Et m'ayant là dessus respondu le dict Sr de Walsingam qu'il pensoit que ce seroit chose fort difficile, et qui ne se pourroit faire; je luy ay dict que je m'estois assez enquise de la vollonté de mon dict filz, mais que, le cognoissant comme je fais, je sçavois bien qu'il avoit tant de révérence à sa religion que, pour devenir le plus grand monarque du monde, il ne voudroit perdre à la pouvoir exercer publiquement avec tous les siens en telle liberté que sa conscience le luy commande, et pour rien du monde se mettre en danger d'y estre aucunement empesché soubz quelque petite permission que luy en pourroit faire ma dicte bonne sœur, à laquelle je m'asseurois qu'il n'avoit aultre vollonté, toute sa vie, que de faire servisse, se sentant luy estre obligé.

Vous ayant voulleu faire ce discours de tous ces propos que j'ay eu avec le dict Sr de Walsingam, affin que, en donnant advis à sa Maistresse, vous en soyés, de vostre part, informé, et en parliés ce mesme langage; réservant toutesfois à luy dire rien de ce dernier poinct, contenant la vollonté de mon dict filz, si elle ne vient à vous en parler la première; auquel propos vous luy pourrés dire davantage que, par là, elle peust cognoistre qu'il ne tient de nostre costé que les choses n'ayent esté conduittes à l'effaict que nous avons tant désiré. Et si, là dessus, pour luy faire mieux cognoistre combien nous avons envie de contracter alliance avec elle, et nous asseurer de son amitié, vous luy mettiés en avant mon filz le Duc d'Alançon, pour entrer en ceste place, lequel ne se randroit pas si scrupuleux au faict de sa dicte religion que faict mon dict filz, le Duc d'Anjou, j'estime que cella ne viendroit pas mal à propos. Toutesfois c'est chose que je remets à vostre jugement pour en faire selon ce que vous estimerés, voyant l'estat présent des choses s'en debvoir faire pour le mieux, ou bien s'il sera meilleur d'attandre à en faire l'ouverture au milord que doibt envoyer par deçà ma dicte bonne sœur.

Vous adjousterés à ce que dessus que nous sommes bien marris que nous n'avons une aultre personne, semblable à mon dict filz d'Anjou, pour la luy offrir; mais qu'il n'y a pas grande différence entre luy et mon dict filz d'Alençon, qui l'aprosche d'aage d'un an, estant toutesfois, selon que je vous mande, et que vous jugerés estre pour le mieux. Et sur ce, etc.

Escript à Blois, le XXVIIIe jour de septembre 1571.

CATERINE. BRULART.

XCVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du VIIe jour d'octobre 1571.—

Affaires d'Écosse.—Conférence de l'archevêque de Glascow avec Catherine de Médicis.—Vives sollicitations de sa part pour obtenir en faveur de Marie Stuart des secours d'hommes et d'argent.—Impossibilité où se trouve le roi d'envoyer un secours d'hommes.—Consentement donné à l'envoi d'un secours d'argent.—Instances que doit faire l'ambassadeur auprès d'Élisabeth pour Marie Stuart.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurés entendu par la lettre que vous a escript la Royne, Madame ma mère, du XXVIIIe du passé, le propos qu'elle et le Sr de Walsingam ont eu ensemble, mesmes touchant le faict de la Royne d'Escosse, ma belle sœur, que je touche seullement d'aultant que la présente que je vous fais ne regarde que ce qui concerne ma dicte belle sœur; de laquelle je vous diray que l'ambassadeur vint avant hier trouver ma dicte Dame et Mère, et amena avec luy le Sr de Flamy, luy faisant entendre, que sa Maistresse luy avoit mandé de s'en aller en Escosse pour essayer à regaigner ce qu'il y avoit perdu, et aussy pour luy faire servisse et s'employer à reconquérir les choses qui avoient esté usurpées par ses subjects rebelles; mais que, auparavant son partement, il l'avoit chargé de sçavoir quel secours de gens et d'argent il me plairroit de donner à ma dicte belle sœur, en la nécessité où ses affaires estoient à présent réduicts en son royaulme, lesquelz avoient plus de besoin du dict secours que jamais; d'aultant que, d'un costé, il semble que la Royne d'Angleterre veuille y envoyer gens de guerre pour favoriser ses dicts subjectz rebelles, et, d'aultre part, tant s'en fault que la mort du comte de Lenox, naguières advenue, ait apporté un meilleur succès en ses dicts affaires que, au contraire, les Amilthons qui, de son vivant et pour la hayne mortelle qu'ilz avoient contre luy, favorisoient le parti de ma dicte belle sœur, commencent à s'accorder avec les aultres qui sont demeurés après le décès du dict comte de Lenox; de sorte que, sans le dict secours, elle ne voyoit pas que ses dictz affaires ne feussene; que pour se porter fort mal.