du IIe jour de juing 1569.—
Satisfaction témoignée par le roi à l'ambassadeur.—Consentement donné à l'envoi de députés à Rouen pour traiter de la restitution des prises.—Voyage de la reine-mère à l'armée, à l'effet de prendre les mesures nécessaires pour arrêter le duc de Deux-Ponts dans sa marche.
Monsieur de La Mothe Fénélon, bientost après vous avoir faict ma dernière dépesche, du XXVIIIe du passé, qui vous a esté envoyée depuis cinq ou six jours, est arrivé le Sr de Vassal avec la vostre du XXIIIe du passé[13], fort ample sur toutes les choses qui se peuvent désirer d'entendre du lieu où vous estes; qui m'a esté d'autant plus agréable que j'ay bonne occasion de remarquer, en vous et en vos actions, toute la dextérité et diligence en un bon et fidel ministre et serviteur, ne pouvant que me servir infiniment à la conduite et direction de mes affaires, d'estre ainsy souvant et particulièrement adverti des humeurs et particuliers conseils de mes voisins. Si est ce que, n'y ayant dans vostre dépesche aucune chose qui requière une bien particulière réponse, je n'y entrerai plus avant que de vous prier de continuer ce que vous avez faict bien prudament jusques icy: qui est d'entretenir les seigneurs de ce conseil, que vous connoissés affectionnés à ma cause, en leur bonne volonté et user dextrement de la jalousie et deffiance, en quoy ils sont contre les autres, selon que vous pouvés juger qu'il viendroit à propos pour le bien de mes affaires, prenant soigneusement garde aux menées et pratiques de mes adversaires, à ce que, sinon du tout, au moins qu'ils remportent le moins qu'il sera possible en mon préjudice, et m'advertir souvent de toutes occurances.
Or, affin, Monsieur de La Mothe Fénélon, que les choses se puissent mieux establir à la conservation et entretènement de la paix entre ces deux royaumes, je trouve bon l'expédiant, que vous avés escrit à mon cousin le maréchal de Cossé, d'envoyer deux anglois en Normandie pour voir faire la délivrance des marchandises qu'ils maintiennent y avoir esté arrestées, et que mon dict cousin envoye deux de mes subjects, pour le mesme effect, en Angleterre, luy ayant dès maintenant escrit qu'il y satisface, au premier advis qu'il aura de vous, et qu'il donne tout libre accès aux dicts deux anglois pour l'exécution de ce que dessus; avant le partement desquels de leur pays, vous les fairés bien advertir qu'estans en mon pays, ils se gardent de toutes pratiques, ny de s'entremettre d'autre chose que du faict pour lequel ils seront venus, affin que, faisans le contraire, s'ils en estoient chastiés, cela ne fust cause de venir à nulle dispute avec ma bonne sœur, la Royne d'Angleterre. Laquelle pourra connoistre par là que je ne desire que l'entretènement des traittés de la paix d'entre nos deux royaumes.
Quant à mes affaires, les choses sont encore en l'estat que je vous ay fait entendre par ma précédente; sinon que la Royne, Madame et Mère, est partie, depuis quatre ou cinq jours, pour approcher de mon armée et conférer avec mon frère, le Duc d'Anjou, et les cappitaines qui luy adcistent, des moyens qui se debvront tenir pour rompre ou chasser le duc de Deux Ponts: dont je ne doubte point que Dieu me fasse la grâce, tant pour la justice de ma cause que pour les gaillardes forces que j'auray ensemble, quand mes deux armées seront joinctes, et toute ma noblesse, et autres forces qui estoient dispersées par mon royaume, lesquelles je fais assembler. Et espère vous en envoyer bientost quelques bonnes nouvelles. Cependant je fairai fin à ceste lettre par prière à Dieu qu'il vous ayt, etc.
A St Maur des Fossés le IIe jour de juing 1569.
CHARLES. DE NEUFVILLE.
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LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
—du VIIIe jour de juillet 1569.—