Et, quand à la jalousie que ma dicte bonne sœur montre concevoir de l'armée du Sr Strossy, encore qu'elle n'ait jamais esté mize sus pour faire aucune offance à ses subjectz, ny à pas un de mes amis et aliés, sy est ce qu'il s'y peust dire qu'elle est aujourdhui tellement rompeue et défaicte par licenciement des gens de guerre, dont elle estoit composée, qu'elle n'a aucune occasion d'en entrer en deffiance; estans seulement demeurées mes gallaires en Brouaige pour ne pouvoir, en ceste sayson, passer à Marseilles, ainsy que je le vous ay mandé par mon autre dépesche. De quoy je prie ma dicte bonne sœur de demeurer en repos et d'en prendre l'asseurance telle que je la luy donnois présentement, ayant de nouveau vouleu escripre par tous les portz et hâvres de mon royaulme, oultre la dernière proclamation qui y a esté faicte, que l'on laisse en toute liberté traffiquer les marchands estrangiers et mesmes les Anglois, qui ne doivent point différer de venir à leurs trafficz acoustumés; car je croy qu'il n'y a pas ung de mes subjectz qui soit si hardy de les y empêcher, veu ce qu'ilz ont assés cogneu combien j'ay cela à cœur. Et ay esté marry de ses vaisseaux qui feurent dernièrement arrestés en Brouaige, que le baron de La Garde m'a escript et asseuré avoir esté randus et restitués suivant le très exprès commandement que luy en ay faict.
Le Sr de Walsingham m'a davantage faict entandre par le Sr de Mauvissière et le secrétaire Brulart, comme le vidame de Chartres, qui s'est retiré en Angleterre, a déclairé à ma dicte sœur qu'il avoit esté contraint d'aviser le fère, sur l'advertissement qui luy feust donné, estant demeuré en sa maison de la Ferté, après sauvegarde que je luy avois faict dépescher, que le Sr de Saint Léger, avec quelques gentilshommes et gens de pied, l'estoit allé chercher pour le prandre; l'ayant bien vouleu recepvoir, ma dicte bonne sœur, sur ce qu'il luy a faict cognoistre que je le tenois pour bon et fidel serviteur et innocent de la conspiration du feu Admiral, ainsi qu'il en faict apparoir par lettres que je luy en ay escriptes; me priant ma dicte bonne sœur en ceste considération, et pour satisfaire au dict vidame, que j'aye agréable qu'il demeure en son royaume pour esviter là toute occasion de suspition mauvaize que l'on pourroit avoir contre luy en mon royaume, et que, pandant son absence, je le tienne pour bon et fidel subject, et luy laisse la jouissance de ses biens, et luy faire expédier toutes lettres pour ce nécessaires.
A quoy je luy ay faict faire responce que le dict vidame n'a eu aucune occasion de se retirer sur volunté que l'on eust de luy mal faire; car, puisque je luy avois faict bailler ma sauvegarde, ce n'avoit poinct esté à autre intantion que pour le conserver, ce que je desire encores de faire; mais, ne pouvant estre son absence hors de mon royaume et retraicte au dict pays, que mal interprêté, et faire penser que je ferois mal traicter mes subjects d'Angleterre, je desire qu'il revienne de deçà avec asseurance que je luy feray faire tout bon traictement. Estant tout ce que j'ay faict respondre au dict Sr de Walsingham, qui le fera sçavoir par dellà à ma dicte bonne sœur; vous en ayant, à ceste occazion, vouleu advertir bien particullièrement, que vous vous trouviés conforme à ce que vous en dirés à icelle ma dicte bonne sœur. Et sur ce, etc.
Escript à Paris, le IVe jour d'octobre 1572.
CHARLES. BRULART.
Monsieur de La Mothe, l'ambassadeur de la Royne d'Escosse me vint hier trouver, et me pria d'envoyer ung gentilhomme exprès vers la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, pour la prier, de ma part, d'avoir ses affaires pour recommandé, et de ne souffrir qu'il luy soit faict aucun nouveau mauvais traictement pour ce qu'il crainct que, à ce parlement, il ne soit traicté de quelque chose à son préjudice: ce que je luy ay respondu me sembler n'estre à propos de faire en ceste saison, et que cella serviroit, possible, plustot à aigrir ma dicte bonne sœur contre la dicte Royne d'Escosse.
CXXXII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du IVe jour d'octobre 1572.—