Ordonnance pour la restitution réciproque, en un même jour, des prises faites tant par les Français que par les Anglais.

Monsieur de La Mothe Fénélon, desirant qu'il soit prins quelque fin et expédiant à la restitution des choses, qui ont été mal prises sur mes subjectz en Angleterre, et à celles qui ont esté mal prises aux Anglois de deçà, ainsy qu'il apartient à la commune amytié qui est entre la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, et moy, je vous faicts ce mot de lettre pour promètre et assurer, de ma part, à ma dicte bonne sœur, que je feray rendre et restituer aux Anglois tout ce qui a esté pris ou arrêté de leurs biens, en mon royaume, et que la réalle dellivrance leur en sera faicte, au mesme jour et temps que ma dicte sœur accordera aussy, par autre lettre signée de sa main: que ce qui a esté pris et arresté, en Angleterre, ou qui s'y trouvera, en essence, appartenir à mes subjectz, ou que mes dictz subjectz montreront et vériffieront sommairement leur appartenir, leur sera réallement restitué, trouvant bon que le terme des dictes restitutions se preigne au dernier jour de ce moys, ou à aultre; et que, au reste, nous facions mutuellement administrer bonne et prompte justice à nos communs subjectz des prises et pilleryes qui ont esté commises de costé et d'autre, selon que le contiennent les traictés; priant Dieu, etc.

Escript à Orléans le VIIIe jour de juillet 1569.

CHARLES. BRULART.

XI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

—du IXe jour de juillet 1569.—

Disposition d'Élisabeth à déclarer la guerre.—Nécessité de surveiller ses projets, et d'en donner promptement avis sur la frontière.—Position des deux armées.—Levée du siège de Niort.—Fausseté des nouvelles répandues en Angleterre.—Assurance que d'Andelot et le duc de Deux-Ponts ne sont pas morts par le poison.—Bon état de défense de Périgueux, qui est menacé par les protestans.—Projets de mariage du roi d'Espagne et du roi avec les deux filles de l'empereur, et du roi de Portugal avec Madame.—Siège de la Charité; espoir de la prochaine reddition de la place.

Monsieur de La Mothe Fénélon, tout ce que nous pouvons recueillir de vos dernières dépesches[14] c'est que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, n'oublie rien de toutz les appretz qui sont nécessaires pour l'acheminement d'une guerre, laquelle nous ne voyons pas s'adresser à aultres que à nous, estant ses affaires aux termes que vous le mandez pour le regard du costé de Flandres, et en telle voye d'accord que je tiens jà tous ces différants pour accordés; estimant bien que ce qui la peut retenir, jusques icy, de se déclarer ouvertement, c'est qu'elle veult auparavant veoyr ung peu clair à ce que auront d'heureux succez les affaires de nos ennemys. Quoy que ce soit, j'ay bonne espérance, quand elle en viendra là, qu'elle n'en raportera non plus d'honneur et de réputation qu'elle fist aux troubles de l'année soixante deux, vous priant, affin que nous ne puissions estre surpris, que, comme vous avez bien faict jusques icy, vous advertissiés ordinairement mon cousin le maréchal de Cossé, qui est pour pourveoir à la Normandye et la Picardye, de toutes les choses qui seront importantes au bien du service du Roy, Monsieur mon fils.

Despuis le discours qui vous en fust dernièrement envoyé, de la façon que s'estoient passé une bien grosse escarmouche entre quelques gens de pied de notre armée et celle de nos ennemys, il n'est rien survenu de nouveau entre les dictes armées; et sont, l'une au camp de Larsac, qui est la nostre, et l'autre à N. Il est vray que, voyant l'Admiral que le comte Du Lude estoit pret de donner l'assault à Nyort, l'a envoyé secourir de deux mille chevaulx et quelques gens de pied, qui a esté cause qu'il a esté contrainct d'en laisser le siège, ce qu'il a faict sans aulcune perte.