Il leur reste ceste seule espérance pour dernier reffuge que le duc de Deux Ponts se hazardera tant que de les aller chercher jusques là où ils sont, à quoy il n'y a pas grande apparance qu'une armée d'estrangers, suivie d'une autre, aussi puissante à peu près, qui n'a aucunes villes à soy, sans passage de rivière, n'estant favorisée de qui que ce soit en mon royaume, mourant de faim, travaillés et incommodés si souvant, puisse faire tant de chemin sans se perdre et dissiper d'elle même, quand bien je n'aurois aucunes forces pour les combattre.
Tout cela me faict espérer que leurs affaires n'yront pas si bien qu'ils voudroient le faire croire à un chascun, estant leur ressource fondée sur le secours du dict duc, lequel est véritablement avancé dedans mon royaume jusques près d'Autun; mais avec perte de tant de gens que, s'il continue à se laisser battre comme il a fait jusques icy, il n'yra guères loing, sans se repentir, à bon escient, de la folle entreprise qu'il a faicte d'entrer dedans ce royaume, et vouloir passer la rivière de Loyre, à laquelle on a si bien pourveu.
Voylà, Monsieur de La Mothe Fénélon, comme vont mes affaires de deçà, que je désire que vous fassiez entendre bien au long à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, comme chose certaine et véritable, et non pas ce que mes rebelles luy veulent imprimer et faire croire, qui ne sont que mensonges et tromperies; et que l'asseuriés toujours de la continuation de ma bonne amytié en son endroict, comme je luy fairai paraistre par effect. Aussi attends je d'elle le semblable, comme elle m'a toujours promis et asseuré, ce que vous sçaurez bien et sagement faire entendre; et la conforterez en ceste opinion, la sollicitant des effects convenables et nécessaires à la conservation de la dicte amytié, si vous voyés que ses ministres la veuillent persuader du contraire; priant Dieu, etc.
A Reyms le XIVe jour de may 1569
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis cette despesche faicte, j'ay eu advis certain que Mr d'Andelot est mort, ayant été frappé à la deffaite que fit mon frère, le Duc d'Anjou, dernièrement sur eux, d'un coup d'arquebuze dont il n'est depuis sceu guérir, ce que vous fairés bien entendre à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, m'asseurant que telles nouvelles luy apporteront plaisir.
Ce XIVe jour de may 1569.
CHARLES. DE L'AUBESPINE.
VIII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
—du XXVIIIe jour de may 1569.—