cella me faict penser, comme vous l'escrivés fort bien à la Royne, Madame ma mère, que icelle Royne d'Angleterre veut, non seullement faire enlever le Prince d'Escosse, si elle peut, et le faire mener, comme vous dictes, en Angleterre, mais il y a encore à craindre davantage: c'est que, pandant qu'elle void qu'ils se sont rebrouillés en Escosse, et qu'elle nous entretient tousjours en espérance de faire bien pour la Royne d'Escosse, et durant ce propos de mariage, qu'elle tasche, par tous moyens, à se saisir aussi de Dombertrand et de Lislebourg, ou pour le moins y mettre gens à sa dévotion, pour, puis après, se rendre maistresse de l'Escosse.

C'est à quoy il faut que vous preniés garde soigneusement et que vous démonstriés tousjours clairement à icelle Royne d'Angleterre et à ses ministres, comme je vous ay escript par mes trois dernières dépesches, que, si elle entreprend quelque chose de ce costé là, je me délibère, suivant les anciens traictés et alliances, qui sont entre moy et les Escossois, de donner, de mon costé, toute l'assistance qu'il me sera possible à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et à ses bons subjects. Et affin que nous ne nous endormions poinct sur cella, il fault que vous pénétriés si souvent en la délibération de la dicte Royne d'Angleterre, et que vous fassiés en sorte que nous puissions sçavoir quelle délibération elle a du dict costé d'Escosse, et, aussy, si elle a sincère vollonté au dict mariage d'elle et de mon dict frère; car nous sommes tousjours en quelque doubte, ayant veu qu'elle a si souvent esté en termes de se marier avec de si grands princes, qu'elle veuille faire, en nostre endroict, comme elle a tousjours faict avec les aultres, et cependant se servir du temps, et faire ses affaires, non seullement à mon préjudice, mais aussy en moquerie et risée de nous par toute la Chrestienté.

Et affin que cella n'advienne point, je fairay tousjours, du costé d'Escosse, comme je vous ay escript; et, pour y avoir plus d'intelligence, je renvoye Vérac pour y résider. J'espère qu'il y sera dans huit ou dix jours, avec lettres et moyens tant au duc de Chatellerauld, lair de Granges, Ledinthon, que aultres seigneurs d'Escosse, que j'estime qui me sont bien affectionnés, et à ma dicte sœur la Royne d'Escosse, pour tousjours les entretenir en toute bonne affection en mon endroict, comme je desire qu'ils soyent suivant nos dicts anciens traictés, soit que le dict mariage réheussisse, ou non, ayant commandé au dict Vérac de vous tenir adverti de tout ce qui se faira au dict païs d'Escosse: aussy faudra il que vous luy escriviés, affin que vous ayés toute bonne correspondance et intelligence ensemble, et que mes affaires et intentions se puissent mieux conduire cependant. Je desire bien fort que l'exploit et l'entreprise que vous m'avés mandé par vostre dicte dernière dépesche, qui se debvoit exécuter par les dicts bien affectionnés subjects de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, soit bien réheussie, et qu'il se fasse tousjours tout ce qu'il sera possible pour affoiblir le parti de ceux qui affectionnent, en Escosse, la dicte Royne d'Angleterre; et que vous fassiés aussy, par tous moyens, ce que je vous ay souvent escript en chiffre: car il n'y a rien qui fasse plus haster la Royne d'Angleterre en la dicte négociation des petites lettres, ni qui soit plus nécessaire pour le repos de mon royaulme et bien de mes affaires, pour lesquelles vous estes, au demeurant, si amplement instruict de mon intention, qu'il n'est besoin de vous faire plus longue lettre. Aussy n'estendray je ceste cy davantage que pour prier Dieu etc.

Escript à Gaillon, ce XVIIIe jour de juing 1571.

CHARLES. PINART.

MÉMOIRE ET INSTRUCTION A Mr DE LA MOTHE,
pour instruire Mr de Larchant de ce qu'il aura à faire au voïaige qu'il faict en Angleterre (original).

(Dressé par Mr De Foix.)

Il est nécessaire, une des deux choses: ou respondre aux demandes de la Royne d'Angleterre par escript, et le mander à Mr de La Mothe, pour le bailler à la Royne d'Angleterre et le monstrer, icy, à son ambassadeur;