Je vous envoye la responce que je fais à la lettre de la dicte Royne, laquelle luy présenterez. Vous verrés ce qu'elle contient par le double que je vous envoye, qui est quasy de créance, principallement sur la requeste que m'a faicte le Sr de Walsingam de luy donner congé, dont vous emploirés vostre dicte exécution sur le contenu cy dessus qui est ce que avons dict sur cella au dict Walsingam.

CHARLES. PINART.

CXXXI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du IVe jour d'octobre 1572.—

Conférence avec Walsingham.—Nouvelle déclaration du roi sur la Saint-Barthèlemy.—Nouvelles protestations d'amitié pour Élisabeth.—Assurance que l'armée de Strozzy est rompue.—Regret manifesté par le roi à raison de l'arrestation faite de vaisseaux anglais.—Sollicitations de Walsingham en faveur du vidame de Chartres.—Vives recommandations en faveur de Marie Stuart.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay veu par vostre ample dépesche du XXIXe du passé[137], comme les accidens qui sont advenus à Lyon et Rouen, et ce que l'on a dict, contre vérité, avoir esté faict à mon chancellier, semblablement aussy quelques prises qui ont esté faictes à Bourdeaux d'aucuns des vaisseaux des marchans anglois, a grandement aigry les gens du conseil de la Royne d'Angleterre et faict incliner les humeurs d'aucuns à dissuader ouvertement d'entendre à une confédération avec moy. A quoy vous avés sceu et sy bien et prudemment répliquer, ensemble à tous les autres propos que vous a tenus la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, qu'il ne s'y pouvoit estre rien dict de mieux pour la modérer et remètre un peu de la mauvaise impression qu'elle a prise de mes actions; s'estant terminé ce que vous avés négocié avec elle en la responce qui vous a esté baillée par escrit par les gens de son conseil.

Sur laquelle je vous diray que le Sr de Walsingham me fit dire, avant hyer, qu'il avoit heu responce de ma dicte bonne sœur sur les trois poinctz qu'il luy avoit faict entendre, et qu'il desiroit, à cause que son indisposition ne pouvoit pas porter qu'il me vînt trouver, que je depputasse quelcung pour aller devers luy. Et, y ayant envoyé le Sr de Mauvissière et le secrétaire Brulard, il leur fist un tout samblable récist que celluy qui est contenu en l'escript que m'avés envoyé, afin de le me fère entandre et luy randre ma responce; ce que j'ay faict, ayant esté telle: que, quand au procès concernant la vériffication de la conspiration du feu Admiral, il s'instruit touts les jours, et pance l'on que, dedans quelque temps, il sera parfaict; mais la seule parolle et asseurance que j'ay donnée à la Royne, ma dicte bonne sœur, d'avoir esté justement mu de faire faire ce qui a esté exécuté à l'endroict du dict feu Admiral et de ses complisses, luy doit suffire et satisfaire à son jugemant; autant que tout autre preuve qui se pourroit exiber juridiquement faicte, n'y ayant personne au monde qui soit meilleur et plus certain juge que moy du bon traictement ou de la punission que je dois faire à mes propres subjectz, pour estre plus certainement informé que nul autre, comme celluy à qui il touche de plus près, de la vérité de leurs déportemens, ainsy que j'ay esté assés de ceux du dict feu Admiral, qui m'a faict cognoistre qu'il estoit très digne de mort pour les maleureux dessains, qu'il avoit en l'entendement, à la subversion de mon estat.

Et pour le regard du second point, concernant la continuation de nostre amitié, je prenois au plus grand plaisir, que j'eusse sçu recepvoir, d'entandre l'asseurance que ma dicte bonne sœur m'en donnoit de nouveau, et de se montrer, en ce regard, autant affectionnée à mon endroict que je montrois au sien: qui me confirme de plus en plus en la bonne espérance, que j'ay ci devant eue, qu'il ne surviendra aucune ocasion qui puisse porter altération à nostre dicte amitié; car je suis délibéré de luy faire cognoistre, plus que jamais, que je luy suis vray et sincère amy, par tous les meilleurs et plus amiables déportemens que je pourray, ainsy que mes effaitz, vrais juges de mon intention, en randront bon et certain témoniage; m'estant advis que, pour en faire naître entre nous une plus ferme confidence, il n'y avoit point de meilleur moyen que d'effectuer le mariage de mon frère, le Duc d'Alançon, dont il a esté ci devant parlé à ma dicte bonne sœur, lequel la Royne, Madame et Mère, et moy avons tant desiré et desirons, comme chose que nous cognoissons estre pour le commung contentement de ma dicte bonne sœur et de nous, et l'évidante utillité des subjectz de noz deux royaumes, qu'elle s'est résoleue de venir volontiers à l'entreveue dont il a esté ci devant parlé.

Il est bien vray que vous vous estiés un peu élargy en cella de dire que ma dicte Dame et Mère pourroit passer jusques à Douvres, ou pour l'affection que vous avés cogneu qu'elle y avoit, ou pour n'avoir pas du tout bien pris ce qui vous en a esté escript: qui est qu'elle pourroit aller à Boulogne ou à Calais, et ma dicte bonne sœur, d'un autre cousté, venir à Douvres, pour, de là, se résouldre ensamble du lieu qui se trouveroit propre et commode pour effectuer la dicte entreveue.