Convalescence de la reine-mère.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous verrés par la lettre du Roy[9], Monsieur mon fils, l'occasion de ceste despesche, qui me gardera de vous en rien dire, sinon que, grâces à Dieu, je me porte très bien, et suis en bon chemin de revenir en ma première santé; de quoy j'ay grande occasion de le louer et remercier; ce que je suis bien asseurée que vous fairés encore, de vostre costé, puisque je vous tiens pour le plus fidelle de tous mes serviteurs. Ce que j'ay bien voulu vous escrire et signer de ma main pour vous en asseurer davantage; priant Dieu qu'il vous ait en sa saincte garde.
De Nouyon le XVIIe jour d'apvril 1569.
CATERINE.
VII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
—du XIVe jour de may 1569.—
Délai nécessaire pour prendre une résolution sur les offres secrètes faites à l'ambassadeur par les seigneurs catholiques d'Angleterre.—Succès remportés par le duc d'Anjou.—Confiance du roi que le duc de Deux-Ponts ne pourra pas traverser la France.—Mort de Mr d'Andelot.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je voulois vous renvoïer le Sr de La Croix, aussitost après son arrivée par deçà, bien instruit sur tous les poincts principaulx de sa despesche[10]; mais d'autant que je ne le trouvai pas disposé de pouvoir si tost retourner par devers vous, pour beaucoup de raisons qu'il m'allégua, et aussi que je considéray qu'il estoit nécessaire de prendre une bonne et meure délibération sur un faict de telle importance, en lieu de sesjour, et où on eust eu loysir d'y penser; joint qu'il me semble n'estre pas à propos de commettre une affaire de telle conséquance entre les mains de personne qui n'eust autant de connaissance des affaires de delà comme le Sr de La Croix, je pensay, pour toutes ces raisons, qu'il seroit bon de différer jusques à tant que je visse quel train prendroient les affaires, de ce costé, et de Flandres, suivant lesquelles je pourrois vous despescher le dict Sr de La Croix pour vous faire sçavoir, plus au long, mon intention. Et cependant, pour vous donner plus de lumière de ce qui se passe par deçà, je vous dirai en quel estat sont mes affaires.
Vous avés sceu, Monsieur de La Mothe Fénélon, comme mon frère, le Duc d'Anjou, aïant battu mes ennemys par deux ou troys fois, il y est demeuré si bon nombre des leurs que, jusques icy, ils ont quitté la campagne, et se sont retirés ès petites villes qu'ilz avoient cy devant prises et occupées, layssans néantmoins toujours quelque nombre de cavaliers pour tanter s'il y auroit aucun moyen de passer la rivière de Loyre pour aller joindre leurs Allemands. Ce que prévoyant, mon dict frère a faict en sorte qu'avec son infanterie s'est attaché aux places, d'une bonne partie dequels il s'est déjà fait maistre; et avec la cavalerie s'est mis en lieu si à propos que, n'estant guières esloigné de la dicte infanterie, et toujours proche des passages de la rivière, il luy est facile, en peu de temps, secourir sa dicte infanterie, si elle en avoit besoing, ou bien empescher ceux qui voudroient passer la rivière; tellement que eux, réduits à ceste extrémité de ne pouvoir attenter aucune chose sur l'infanterie, qui est après à remettre les dictes places à mon obéissance, et ne pouvans aussi tenter aucun passage de la rivière, sans estre perdus et deffaits, je vous laisse à juger en quel estat ilz sont.